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CHAPITRE III

Automne 1904.

Un brouillard épais enveloppe le champ de bataille de Mars-la-Tour ; les carillons des clochers de la Woèvre, qui s'entrecroisent au loin, et la plainte lugubre des corbeaux, rassemblés sur les arbres de la route de Vionville, rompent seuls la torpeur qui étreint la plaine engourdie en ce pâle matin d'automne.

Le pèlerin du souvenir s'approche et les oiseaux noirs s'envolent autour de lui, avec de grands claquements d'ailes, puis s'évanouissent dans la brume ; niais il entend encore leurs

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cris rauques, qui se mêlent à ceux d'autres corbeaux invisibles pleurant dans la brume, et une grande tristesse lui vient de toutes ces bétes sinistres clamant à travers l'immense champ de bataille^ voilé du gris linceul qui le dérobe à sa vue et pèse sur ses épaules. . .

La carte à la main, je me suis engagé dans un petit chemin de terre qui rejoint la voie romaine à la corne ouest du bois -frontière de Mars-la-Tour ; le disque blafard du soleil perce, avec peine, le brouillard, mais l'astre monte peu à peu sur Thorizon et déchirera bientôt les nuées ; — dans une heure, j'aurai atteint le plateau de Saint-Marcel d'où j'assisterai à cette féerie de lumière.

Des masses confuses profilent devant moi leurs silhouettes bizar-

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