Chapitre III
elle galopa sans rien voir, y tourbil-»
lonnant dans un corps à corps frénétique, dans un tumulte inouï, pour sauver l'honneur de la France ». Le TodienrUt, la chevauchée de la Mort.. .
Et je crus entendre le heurt terrible... puis ce cri sublime :
Chargez !!!... .
Dans Saint-Marcel, je rencontrai un vieux soldat, avec la barbiche à l'impériale, qui descendait la grande rue du village, suivi du troupeau communal que, tel un autre Tityre, il menait à la pâture ; de temps à autre, le vétéran portait un clairon à ses lèvres et faisait résonner les bois frontières des refrains alertes de nos régiments :
AS'tu vu la casquette i la casquette...
Je m'attendris devant cette pastorale guerrière et ces vers de Virgile chantèrent en mon cœur :
Ille meas errare boves, ut cernis, et ipsum Ludere quœ vellem calamo permisit agresti.
Ce pâtre ne rendait-il pas grâce
88 An poteau frontière
au destin qui voulait bien que son troupeau continuât d'errer en ces lieux ramenés au calme de la paix, le destin qui lui permettait de bercer, au son du clairon français, le sommeil éternel des héros qui reposent en ce coin épar^é de la terre lorraine ?
Au sortir de Saint-Marcel, je me dirige vers la croisée de Villers-aux- Bois d'où Ton distingue les grands toits de cette ferme-frontière, perdue dans les cimes rousses du bois Leprince ; puis, un peu las, à quelques mètres du poteau allemand, je m'assieds sur le talus, couvert d*un épais tapis de feuilles mortes, au bord de la petite route, poétique, comme une allée de parc, qui aboutit à ce point extrême du territoire et, avant d'aller plus loin, je me prends à aspirer à pleins poumons les dernières bouffées de Pair si doux de notre belle France ..