Chapitre II
pourquoi ce village de France frémit aujourd'hui d'une telle fièvre.
Vainement l'œil cherche le fossé si profond^ la muraille si haute à Taide desquels on voudrait séparer les Lorrains de Mars-la-Tour de leurs frères de Vionville. Sur leurs grands chevaux de Mecklembourg^ les gendarmes du wachtmeister Krausz, si gigantesques, si impressionnants qu'ils soient, n'ont point la prétention de remplir cet office ; malgré eux, le vent souffle librement à travers la plaine lorraine, et plus haut, bien plus haut que les pointes de leurs casques, les cloches lorraines se saluent de villages à villages, de Tangeluç de Taube^ à Tangelus du soir.
ÏV
Dans la Grand'Rue de Mars-la- Tour, des sonneries alertes ont soudain retenti ; un remous formidable secoue la foule, on crie : < Les
p'titschasseurs Iles voilà ! les voilà!»
Aux mâles accents de la Sidi Brahim, ils arrivent d'un pas léger ; leurs clairons sonnent clair, on voit dans le soleil les pavillpns s'élever d'un geste rapide et brusque et lancer des flammes.
Alors dans le village souffle comme un vent de folie ; les cœurs cessent de battre, les visages pâlissent, chacun se rue derrière les vitriers qui, d'un pas endiablé, marchent vers la frontière, au milieu des acclamations délirantes de vingt mille poitrines qui acclament la France.
Encore an carreau d*cassé, Vlà Tvitrier qui passe t Encore un carreau d'cassé, Vlà l'vitrier passé !
Subitement^ les chasseurs ont fait demi-tour ; ils fendent avec peine la vague énorme qui les pousse — là-bas — tandis que leurs clairons, de plus en plus pressés, sonnent, à perdre haleine, leurs notes épiques, apportant le salut de l'armée française aux pèlerins de Mars-la-Tour.