‹ Au puits de JacobChapitre 5 sur 16 · LA FONTAINE D'EAU VIVE · texte numérisé non relu

LA FONTAINE D'EAU VIVE

... 5/ vous saoies qui est celui gui cous dit : « Donnezmoi à boire », peut-être oous-même lui eusslex' cous fait cette demande, et il vous eût donné une eau cive.

La femme lui dit : « Maître, cous n'aoez pas de quoi puiser, et le puits est profond : où prendree-oous cette eau vive? Etes-oous plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits, où il a bu, lui, ses fils et ses troupeaux? »

Jésus répondit : « Celui qui boit de cette eau a soif encore. Qui boira de l'eau que Je lui donnerai n'aura plus Jamais soif L'eau que Je lui donnerai lui deviendra une source Jaillissante pour la oie éternelle ».

La femme lui dit : « Maître, donnee-moi donc de cette eau, que Je n'aie plus soif et que Je ne vienne plus puiser ici ». (10-15.)

Non, en vérité, la Samaritaine ne pouvait pas comprendre. Aux déclarations énigmatiques de ce Juif inconnu, que pouvait-elle répondre? Et non seulement elle ne comprend pas, mais elle se scandalise : « De l'eau vive, de l'eau fraîche, avec quoi la puiserez-vous ? Est-ce une autre fontaine que vous promettez? Vous croyez- vous donc supérieur à Jacob, le grand ancêtre à qui nous devons ce puits? »

De même naguère Nicodème. Jésus lui dit qu'il faut renaître pour voir le royaume de Dieu. — « Renaître, à mon âge ! » Et le Docteur insiste tant la chose est étrange! « Alors il faudra rentrer dans le sein de sa mère ?» Ce n'est plus une femme du peuple, c'est un Maître en Israël qui se scandalise.

Ne condamnons pas. Tous les jours, notre gros bon sens humain se heurte à la sagesse divine et à ses ineffables paradoxes. Nous avons la foi, et cependant, quand le surnaturel se présente avec ses exigences, l'obéissance imposant la soumission d'esprit, le sacrifice contrecarrant les pentes de la nature, ce qu'on voyait hier, on ne le voit plus ; ce qui était clair dans la théorie devient ténébreux dans la pratique ; ce que nous imposions comme devoir impérieux au prochain, ne s'impose plus, à nous. Et voici les résistances, les aveuglements, les révoltes. Trouvons tout simple que Nicodème et la Samaritaine n'aient pas compris.

Jésus n'a pas l'habitude d'accepter la controverse. Il ne perd son temps ni avec les aveugles, ni avec les ergoteurs. Quand les esprits regimbent, il se contente d'affirmer plus fort. Car il est l'autorité, et l'autorité se doit de ne point s'humilier dans la dispute. Quand simplement l'interlocuteur' ne comprend pas, Jésus s'explique. Mais les explications alors consistent à reprendre ce qu'il a dit, à élever la pensée, à élargir l'horizon. Loin d'abandonner son enseignement, il y ajoute.

Mystère sur mystère; mais, pour qui une bonne fois a entrevu le fond des choses, lumière sur lumière.

Donc, aux étonnements de la Samaritaine, il se contente d'opposer cette déclaration : « L'eau dont je vous parle n'est point celle que vous pensez. Votre eau à vous désaltère un instant et la soif revient. La mienne désaltère et la soif ne revient pas » .

Il est clair que la femme comprend de moins en moins. Elle comprendra plus tard. Pour l'heure, elle se moque : « Ah! cette eau merveilleuse, donnez-la moi ! Ce serait beaucoup de travail en moins. Je ne viendrais plus chercher ici l'eau de mon ménage ! »

Inutile d'insister. Aussi bien, ce n'est pas pour elle que Jésus a parlé, c'est pour nous. A nous de réfléchir sur l'eau qui désaltère et celle qui ne désaltère pas, sur l'eau qui croupit dans la citerne et l'eau qui jaillit de la source. A la Samaritaine, Jésus réserve d'autres révélations plus intelligibles : « Vade, voca virum tuum. »

N'allons pas plus loin, il y a ici des symboles à comprendre.

« Quiconque boira de l'eau du puits aura soif encore. »

« L'eau dans le puits, dit saint Augustin, c'est la volupté du siècle dans les ténèbres profondes.

Le vase avec lequel les hommes la puisent, ce sont les passions. Allons! Laisse-là ton vase, ta passion, et l'eau du puits, la volupté. La volupté du siècle, c'est le boire, c'est le manger, c'est le spectacle, c'est le bain, et le reste. Mais après? Est-on rassasié? Numquid non iteimm sitiet? »

Il s'agit ici des voluptés coupables, de la vie toute abandonnée à la nature. Mais l'observation vaut du naturel moins bnital, qui, sans cesse, lisque de se mêler au surnaturel de notre vie pour le compromettre. Numquid non iterum sitiet f Toute satisfaction accordée à la nature, alors que la grâce proteste, aura le même résultat : la soif reviendra.

Toute défaite de la grâce, même en matière non grave, quand elle est bien consciente, laisse d'abord dans l'âme un vide. Ce serait le remords, s'il s'agissait d'une grosse faute. Nous arrive-t-il de dépasser par générosité le strict devoir, nous éprouvons une plénitude d'âme, un regain de force, une joie de conscience. Inversement, quand nous donnons aux caprices, aux sens, à l'esprit d'indépendance, bref à la nature, nous restons mécontents de nous; c'est dans l'ordre. Nous sommes gênés devant Dieu, nous craignons de le rencontrer, nous courons aux distractions, nous le boudons. Ne trouvant plus rien de son côté, nous revenons à la nature. La soif augmente, sitiet iterum. Les vieux ascètes nous disent : Vous êtes rhydropique qui, plus il boit, plus il veut boire.

Examen de conscience. Nos concessions en matière de prière : les lâchetés qui s'appellent les unes les autres,... les journées mal commencées, mal poursuivies, mal finies... Les concessions en matière de travail : le caprice au lieu du devoir, le vagabondage au lieu de la règle, les vaines lectures au lieu de l'étude, et tout le sérieux qui s'évapore. Les concessions en matière de dépendance : les petites libertés qui s'accumulent, mènent aux libertés grandes, et, en pratique, noient la règle.

Le champ est indéfini : esprit critique, fautes conti'e la charité, afiections trop naturelles... Prières, obéissance, mortification, détachement du cœur, tout s'en va. C'est un collier brisé qui s'égrène. Un vide se creuse dans l'âme, et, comme Dieu n'est point appelé à le remplir, alors sitiet iterum. Aussi V Imitation nous prévient : « Le religieux tiède et négligent a peine sur peine. De tous les côtés, l'angoisse. Il n'a plus de joie au dedans, et tout lui interdit d'en chercher au dehors » (1).

« Mon peuple a commis deux fautes, dit le Seigneur par la bouche de Jérémie. Il m'a délaissé, moi la source d'eau vive, et il s'est creusé des citernes, des citernes lézardées, où rien ne reste » (2). Rien, ni consolation, ni liberté,

(1) Liv. I, ch. 27

(2) Jer. 2, 13.

ni joie, ni paix. « Il est, dit Isaïe, comme celui qui dort et qui a soif. Il rêve qu'il boit ; puis il se réveille, il est épuisé, et il a soif encore, et son âme reste vide » (1).

« Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus soif jamais. Mais cette eau que je lui donnerai, ce sera, en lui, une source d'eau vive pour la vie étemelle. »

En lui, en son sein, au plus profond de son être... Et que pouvons-nous trouver en ces profondeurs où la conscience elle-même ne peut atteindre, si ce n'est Dieu? Précisément, c'est ce qu'explique Jésus lui-même. « Un jour, nous dit saint Jean, le dernier grand jour de la fête, Jésus, debout dans le Temple, criait : « Qui a soif ? Qu'il vienne à moi et qu'il boive. Celui qui croit en moi, comme dit l'Écriture, de son sein couleront des flots d'eau vive » . 11 disait cela de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui et qu'ils n'avaient pas encore reçu parce que Jésus n'était pas encore glorifié » (2). Donc l'Esprit- Saint est en nous, et il est comme une fontaine d'eau vive. Creusons un peti la comparaison.

Une fontaine, fons aquae; cette fontaine dont il est dit dans le Prophète que, in die illuj erit

(1) Is. 29, 8.

(2)Joan. 7,37-39.

JkV F9XTS PS JACOB. 6

fons patens domui David et habitantihus Jérusalem in ahlutionem peccatorum (1); une fontaine ouverte à tous dans la sainte Église, jaillissant en chacun de nous si nous le voulons, et où nous pouvons, si nous le voulons, nous purifier de nos fautes.

Et nous rafraîchir aussi ; car cette eau — c'est le sang de Jésus-Christ, — si nous la buvons avec foi, calme les passions, apaise la concupiscence. N'est-ce pas un des fruits prévus de la communion?

Elle nous féconde encore. Si quelque vertu est en nous, si nous faisons quelque bien, à qui, à quoi le devons-nous? « Et le Seigneur te donnera le repos pour toujours, et il emplira ton âme de splendeurs, et ton âme sera comme un jardin bien arrosé, et comme une fontaine intarissable » (2).

Fons aquae salientis, une eau jaillissante. Et, comme les eaux jaillissantes de la terre, si elle monte, si elle bouillonne, si elle semble vivre, si elle vit en réalité et donne la vie à ce qu'elle touche, c'est qu'elle vient de haut, c'est qu'elle obéit à une pression puissante qui est, tout simplement, l'amour de Dieu.

Salientis in vitam aeternam. Et si elle part du cœur de Dieu, elle est un torrent qui mène à Dieu. Sa pente l'entraîne et nous avec elle, vers l'éternité dans la vie divine.

(l)Zach. 13, 1.' (2)Is. 58, 11.

De cette eau merveilleuse, Jésus nous dit encore qu'elle supprime à tout jamais la soif.

Est-ce possible? N'est-elle pas précisément cette ineffable Sagesse dont l'Ecriture énumère tous les titres, pour qui elle épuise toutes les figures de joie, de paix, de fécondité, de grâce, qui est l'amour, qui est la vérité, qui est la sainte espérance, qui est douce comme le miel, si douce que « celui qui me mangera, dit- elle, aura encore faim, et ceux qui me boiront auront encore soif » (1).

La réponse est obvie. Une fois bien abreuvés aux sources divines, ce dont nous n'aurons plus soif, ce sont les eaux de la terre, les joies de la terre, la nature. Mais de Dieu, de la grâce, de l'amour, du surnaturel, nous, aurons soif toujours davantage. Au ciel, soif éternelle et éternel rassasiement. Ici-bas, dégoût grandissant pour ce qui est humain, mais désir grandissant aussi et jamais assouvi de ce qui est céleste.

Et déjà, sans attendre le ciel, un certain rassasiement commence. Les promesses de Jésus ne sont pas vaines, et que de choses il a promises ! Dès cette terre, le centuple à qui abandonne tout pour lui. Dès cette terre, une paix qui n'est pas la paix du monde, mais sa paix à lui. Dès cette

(1) Eccli, 24, 20.

terre, une joie qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme d'enlever. Dès cette terre, un amour ti'ansformant qu'aucune puissance du ciel, de la terre, des enfers, n'est capable d'éteindre (1).

Et chose étrange, tout cela, trouvé là précisément où la nature, la pauvre nature débile et basse, ne voit que misère et souffrance. N'est-il pas vrai ? ne le lisons-nous pas dans la vie de tous les saints? les grands surnaturels ont été d'autant plus heureux qu'ils ont plus cordialement contrecarré leur nature? Nous connaissons la « joie parfaite » de saint François d'Assise, ce paradoxe qui n'est tel que pour les mondains.

Lisez dans sainte Thérèse le récit de sa fon-. dation de Tolède : « La pauvreté extrême... inondait notre âme de consolations, nous mettait dans une joie si vive, que je ne m'en souviens pas sans stupeur... Malheureusement cela ne dura pas... On nous vint en aide, j'en étais toute triste : on m'enlevait, ce semble, mes joyaux, et je restais indigente. Je ne saurais dire ma peine en voyant s'évanouir notre pauvreté » .

Le P. W. Faber, aussitôt converti, avait fondé une petite association, les Frères de la volonté de Dieu. Or, il sentit vite que la volonté de Dieu était qu'il s'unit à l'Oratoire. La décision fut douloureuse, « union de sang et de circoncision » ; mais, le soir du jour où lui, fondateur, redevint

(1) Rom. 8, 38.

novice, il écrivait : « J'ai envie de chanter et de danser! »

Si ce n'est pas l'histoire de tous les sacrifices, c'est une aventure fréquente du moins, et une récompense commune pour les immolations généreuses. Non, le naturel ne rassasie pas, mais le surnaturel opère dans l'âme une plénitude qu'on ne trouve que là.

Et la raison en est simple.

D'abord le surnaturel, le vrai, le profond, met l'ordre dans l'âme. Chaque chose à sa place. La mésestime pour ce qui est de la terre, la passion pour ce qui est de Dieu, l'indifîerence pour ce qui semble neutre. D'où la liberté. « TJbi spiritus Domini, ibi lihertas (1) ». Saint Paul va plus loin dans un beau texte profond déjà cité : « Nous (qui avons la foi, dont le cœur n'est pas voilé, qui regardons Dieu comme) à visage découvert, (dont l'âme) est le miroir où se réfléchit la gloire du Seigneur, nous sommes (par là-même) transfoimés en images (de Dieu), et de plus en plus ressemblantes, (et cela est l'œuvre) de l'Esprit du Seigneur. Comment n'être pas libre d'esprit, de cœur, d'action, quand on est ainsi divinisé?

L'ordre, la liberté, et aussi l'amour, l'élan,

(1, 2 Cor. 3, 17.

l'allégresse, la dilatation de tout l'être, au service de Dieu : « A^nor onus non sentit,., amans volât f currit et laetatur. »

Mais nos ennuis, nos tristesses, nos dégoûts au service de Dieu ! Et pourtant, ce semble, nous tâchons de vivre de surnaturel ! . . .

Sans doute. Cependant, regardons-y de près.

Est-il bien vrai que nous vivons de surnaturel? Sommes-nous toujours aussi fidèles que nous devrions, je ne dis pas aux obligations capitales de notre vocation, mais à ce qui est de conseil, à ce qui engage beaucoup moins la conscience que la générosité, à nos règles, sous prétexte qu'elles n'obligent pas sous peine de péché ? Fissures qui ne sont perceptibles qu'à un œil exercé peut-être, mais par où s'évapore une partie de notre surnaturel pratique. Et que dire s'il y a autre chose, des fautes, de la tiédeur, de la négligence, des prières faites vaille que vaille, de la dissipatio-u, l'effusion de l'âme au dehors, et le reste que nous devinons?

Mais non, il n'y a rien de semblable, nous ne constatons rien. Et il nous semble qu'il y a une ironie cruelle dans le mot de la liturgie : « Deus^ qui neminem in te sperantem nimium affligi permittis... » Il nous paraît, à nous qui pourtant espérons en Dieu, que l'épreuve se prolonge hors de toute proportion, et notre dernier recours est

de revenir à nos fautes et de murmurer : « ^6 occuUis meis munda me. Pour mes fautes cachées, mon Dieu, je reçois cette épreuve, cette purification douloureuse, car, après tout, de quoi suis- je digne? Nïhil mihi conscius sum^ sed non in hoc justificatus sum (1). Il ne me suffit pas, disait saint Paul, du témoignage de ma conscience, qui ne me reproche rien, pour être assuré de l'état de mon âme. Donc, je*continuerai à recevoir les croix intérieures, non pas seulement comme des épreuves, mais, ce qui est plus humble, comme des expiations de mes fautes » .

Et cependant, même là, même courbé sous la main de Dieu, Père aimant sans doute, mais juge et défenseur du juste, mais saint et terrible dans sa haine du péché, il y a une chose encore que je puis constater en moi aux heures de calme. Par dessus les désolations, par-dessus les tent-ations même qui, à de certains moments font en moi une telle tempête, il y a quelque chose qui domine, la ferme volonté de servir Dieu.

Le pauvre père Surin connut ces tempêtes épouvantables, y compris, durant sept ou huit ans, la tentation du suicide. Cependant il déclare : « Malgré ce furieux penchant, j'avais un désir continuel de servir Dieu, et quand je trouvais occasion de parler de lui, je le faisais de manière que ceux qui m'écoutaient en étaient fort touchés,

(1) 1 Cor. 4, 4.

et moi-même en étais pénétré » . Et encore des tentations contre la foi, contre la pureté, sans relâche, avec une violence à en devenir fou : « Nonobstant cela, continue-t-il, je fais cette protestation qu'il n'y a rien au monde que de servir Dieu ».

Le voilà, le rassasiement de Tâme qui a pleinement goûté au surnaturel, qui a bu Feau vive jaillissant des fontaines du Sauveur. Elle repousse tout ce qui n'est pas cela. C'est trop dire qu'elle en est rassasiée, elle en est à jamais dégoûtée, et mieux vaut la sécheresse de l'âme que cette boue.

Pour terminer, méditons le chapitre 55 d'Isaïe : « Omnes sitientes, venite ad aquas. Vous tous qui avez soif, venez aux fontaines jaillissantes. Vous n'avez pas d'argent ; peu importe, achetez sans argent le vin et le lait. Pourquoi dépenser de l'argent pour ce qui n'est pas du pain (le naturel), donner votre travail pour ce qui ne rassasie pas?... Cherchez Dieu tandis qu'il est encore abordable, invoquez-le, tandis qu'il est tout près » .

Dites avec la Samaritaine, mais en esprit de foi : « Maître, donnez-moi cette eau dont vous parlez, pour que, dans ma soif, je ne vienne plus ici, à la citerne dormante et croupissante, puiser une eau de mort » .

sous LE REGARD DE JÉSUS

Jésus lui dit : « Allez, appelez votre mari, et venez

ici. »

La femme reprit : « Je n'ai pas de mari. » Jésus lui dit : « C'est vrai, vous n'avez pas de mari,

vous en avez eu cinq. Celui avec qui vous vivez,

n'est pas votre mari, vous avez dit vrai. » La femme dit : « Maître, je vois que vous êtes

prophète ». (Î6-19)

Ici la conversation tourne court. Jésus était monté à des hauteurs de pensée où personne encore ne pouvait le suivre : l'Esprit-Saint n'était point encore venu dans sa plénitude. Jésus redescend donc, et il passe... Pour le moment, il ne s'agit que d'acheminer cette âme à des lumières très simples, à un acte de foi élémentaire.

Deux choses faisaient obstacle en elle à l'intelligence des vérités de foi : obstacle du cœur, obstacle de l'esprit. Elle était pécheresse, vivant notoirement hors de la loi de Dieu. Elle était schismatique et de conscience douteuse, entrevoyant qu'elle n'était pas dans le vrai, mais sans conclure qu'elle eût à chercher.

Il faut commencer par le cœur ; le cœur une

fois purifié, Tesprit ne sera plus si aveugle. Et Jésus va droit au point sensible : « Vade, voca virum tuum. » Ce qu'il veut, ce n'est pas précisément que cet homme vienne. Il viendra tout à l'heure, avec la foule. Jésus demande une confession.

— « Non haheo virum, je ne suis pas mariée. »

C'est un aveu, mais incomplet. Est-ce même un aveu? Pourquoi parler à cet étranger de ses affaires intimes ? Elle s'en tire par une échappatoire. Reste que c'est vrai, elle n'est pas mariée.

Un autre peut-être n'aurait vu que la réticence. Un pharisien aurait parlé de dissimulation ; Jésus, non : « Il y a du vrai dans ce que vous dites. Vous avez raison : vous avez eu cinq maris, et l'homme avec lequel vous vivez n'est pas votre mari. Vous avez dit la vérité. » Cette vérité, à parler franc, c'est lui qui la dégage; et la pécheresse n'a plus qu'à dire « Oui », ce. sera l'aveu complet.

Il y a, dès ce moment, une petite leçon pratique à tirer.

Que de polémiques stériles on aurait évitées entre serviteurs de Dieu, et de manques à la justice, à la charité, si dans les discussions, même nécessaires, on avait commencé par se demander par où « l'autre », que je suppose un honnête homme, pouvait bien avoir raison ; — si, avant de se précipiter sur ce qui divise, on avait commencé par mettre en sûreté ce qui unit ; — si l'on

avait eu présent à l'esprit Tavertissement de •saint Ignace : « Entre bons chrétiens, il faut avoir le cœur plus prompt à sauver la pensée du prochain qu'à la condamner. »

Et où ne trouve-t-on pas le petit terrain solide et commun? Jésus Ta trouvé lui, un peu étroit, mais qui suffît comme point de départ. A cette âme qui hésite, il tend la main et il l'aide à franchir le pas.

— « Ah! Maître, je vois bien que vous êtes prophète. » Autrement dit : « Vous devinez ce que je ne voulais pas confesser » .

Mais un aveu en amène un autre. Après la confession du cœur celle de l'esprit. — Il n'était vraiment pas possible que les Samaritains fussent pleinement de bonne foi. Ils savaient ce qui se disait chez leurs voisins, avec quelle énergie dans l'affinnation ils défendaient leur monopole d'orthodoxie. Qu'en était-il au juste? Qui disait la vérité? Autre blessure à dévoiler, le doute. Et la Samaritaine continue : « Nos pères ont adoré sur cette montagne ; vous, les Juifs, vous dites que c'est à Jérusalem qu'il faut adorer. »

Ce n'est pas encore la recherche anxieuse d'une âme qui veut la lumière : cela viendra. Du moins le ton un peu moqueur du début disparaît. Evidemment la pécheresse a été touchée, et moins peut-être par les mots révélateurs que par l'accent. « Cet homme parlait comme ne parlait aucun homme ».

Il parlait, et il regardait surtout. Ce regard, nous l'avons contemplé déjà; nous pouvons y revenir, car il est d'une profondeur indicible. Qu'elle était grave, la voix qui dévoilait la plaie honteuse ! grave, triste, autoritaire. Mais qu'il était ferme, et droit, et tendre, le regard qui entrait dans la conscience, et là, imposait la lumière! Regard doux et respectueux, regard d'amour, d'un amour irrésistible.

Une sainte femme qui le sentait en elle disait : « Je ne voyais pas distinctement la fonne des yeux adorables de Notre-Seigneur, mais je voyais la toute-puissance d'expression et le charme qui rayonnait de ce regard divin. J'ai senti cette toute-puissance, ce charme divin, mais je ne puis les dire. En parlant de quelque chose d'humain, les termes peuvent s'éclairer par d'autres termes, et parvenir à exprimer l'idée. Ici, c'est le contraire; plus je dis de paroles, plus j'affaiblis ce que je veux dire... Notre-Seigneur m'a fait voir l'action que son divin regard exerce sur les âmes : la manière dont ce bon Maître regarde une âme suffit pour opérer un changement en elle, lors même qu'il ne lui est point donné d'avoir connaissance de ce regard, mais il ne faut pas qu'elle l'oblige à se détourner. Quel malheur pour une âme si Jésus ne la regardait plus! »(1)

(1) Journal spirituel de Lucie Chriêtine, p. 27, 39, 48.

Pour elle, c'est devant des yeux de chair que la pécheresse baissait le front. Et ces yeux, dans leur sérieux divin, étaient d'une irrésistible douceur. Que voilà bien celui dont il est écrit : « Tel est mon serviteur, mon élu, l'homme en qui mon cœur se complaît, en qui mon esprit se repose. Ce n'est pas lui qui briserait un roseau froissé ou éteindrait une mèche qui fume encore » (1). Dans la lampe que vous croyez morte, il cherche le point en ignition, l'étincelle suprême : il souffle dessus et la flamme se ranime.

Ce qui s'est dit et fait entre Jésus et cette femme, se dit et se fait tous les jours entre lui et nous. Tous les jours, son regard descend au fond de nos consciences pour provoquer d'humiliants aveux.

H nous connaît à l'avance ; il en sait sur notre compte, bien plus que nous n'oserions penser. Nous pouvons dire avec David, parlant, non seulement de notre être coiporel, mais de notre âme, mais de notre moi tout entier : « Bien avant ma naissance, ma substance n'était pas cachée à vos yeux. Alors que je me formais dans le secret, tissé avec art dans les profondeurs du sein maternel, germe informe, vos yeux me voyaient; et sur votre livre étaient inscrits les jours que vous me^ destiniez »(2). Qu'apprendrait-il de nouveau sur

(1) Is. 42, 3.

(2) Pa. 138, 16.

mon compte, lui dont saint Jean disait : « Il n'avait pas besoin qu'on le renseignât sur les hommes, car il savait ce qu'il y a dans l'homme » ( 1 ) . Aussi, quoi que nous fassions, il n'y aura pas de surprise pour lui. Si, par malheur, nous échappait quelqu'un de ces actes qui, une fois commis, nous laissent interdits : « Comment ai-je pu faire? »... lui, ne s'étonnera pas.

Mais, autre conséquence de cette science qu'il a de nous : elle est encore indiquée par le psalmiste : « Un père qui a compassion de ses enfants, tel est Dieu dans sa compassion pour ceux qui le craignent. Car il sait de quoi nous sommes formés; il se souvient que nous sommes poussière » (2). Il ne s'étonne pas, et son premier mouvement, si l'on peut dire, est d'avoir pitié.

Dans cette connaissance, il y a comme trois degrés : il me voit, il me regarde, il me sourit : simple science, intérêt cordial et amour.

Il me voit.

Il sait tout ce qu'il m'a donné de facultés naturelles et de grâces. Il sait qu'abandonné à moimême, je ne puis guère que tomber, et il voit jusqu'où, soutenu par sa main, je puis aller. Que de malheureux, dans leur misère humaine, n'ont

(1) Jo. 2, 25.

(2) Ps. 102, 13-14.

personne qui sache leur état et songe à eux ! Lui sait, et il est bon.

11 sait aussi, et là il faut trembler, quel usage j'ai fait de ses dons. Rien ne lui échappe. Quinque viros habuisti : il sait ma frivolité, mon inconstance, ma lamentable faiblesse; et il a compté mes chutes.

Il le sait pour en avoir été le témoin. « Oculi Domini multo plus îuddiores sunt super solem^ drcumspicientes omnes vias hominum^ et profundum abyssi, et hominum corda intuentes in absconditas partes (1). Les yeux du Seigneur sont plus lumineux que le soleil, ils embrassent toutes les voies de l'homme ; l'homme est un abîme qu'il pénètre à fond ; le cœur de l'homme n'a pas de repli qu'il ne discerne. » Donc, il sait mes intentions secrètes. Là où je tcrois l'intention pure, si quelque naturel s'y mêle, il le distingue. Dans ces tentations qui m'ébranlent, il met à part ce qui est suggestion du dehors, ce qui est impression au seuil de l'âme, mais rien qu'au seuil, ce qui est consentement intérieur. « Elle est vivante la parole de Dieu, elle est agissante, elle est plus acérée que l'épée à deux tranchants, elle va jusqu'à séparer l'âme et l'esprit (la vie inférieure et la vie d'en haut), les jointures et les moelles, les sentiments et les pensées ; aussi nulle créature n'est cachée devant Dieu. Tout est à nu,

(1) Eecli, 23, 28.

tout est découvert aux yeux de celui qui nous demandera compte de tout »(1). Il sait; — et, si cela doit me faire craindre, cela doit me rassurer aussi. Probablement, il trouvera en moi, pécheur, des choses bonnes que j'ai oubliées, d'autres auxquelles il ne manque pour être excellentes, que d'être purifiées par le feu.

Cette histoire intime, il l'a vue, mais il la sait encore pour l'avoir mystérieusement « vécue », pour l'avoir soufferte, en avoir expié ce qui était mauvais, mérité ce qui était bon. « Quelle femme oubliera son nourrisson? n'aura-t-elle pas pitié du fruit de ses entrailles? et, quand même une mère oublierait, moi je n'oublierai pas. Je t'ai gravé sur la paume de mes mains. Ecce in manihus descripsi te »(2). Ce n'est qu'un hébraïsme, chez le prophète, une manière^de dire que Dieu songe à nous toujours. Mais c'est à la lettre que notre histoire est inscrite, gravée, creusée sur les plaies de ses mains, de ses pieds, de son visage, de son cœur. Voilà le livre couvert d'écritures au recto et au verso, scriptus intus et foris, dont parle Ezéchiel, (3) et plein jusqu'aux marges, non de malédictions, mais des bénédictions de Dieu sur nous, plein de notre vie. Pour nous connaître à fond, il n'a qu'à se considérer lui-même.

(l)Heb.4, 12-13.

(3) Ez. 2, 9.

Il me voit, — et il me regarde.

Il fixe les yeux sur moi. Il y met de Tinsistance. On dirait qu'il prend intérêt à me suivre ainsi. Qui, en vérité, je l'intéresse, comme l'intéressaient les fluctuations d'âme de la Samaritaine. Je l'intéresse par mes misères, et je l'intéresse par le bien qui est en moi.

Mes misères, mais c'est précisément sa mission que de les réparer. Misère et miséricorde s'appellent. Je ne dirai pas qu'il avait besoin de mes misères pour exercer cette forme particulière de la bonté. Mais sans doute il ne m'aurait point laissé pécher s'il n'avait vu clairement, comme il voit toutes choses, le profit à tirer de mes fautes pour sa gloire, de mon mal pour son bien. Comment ne pas s'intéresser à une indigence qui réclame ses richesses sans fond, à des blessures que seules ses blessures peuvent guérir, à des faiblesses que ses faiblesses peuvent convertir en énergie? Livore ejus sanati sumus (1).

Quant au bien qui est en moi... car il y en a, et beaucoup, pourquoi le nier? il est son œuvre. Pauvres fleurs de vertu, mais arrosées de son sang; pauvres fruits, pauvre verdure, pauvres mérites, mais qui n'existeraient pas sans la sève qui vient de lui. Peut-il ne pas s'intéresser à ma

(1) la, 53, 2,

croissance spirituelle, quand ce qui croît en moi, sous la poussée de la grâce, c'est lui-même, le Jésus mystique et réel qui naît en tout baptisé, qui naît, grandit, meurt, hélas! dans le péché, renaît dans le pardon, celui dont parlait saint Paul, disant aux Galates : « Mes petits enfants, que j'enfante et enfante encore jusqu'à ce que le Christ soit pleinement formé en vous » (1), et aux Ephésiens : « Soyons des hommes faits, efiforçons-nous d'atteindre à la stature parfaite du Christ; ne soyons plus des enfants » (2).

De tout cela, qui est mystérieux, nous nous désintéressons peut-être, faute de foi. D'autres, près de nous, pères de notre âme, nos frères en Jésus- Christ, suivent avec amour l'envahissement lent de notre être par la vie mystique du Sauveur, et tout progrès leur est une joie. Mais, que voient-ils? que savent-ils? jusqu'où va leur divination? Lui, Jésus, ne peut pas ne pas savoir. Il voit tout, mesure tout, s'intéresse à tout. Pas un détail de notre vie intime, pas une défaillance, pas un gain ne lui échappe. Car cela le touche, et de près, que je puisse dire avec plus ou moins de vérité : « Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi ».

(1) Gai. 4, 19.

(2)Eph.4, 13, 14.

Il me suit avec intérêt... C'est trop peu dire, en vérité : il me suit avec amour, et son regard est un sourire. Le sourire, l'amour qui jaillit des lèvres et des yeux. Intuitus eum, dilexit\ il nous a vus et il nous a aimés : en trois mots, c'est le plus clair de notre histoire.

Ce regard nous cherche, et en même temps il nous attire. Il veut rencontrer le nôtre, il le provoque. Car son amour est un amour agissant; il lui faut la réciprocité, et, cette réciprocité, il la crée en nous.

« Cum esses sub ficu, lyidi te (1), disait-il à Nathanaël, je t'ai vu sous le figuier ». Il nous le dit aussi, car chacun de nous a son figuier sous lequel il se retire aux heures de réflexion. « Je t'ai vu quand tu te croyais seul, seul avec le secret de ton âme, seul avec tes désirs, avec tes regrets, tes rêves, seul peut-être avec le souvenir de tes hontes ; et je puis te dire à claire et haute voix ce que tu te disais à toi-même dans l'ombre » .

Et nous pouvons répondre avec un converti : « N'y a-t-il pas eu dans ma vie, Seigneur, une heure, un lieu que je vois encore, une heure que je n'oublierai jamais, qui est l'heure principale de ma vie, l'heure critique qui, peut-être, a décidé de moi?

(1) Is. 1, 48.

» J'étais dans ce lien que je vois encore : j'avais toutes ces pensées que j'entends encore, dont je vois encore le détail, chaque fois que je veux me le rappeler.

» Il y eut une lutte, il y eut un cri de l'âme, il y eut une agonie, il y eut une prière perçante, et je croi^ voir encore aujourd'hui, après tant d'années, ces profondeurs inconnues et inexplorées de mon âme qu'ouvraient en moi cette agonie et cette prière. .. Il y a là un point lumineux dans ma vie, et transfiguré pour toujours. Mais je vous prie. Seigneur, pourquoi ce point se détache-til toujours lumineux, sur des années que l'oubli efface peu à peu? Cette lumière, c'était vous. Seigneur, c'était votre regard, vous m'avez vu lorsque j'étais sous le figuier...

» Il est bien certain que vous me regardiez dans ce moment. Oui, je le sais, vous m'avez vu ; et tous ces événements n'ont eu lieu dans mon âme, en ce court intervalle, que parce que vous me regardiez. Cette heure a été la crise de ma vie. Votre regard tout d'un coup m'a tout montré » (1).

Quand Jésus eut dit à Nathanaël : « Je t'ai vu... », Nathanaël répondit : « Maître, vous êtes le Fils de Dieu, le Roi d'Israël » . Quand la Sama-

(1) Gba-TBY, Méditations, p. 276.

ritaine eut vu que ce Juif avait percé le secret de sa vie, elle s'écria : « Vous êtes prophète ». De l'un comme de l'autre, Jésus aurait pu dire : « Vere Israelita in quo dolus non est » (1), âmes droites, âmes sincères, sans replis ni fraude.

Sommes-nous sine dolo, sous le regard pénétrant de Jésus? Et nos yeux osent-ils rencontrer ses yeux? Rappelons-nous Pierre dans la cour du grand-prêtre, respexit Petrum (2), et son regard de pécheur sous le regard du Maître. Il a baissé les yeux, mais les deux regards, un instant, se sont rencontrés. Il a accepté le reproche muet qui lui venait, et, du cœur, par les yeux, allait au cœur. C'est pourquoi il a pleuré et il a été pardonné. Et nous, dans la conscience nette que nous avons de n'être pas ce que nous devrions être, sommes-nous sincères? Quand nous sentons des yeux invisibles qui nous percent jusqu'à l'âme, consentons-nous à nous regarder nous-mêmes, et à faire l'aveu intérieur qu'on nous demande ?

Oh ! il ne s'agit pas de fautes graves, ni de l'aveu qu'il en faut faire au représentant de Dieu ; mais de l'aveu plus difficile qu'il faut se faire à soi-même et à Dieu, quand, par ailleurs, on vit dans sa grâce, de certaines faiblesses, de certains attachements, de certains liens...

Certaines façons de ne regarder la vie surnaturelle que dans ses principes lointains, ou de biais,

(l)Jo. 1,46.

f2)Lnc. 22 61.

jamais en face, jamais de près, je veux dire, dans les sacrifices immédiats qu'elle impose...

Certaines donations de nous-mêmes, totales, absolues, mais pour plus tard, mais pour demain...

Certain abandon à Dieu des dehors, quand on garde le fond; du superflu, quand on retient l'essentiel...

Certaines façons d'agir avec une conscience hésitante, bien sûr de ne pas oflenser Dieu gravement, moins sûr de ne pas le froisser par des indélicatesses...

Certain parti-pris de conserver au fond de l'âme un coin où jamais ne pénètre le soleil. « Et l'on va son chemin, avec une demi-douzaine de points importants qui devraient être tirés au clair, et qu'on laisse dormir comme des dossiers dans les bureaux d'une cour suprême »(1.).

On n'est point entièrement sincère avec soimême parce qu'on ne se regarde pas. Comment le sera-t-on sous le regard de Jésus? Nolite errarcy Deus non irndetur{2), « Ne vous y trompez pas, on ne se moque pas de Dieu » .

L'aveu complet, détaillé à fond, de nos misères devant celui qui les connaît déjà mieux que nous, la confession sans réticence de nos lâchetés à celui qui est à la fois le Père et le Juge, voilà la démarche essentielle ; le reste ne vient qu'ensuite.

(1) W. Fabbb, Confér. Spirit, Trad. franc, p. 152. <2, Gai 6, 7.

Que d'aveux au prêtre ne se font pas, sont retardés indéfiniment parce que l'aveu devant Dieu n'est pas ce qu'il devait être. Et l'aveu au prêtre, ici, c'est tout aussi bien l'ouverture de conscience faite à qui de droit, la sincérité absolue et pratique dans la recherche des voies directes vers le parfait, sans restriction, sans réserves, sans silences. Mais il faut que tout d'abord, loyalement, au fond du cœur, on ait dit à Dieu tout ce qu'on avait à lui dire.

Jésus veut ces confidences, et il les veut complètes. Elles ne lui apprennent rien : ce n'est pas par elles qu'il saura nos besoins. Mais, par elles, il constatera nos bonnes volontés. 11 les forcera à se faire plus nettes, plus franches, plus profondes. S'il nous dit ensuite : « Vade^ ostende te sacerdoti{l)y parle de tout cela au père de ton âme », nous obéirons sans difficulté, car l'aveu fait à Dieu dans ces conditions comporte tout l'essentiel et la confusion, et le regret, et l'amour, et la volonté d'agir.

Parlons donc à Dieu. On peut se tromper soimême, on peut se dissimuler aux yeux des hommes; mais il est un être dont il a été dit : « Omnia nuda et aperia sunt oculis ejus ad quem nohis sermo (2). Tout est nu et à découvert devant les yeux de celui à qui nous devons rendre nos comptes » . Et que perdons -nous à être francs puisque celui-là, qui sait tout, nous aime?

a^Mat. 8, 4.

(2, Heb. 4, 13.

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