‹ Au printemps; comédie en un acte, en versChapitre 9 sur 28 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

MADAME DESTOURVILLB

Tu dois avoir bien peur?

ROSINE

Je suis toute troublée.»»

MADAME DESTOURVILLE.

Comme ton àme aussi doit être désolée!

ROSINE

Oli ! ne m'en parle plus, maman ! — Depuis ce temps Je ne fais que rêver du ciel et du printemps, Je soupire parfois, sans en savoir la cause... Je suis toute rêveuse... et pour la moindre chose Je me sens tressaillir, je pfilis... je me meurs ! Et puis si tu savais comme j'aime les fleurs! Le moindre bruit me fait trembler... je suis confuse, Je me sauve en courant... aucun jeu ne m'amuse, Hormis mon clavecin que mon cœur a compris. Et je pleure en jouant mes morceaux favoris ! Mais je ressens aussi, parfois, comme un bien-être. Un saint ravissement qu'il m'est doux de connaître... Un transport... quelque chose... une douce chaleur. Comme si le soleil eût passé dans mon cœur 1 C'est bon, c'est enivrant, — mais peut-être funeste. Ma mère, vois-tu bien, ces yeux... je les déteste l

MADAME DESTOURVILLE.

Certes, tu n'as pas tort. Il faut les détester.

Les maudire... Surtout, il faut les éviter.

Ah! ma fille! ici-bas lu sauras qu'une femme

Ne pom'rait vivre heureuse aux dépens de son âme.

Étant faible, elle doit, dans son propre inltirôt,

Se soustraire au danger. — Ce jeune homme indiscret,

N'est-ce pas le voisin qui reste juste en face ?

ROSINE

C'est lui l

MADAME DESTOURVILLE.

J'en étais sûre... — Elle doit, quoi qu'on fasse Pour lui parler tout bas, n'écouter jamais rien...

ROSINE

Comment le trouves-tu ?

MADAME DESTOURVILLE.

Son oncle est assez bien...

— Et surtout prendre garde à la fausse apparence Dont se rêvât le mal pour tromper l'innocence.

— C'est un homme poli; devant notre chûteau Il ne passe jamais sans ôter son chapeau...

— On se repent toujours d'une action blâmable.

ROSINE

Mais son neveu, maman, a l'air assez aimable.

MADAME DESTOURVILLE.

Je trouve qu'il ressemble à son oncle Dis-moi,

Si ce jeune homme encor fixe les yeux sur loi. Il faut m'en prévenir, et fermer ta fenûtre Dès que tu le verras à la sienne paraître. De plus, tu prendras soin de ne me cacher rien Désormais. — Ton chagrin doit être aussi le mien.

(Elle rciiibra:>c )

— Surtout garde-toi bien qu'une bouche étrangcro Ne fasse imprudemment ce que je viens de faiiCi

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