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CHAPITRE II

Août 1904.

Je les vois apparaître, au loin, dans la poussière de la grand'route ensoleillée, les chars à bancs de la Woèvre et du pays messin.

Il semble qu'une aube de fête se lève sur le vaste champ de bataille de Mars-la-Tour, où retentissent les clameurs joyeuses des Lorrains annexés saluant la France au poteau frontière.

Je m'arrête sur le chemin, le cœur serré...onse croirait au jour promis par la justice immanente et que nous attendons vainement depuis trente-quatre ans.

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Le cauchemar de la patrie mutilée s'est évanoui : le Droit a pris sa revanche sur la Force.

Ce radieux soleil d'août, c'est enfin l'Austerlitz de la Paix définitive, universelle et sacrée, scellée par la dénonciation du rapt sanglant de la conquête.

La nation, ayant recouvré son intégrité, relève le faisceau de ses affinités et retrouve son âme toute.

Dans le champ qui lui est rendu, elle s'avance et^ d'un geste large, ensemence les sillons où l'herbe de la liberté ne poussait plus sous les pas de Toppresseur

Soudain, deux cavaliers aux longs manteaux gris surgissent à quelques centaines de mètres de moi ; après avoir franchi le talus de la route, ils galopent dans les chaumes et s'enfoncent dans le bois de Mars-la-

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Tour, en se baissant sur Tencolure de leurs chevaux, à cause des branches basses qui érafleni leurs casques à pointe d'or.

Je les suis du regard ; j'aperçois, pendant quelques instants encore, leurs manteaux clairs, dans le sousbois... puis, plus rien^ les branches sont retombées, le bois silencieux, impénétrable, s'est refermé sur les deux cavaliers allemands.

Leur apparition a été si soudaine, si brusque, si inattendue, que je pourrais me demander si je ne suis pas le jouet d'une hallucination ; ne sont-ce pas deux cavaliers fantômes de la lugubre chevauchée du 16 août 1870 ; les escadrons de la division Legrand, de la division Clerembaut et de la brigade de France, vont-ils sortir de terre et se ruer à nouveau sur la cavalerie prussienne ; les champs de Mars-la-Tour et de Rezonville vont-ils retentir encore une fois du fracas épouvantable de cette mêlée de 9,000 sabres !

A la lisière du bois, de longs hennissements se font entendre ; les

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