‹ Au poteau frontièreChapitre 12 sur 20 · Chapitre II · texte numérisé non relu

Chapitre II

santés se multiplient ; les Lorrains tiennent à affirmer une dernière fois, devant les gendarmes de la conquête, qu'on ne violente pas impunément l'âme d'un peuple sans susciter chez elle les plus nobles élans.

Dans un break messin, une charmante jeune fille, en franchissant le poteau frontière, dit : € Adieu, France I » avec tant de grâce et de mélancolie que l'émotion est à son comble de part et d'autre.

Un jeune sergent d'infanterie de marine, la poitrine couverte de médailles, descend d'un char à bancs, les lèvres serrées^ avec des larmes dans les yeux ; il vient de quitter sans doute des parents ou des amis qu'il ne reverra plus jamais et, tandis que de l'autre côté du poteau on lui fait encore des signes, il s'en va vers la France, tournant le dos à la frontière, d'un air têtu et faroudhe.

Ce défilé tragique dure de longues heures...

76 An poteàU frontière

Le panorama grandiose des champs de batailles lorrains m*apparaît, du clocher de Mars-la-Tour, dans toute son étendue, et je puis suivre des yeuXy sur l'immense damier où elle joua sa fortune, le calvaire douloureux que parcourut l'armée de Metz dans les journées des 16 et 18 août

A l'horizon, vers Test, de Fautre côté des bois de la frontière, je distingue les chaumes roux du plateau de Gravelotte ; mes regards se portent ensuite plus à gauche, vers les champs de Saint-Privat qui s'étendent jusqu'aux crêtes bleues de la forêt de Moyeuvre, où les longues fumées des usines de Jœuf et d'Ho* mécourt déploieat maintenant, à l'extrémité du cimetière de la garde prussienne, Tapothéose du travail et de la paix.

De Saint-Privat à Gorze, mon regard embrasse l'immense ligne d'bo-

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