‹ Au poteau frontièreChapitre 13 sur 20 · Chapitre II · texte numérisé non relu

Chapitre II

rizon, le cercle de fer dans lequel s'est débattue l'armée de Bazaine, tandis que derrière moi le soleil couchant descend lentement sur les côtes de Meuse qu'il incendie.

Un -vieux du pays me dit : « Voyezvous là-bas y en face de nous^ de l'autre côté des bois, cette mince bande de terre où un arbre isolé se détache sur l'horizon ; le 16 août 1870, c'était une luzernière, d'environ deux hectares, où j'ai rencontré, cinq heures après la bataille, sur l'emplacement d'une batterie d'artillerie, les cadavres de 350 cuirassiers blancs

et de 50 artilleurs français Tenez,

là-bas, tout là- bas, du côté de Saint- Marcel, 75 officiers allemands ont été enterrés dans le même trou ; ils reposent sous les branches d'une seule croix.

C'est un pointeur de l'artillerie du corps Ladmirault qui a fait ce beau coup ; un peu plus tard, si le général l'avait voulu, ce même pointeur au* rait couché en terre Bismarck et le prince Frédéric-Charles, qu'il tenait à la gueule de son canon.

Un fier général, allez, que Ladmirault ; si Bazaîne Pavait laissé libre, il les aurait culbutés, tous, tous... »

Et le vieux Lorrain, avec de grands gestes, fait surgir à l'horizon les escadrons épars, pousse les corps d'armées les uns contre les autres, les culbute dans les ravins ; il parle, le canon gronde, les blessés hurlent, la charge bat, les mitrailleuses font rage^ la bataille se dessine à mes yeux... dans soji horrible beauté.

Le soleil a disparu tout à coup derrière les côtes de Meuse.

Le village de Mars-la-Tour, dont les rues sont maintenant désertes, est retombé dans le silence et le recueillement ; au pied du clocher, le jardin du presbytère avec ses allées de buis et ses tonnelles fleuries m^apparait comme un coin du Paradis et le vieux Lorrain parle toujours...

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