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Chapitre II

Midi. — La foule gronde toujours dans la Grand'Rue. Sous les abris élevés le long de la chaussée , sur Paire des granges, sur les chars à bancs dételés, partout, où un peu d^ombre bleue se profile, des groupes sympathiques se sont formés. Les bouchons sautent^ les verres s'entrechoquent et l'on coUationne sur le pouce — zouaves, spahis, lignards, chasseurs, hussards jettent sur la masse sombre de cette foule la note gaie et claire de leurs uniformes ; c^'est l'heure où, le verre en main.

Ton parle de 1870, on fait cercle autour des vétérans, on conte des histoires ; je vois de petits enfants assis sur les genoux des soldats.

Chaque groupe, chaque table, cha* que famille a un soldat français à la place d'honneur, entre la vieille maman et la jeune Lorraine aux jolis yeux. Sur la chaussée, c'est un flot sans cesse renouvelé, un brou-

haha de fête ; il est midi et la foule ^onde toujours dans la Grand'Rue.

Les cloches de Mars-la-Tour sonnent maintenant à la volée ; dans la petite église, tendue de deuil, les pèlerins du souvenir défilent, un à un, devant le catafalque, sur lequel ont été déposés des uniformes recueillis sur le champ de bataille.

La fanfare des chasseurs retentit tout à coup plus alerte, plus vibrante que jamais ; elle précède le cortège officiel qui s'avance vers le porche de Téglise, dans l'ombre fraîche des arbres de la petite place qui lui sert de vestibule.

Les chasseurs jouent Sambre-^U- Meuse; l'émotion est à son comble, la foule se découvre et bat de son flux, sans cesse montant, la petite église dont la cloche tinte lugubrement tandis que, timbrée, angoissante, une voix s'élève et chante les

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