CHAPITRE III
large bief que domine une haute forêt offrait un spectacle grandiose, mais l'obstacle restait difficile à franchir avec les chars à bœufs. Nos Cambodgiens assurèrent qu'on pouvait encore avancer et préparèrent ce passage compliqué. A un cri particulier plusieurs Moïs apparurent sur l'autre rive et, détachant une pirogue, vinrent offrir de nous aider. Une par une on transportâtes charrettes, puis les bagages, puis nous-mêmes, les animaux suivant à la nage, luttant contre les eaux avec une habileté qu'on soupçonne peu chez l'espèce bovine.
Rien de pittoresque comme ce passage d'une rivière de trois cents mètres, au courant rapide, avec un convoi aussi compliqué.
Non loin de là, nous atteignions le village de Tha-Thomg, dont le chef moy nous parut embarrassé ; il demanda à nous accompagner et à servir d'interprète; c'est ainsi du moins que l'Annamite de M. de C*** nous traduisit ses desseins. Le soir même un de nos linhs tombait malade de la fièvre et je dus lui donner de fortes doses de quinine pour le remettre sur pied. Une crainte justifiéo m'envahit. Si nous tombions dans des villages moïs où notre interprète ne puisse se faire comprendre?... C'était possible dans cette région impénétrée.
220 AU PATS MOI
i i février.
Nous partions le lendemain sans encombre avec deux interprètes; le Moy parlait bien annamite, c'était pour nous une sécurité de ne pas manquer de l'indispensable intermédiaire. Le malade suivait, un peu pâle, à une allure ralentie, nous rassurant toutefois. La région, peu montagneuse, était couverte de rays ; les villages apparaissaient nombreux, avec une population timide, mais de suite mise en confiance.
12 février.
La forêt clairière ! toujours la forêt clairière ! Enfin! Voici qu'une ouverture se faisant dans cet horizon, toujours le même, découvre une vaste plaine marécageuse et au fond, dans son axe, le Djambra! Nous étions au pied de la montagne, dans un vallonnement où se précipitent les eaux formant, en saison des pluies, un vaste étang, en ce moment presque asséché. Sur les bords, à flanc de coteau, un village stieng, où nous pénétrâmes après une heure de détours pour éviter les parties encore inondées, mais non sans nous mouiller les pieds. Sous notre plomb tombaient de grands hérons et des grues formidables. Nous nous savions chez des