CHAPITRE III
les Cambodgiens, nous gagnâmes Jak-Klan (Jak- Kolon). La réception y fut très cordiale; nous étions heureux de retrouver ces braves gens avec leur honnêteté native, la douceur de leurs mœurs, leur bonne et franche gaieté.
Un incendie avait détruit en partie leurs cases et ils souffraient quelque peu de la disette, malgré les rays nombreux et les champs de maïs qu'on trouvait autour du village pittoresquement établi dans la forêt, près d'une source qui n'assèche jamais et non loin du lit d'un arroyo où peuvent s'abreuver les bestiaux. Sans les incursions de quelques Mois pillards, ces gens vivraient là tranquilles et heureux de leur chasse, de leur pêche en saison des pluies, quand les étangs se forment, et des cultures que de riches terrains leur assurent sans trop de labeur.
9 février.
La marche s'accomplissait rapide et facile malgré le dur soleil, à travers un pays coupé de hauts mamelons que nous avions remarqués du haut de la montagne de Tay-Ninh. A chaque heure nous découvrions des villages dont la plupart, composés de Mois, étaient commandés par un chef cambodgien; leur aménité nous fit bien augurer
de la route qui semblait s'annoncer agréable et intéressante.
Nous apercevions au loin le Djambra, notre guide, et le soir, parvenu à Rûm, village à fleur de coteau sur un marécage que les habitants transformaient en rizières, j'admirai encore une fois ce ravissant paysage exotique : la forêt à perte de vue, la riche clairière marécageuse coupée de bananiers aux feuilles tremblantes; derrière moi, des rays que dorait le soleil couchant, dominant les cases légères et surélevées, d'où s'échappaient les chants des femmes scandant leurs poésies aux coups de leurs pilons à décortiquer le riz. Rêves bizarres, souvenirs enfantins dont l'âme du voyageur se grise et qui lui laissent cette facilité d'admiration dont l'ignorant aime à rire.
10 février.
En avançant dans le pays stieng, les chefs cambodgiens disparaissent, mais ces indépendants restent soumis à l'autorité française dont ils connaissent la puissance. En changeant de bassin je reconnus bientôt les arroyos du régime de Song- Bé, For-Kelen 9 comme l'appellent les indigènes. Nous pûmes, ce soir-là, camper sur les berges de la rivière, presque au pied du Djambra, dont le massif dévie quelque peu le cours vers l'ouest. Un