‹ Au poteau frontièreChapitre 16 sur 20 · Chapitre III · texte numérisé non relu

Chapitre III

belle étoile, le fusil entre les bras, au pied du poteau sacré, à la merci de l'inconnu, des aventures et des alarmes, n'est point pour déplaire à ces hommes aguerris.

« Fichu brouillard ce matin, me dit- il ; si vous voulez me suivre, voici le sentier qui conduit à la voie romaine. A la sortie du bois, vous trouverez, à votre gauche, le chemin de Bruvîlle et, à votre droite, celui de Saint-Marcel.

« Mais comme on n'y voit point à deux pas, je vous engage à suivre les saules qui prolongent là lisière.

Mon collègue est par là, il vous fera un pas de conduite jusqu'à la route de Saint-Marcel que vous trouveriez à la rigueur^ ' en marchant droit devant vous.

« Le soleil monte ; ce serait bien le diable si, tout à l'heure, il ne se débarbouillait un brin ! Vous auriez alors uyi beau coup d'œil sur le plateau. >

Le taillis se faisait plus clair ; nous traversions une coupe et sur le sol, quelque peu détrempé, on remar--

*4 An poteau frontière

quait les traces récentes du passage d'un sanglier.

Le douanier ajouta :

« Voyez-vous ce fourré, là-bas, à l'extrémité de la coupe, c'est la bauge d'un solitaire ; je fais bon ménage avec lui, il y a déjà quelque temps qu'il a élu domicile par ici — tout à l'heure, il est même venu rôder de mon côté, sans défiance, car à vrai dire, nous ne nous préoccupons pas trop l'un de l'autre et tenons à vivre surtout en excellents termes. »

Et il se mit à rire.

Nous arrivions à l'orée des bois et nous nous quittâmes.

J'aperçus les saules qu'il m'avait indiqués ; leurs grosses têtes penchées s'estompaient dans la brume.

Je me dirigeai de ce côté et descendis, pensif, vers un petit ruisseau qui va se jeter dans le ravin de Grizières, de lugubre mémoire ; j'abordai ensuite le plateau et j'entendis distinctement des roulements de voitures... la route de Saint-Marcel était proche.

Page 1