NOUS SAVONS, NOUS
La femme lui dit: a Maître, je vois que vous êtes prophète. Nos pères ont adoré sur cette montagne, et vous dites, vous, que le lieu où il faut adorer, c'est Jérusalem ».
Jésus dit : « Femme, croyez-moi, l'heure approche oà ni sur cette montagne, ni à Jérusalem on n'adorera le Père. Vous adorez ce que vous ne connaisses pas. Nous savons, nous, ce que nous adorons, car c'est des Juifs que vient le salut. Mais l'heure vient, la voici, où tes vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. Voilà les adorateurs que veut le Père. Dieu est esprit : ceux qui l'adorent doivent l'adorer en esprit et en vérité. »
La femme lui dit : « Je sais que le Messie vient (c'est-à-dire le Christ). Quand il sera là, il nous enseignera toutes choses. ^
Et Jésus : « Le Messie, c'est moi qui vous parle ». (19-26).
La question inévitable entre Juifs et Samaritains est posée : < Est-ce ici, est-ce à Jérusalem qu'il faut adorer? »
La Samaritaine désire-t-elle vraiment une solution? Et si la solution lui est donnée, qu'elle redoute, est- elle prête à y conformer sa vie? Jésus pourtant répondra. Il dira la vérité à laquelle cette femme a droit. Mais, une fois de plus, la
réponse dépassera les horizons bornés de la question. Par delà les illusions des schismatiques et l'orthodoxie des Juifs, il nous mettra dans l'absolu, dans l'étemel.
— « Garizim ou Jérusalem? peu importe.
Croyez-moi, bientôt, toutes ces localisations disparaîtront devant une conception plus belle du Royaume de Dieu. Alors se vérifiera la prophétie : « De l'Orient à l'Occident, mon nom est grand dans les nations. On sacrifie en tout lieu. Partout on offre en mon nom une oblation pure » (1).
Partout... donc plus de Juifs ni de Samaritains, de prosélytes ni d'enfants d'Abraham, plus de Gentils, plus de Barbares, un seul peuple, un seul troupeau sous un seul pasteur.
Et maintenant voici la réponse au cas de conscience : « Vous ne savez pas, vous, qui vous •adorez; nous savons, nous, à qui va notre culte. Des Juifs vient le salut. Donc vous êtes dans Terreur. Pour le moment. . . Car bientôt tout va changer; le culte qu'on rendra au Père, le culte qu'il exige, le culte à la fois éternel et universel, est un culte vrai, où l'âme a plus de part que les sens ».
Ainsi parlait Jésus... Et il me semble voir la Samaritaine qui le regarde, qui tâche de comprendre, et, comme tout cela est bien haut, bien nouveau, eorum quae dicta sunt altitudine defa-
(l)Malach., 1, 11.
tigata, ohstupuif, ea capere non valens (1) ; après un instant de réflexion, elle déclare : « Par bonheur, le Messie vient, il expliquera tout » .
Et Jésus... mais avec quelle solennité!... Une fois de plus, avec quel regard profond, et quelle autorité sans réplique! « Le Messie? C'est moi qui vous parle ! »
Avant de passer outre, arrêtons-nous d'abord sur ces mots : « Vos adoratis quod nescitis^ nos adoramus quod scimus » .
Les Samaritains ressemblaient assez à nos protestants. Ils n'étaient pas sans vertus. Notre- Seigneur prend chez eux un exemple de charité vraie, le bon Samaritain. Un Samaritain encore, le lépreux reconnaissant. Mais ils étaient dans l'erreur ; ils manquaient de sécurité et dans leur foi et dans leur vie. De là cette inquiétude, ce besoin de mettre la conversation sur les points délicats, moins pour s'éclairer parfois, que pour découvrir un prétexte de rester là où l'on est, et garder la liberté de ne point changer. Qui dira, chez ces âmes inquiètes, jusqu'où la bonne foi se prolonge et le point précis où elle cesse ? Mais ils ont beau faire, ayant rejeté Rome ou Jérusalem, c'est vers le Temple invinciblement ou vers Saint- Pierre qu'ils regardent. Ils en sont hantés, et le
(1) s. Thomas, in h. loc.
Pape tient dans la pensée de nos frères séparés une place plus grande qu'ils ne veulent l'avouer.
PuiSj bonnes ou mauvaises, il leur faut des raisons pour ne pas voir l'évidence, et, si les uns disaient: « Patres nostri... nos ancêtres », les autres s'abritent derrière l'Église primitive, derrière l'Ecriture, derrière le sens intime. Ce ne sont jamais les prétextes qui manquent.
Puis, chez les uns et chez les autres, c'est une impuissance parfois déconcertante à comprendre des vérités qui, à nous, fils de TÉglise, paraissent élémentaires. La Samaritaine n'entend rien au culte en esprit et en vérité, et que de choses sont lettre morte pour le protestant ! Un anglican écrivait naguère : « Est- il possible d'éprouver un attachement personnel pour le Christ tel que celui qu'enseigne Thomas a Kempis? J'estime chimérique, contraire à la nature humaine, d'être capable de concentrer sa pensée sur une personne à peine connue et qui vivait il y a dix-huit cents ans » . Il n'avait donc rien lu, ni les sermons de saint Bernard, ni la vie de saint François, ni les œuvres de sainte Thérèse ( 1 ) . Mais quoi ? animalis homo. . .
Enfin, dernier trait. Ils ont beau se raidir, et proclamer les droits de leur conscience autonome, l'autorité qui s'affirme, sûre d'elle-même, s'impose à eux, quoi qu'ils en aient. <ï Le Messie? c'est Moi », dit Jésus à la Samaritaine. On ne peut être
(1) Abbot and Campbell. Life and Letters of B. Jeweft, t. u, p. 151.
plus clair. Aussitôt c'est fait ; elle croit, et la voilà changée. « L'autorité c'est Moi » dit le Pape, et il le dit avec une assurance qui étonne, qui fait réfléchir. Et ils comparent avec les indécisions de leurs chefs. Pour combien qui sont revenus, le point de départ a ^té là, pas ailleurs ! Aussi Jésus peut dire, et nous avec lui, « Nous savons, nous! » Méditons un peu sur ce grand bienfait de la sécurité dans la foi et dans l'obéissance.
Nos adoramus quod scimus. . .
Il ne s'agit point de nous préférer à d'autres. Si nous avons la foi, nous n'y sommes pour rien : Quid habes quod non accepisti? Si autem accepistij quid gloriaris quasi non acceperisf (1) Qu'y a-t-il en nous qui ne nous vienne d'un autre? Et si tout nous vient d'un autre, pourquoi nous enorgueillir comme si nous étions les fils de nos œuvres? Et où ce principe s'applique-t-il mieux qu'à l'origine de toute vie spirituelle, au don de la foi?
Mais, pour ne point tomber dans le péché d'ingratitude, il est bon de méditer sur les périls auxquels nous avons échappé, Dieu aidant. Qu'aurions-nous été si Dieu n'avait agi? Voyonsnous par exemple dans quelqu'un de ces milieux
(1) 1 Cor., 4, 7.
intellectuels, dont le travail, l'érudition, la puissance artistique ou littéraire nous intimident, mais d'où la foi est bannie. Comparons-nous à quelqu'un de ces honnêtes ouvriers de lettres ou de sciences, qui, sur leur domaine, furent des maîtres, au sens le plus haut du mot, et qui n'ont ni connu ni aimé Jésus-Christ.
Saint Paul, dans ses pastorales, dépeint certaines de ces vies intellectuelles où l'on ignore l'Évangile. Quelques traits sont de tous les temps.
Ils ne peuvent pas supporter qu'on leur parle de doctrine saine, sanam doctrinam non sustinehuntj de doctrine absolue, de doctrine nécessaire... Les élèves ne manquent pas aux docteurs, ni les docteurs aux disciples ; il leur faut des « tas de maîtres », œacervabunt sibi magistros; car l'oreille leur démange, prtcr'ientes aurihus. Seulement, ils n'ont aucune faim de la vérité divine, a veritate quidem auditum avertent; il leur faut des inventions humaines, ad fabulas autem convertentur (1). Pour les Athéniens, ces dilettantes, l'important n'était pas le vrai ; était ce même le beau? c'était le neuf : ad niliil aliud vacabant nisi aut dicere aut audire aliquid novl (2). Des questions futiles, des chicanes sur la loi, des radotages (3), en vérité, auprès de ce que la foi nous apprend, leur science est-elle autre chose? Et que
(1) 2 Tim. 4, 3-4.
(2) Act. 17, 24.
(,3)Tit. 3, 9-11; 2Tiui.
savent-ils, les plus doctes, sans le CredOy je dis les plus honnêtes, et, ce «semble, les plus dignes de croire? Semper discentes et numquam ad scientiam veritatis pervenientes (1). Ils apprennent, ils étudient, ils retiennent, ils entassent les livres, les bourrent de science, les chargent de notes. Ils intimident par tout ce qu'une simple page de leur texte suppose de patientes recherches. Et pourtant, lorsque, portés par eux, nous touchons au terme de leur science, il faut bien constater que là, quelque chose manque, et qu'ils ne savent pas conclure. Ne les pressez pas, ne leur demandez pas le mot, le mot divin, qui clorait tout; ils répondront avec Pilate : « Quid est veritasf » Très dogmatiques sur le secondaire, agnostiques sur l'essentiel.
Mais, là où ils se dérobent, nous continuons. Là où ils disent ne plus rien voir, une petite lampe s'allume pour nous, lucema lucens in caliginoso locOj qui nous permet de passer outre et de les distancer. Quand ils nous ont tout dit sur les lois du monde, nous montons du monde à son auteur. Quand Montesquieu s'est tu sur Rome, ses grandeurs et sa décadence, Bossuet prend la parole, et, au-dessus des empires, montre le Maître des empires. Veuillot écrivait, après une conversation avec M. Thiers : « Il aime à causer, il cause vraiment bien. Après cela, si tu veux que je te
(1) 2 Tlm. 3, 7.
dise le fond de ma pensée, nous ne nous en tirons pas notablement moins bien, et nous savons certaines choses qui dominent absolument la quantité de choses qu'il sait : par suite de quoi, nous savons en réalité mieux que lui cette quantité de choses que nous ne savons pas. Pendant qu'il les raconte, il nous les apprend, et nous voyons du même coup les causes qu'il ignore, et leurs bornes qu'il n'aperçoit pas. Ah! ma sœur, quelle supériorité de savoir seulement un peu de Jésus-Christ (1) ! »
Dès lors, avec tous leurs maîtres, tous leurs livres, toute leur science, ils ont très peu de certitudes, de ces certitudes qui ne sont pas pour l'esprit seul, mais qui prennent l'âme entière. Disciples et docteurs, ils sont les brebis à l'abandon, jacentes ut oves non hahentes pasfor em (2), courant la montagne, se fatiguant sans but, et tombant découragées. Ils sont les épaves dont parle saint Paul, fluctuantes omni vento doctrinaej allant au gré du vent, en danger de sombrer dans l'erreur, ad circumventionem etToris (3).
Ils l'avouent quelquefois, et il n'y a pas de confession poignante à l'égal de celle-là. On sait la souft'rance d'un Sully-Prudhomme. « Il revenait, raconte un ami, constamment à la mort et au
(1) Août 1869.
(2) Mat. 9, 36.
(3) Eph. 4, 14.
par-delà la mort. Il disait comme il s'était reposé dans la foi chrétienne, comme il y avait trouvé d'heureuses promesses, comme il s'en était détaché, et comme, depuis, il avait erré sur le chemin du doute sans parvenir, dans son amour pour le divin, à rencontrer nulle part une certitude qui satisfît également son imagination et sa raison : il interrogeait et il pressait, voulant savoir si, à nos coeurs, nous portions la même blessure. Et lorsque Coppée qui, jusque là, dans le petit cabinet de travail si étouffé, s'efforçait en gaîté pour remonter Sully et le distraire, devenu tout à coup très grave, répondit dans une affirmation convaincue : « Moi, je crois » ; lui, tourné, le regardant de ses beaux yeux où passait une admiration jalouse, et levant ses pauvres mains, dit seulement : « Ah! Coppée, vous ne savez pas comme vous êtes heureux » (1).
Heureux, oui, car notre vérité à nous n'a rien d'abstrait, elle est vivante, elle est la vérité faite homme. Jésus n'est pas seulement un maître de vérité, il est le Maître de la vérité; il est la vérité. Et voilà pourquoi il est unique : unus est enim magister vester (2) ; donc le Maître qui affirme et qui s'affirme. C'est le propre de l'autorité d'être crue sur parole, et lui, parle tamquam auctoritatem habens (3).
(1) Discours de F. Masson à la réception de H. Poincaréy 28 Janvier 1909.
(2) Mat. 23, 8. — (3) Jo, 7, 46.
Ah ! je crois bien ; et les mots qu'il a dits il y a vingt siècles résonnent comme au premier jour au cœur de ceux qui veulent entendre. Quel est le maître sur un signe de qui nous aurions tout quitté? Et des milliers d'hommes et de femmes, tous les jours depuis des siècles, abandonnent tout, parce que, en ce temps-là, quelqu'un, qu'ils n'ont point vu, a dit cette parole : « Va, donne aux pauvres ce que tu as, et suis-moi » . Quel maître jamais, du haut de sa science, a laissé tomber une de ces maximes qui, esprit et vie, ne prennent pas seulement l'intelligence, mais transforment la volonté ; font aimer ce que les hommes redoutent, poussent au sacrifice, à l'humiliation, à la pauvreté, et provoquent dans les âmes l'épanouissement du plus étrange des amours, l'amour de la croix? Si vous en rencontrez, un de ces maîtres, regardez bien, il n'est pas seul ; un autre maître est en lui, celui qui s'est défini : Ego sum veritas. Oui, d'autres parlent aussi, et parlent de leur mieux, mais ils professent n'être que la voix de Jésus, et c'est justement au moment où ils se taisent, quand il n'y a plus que Jésus à parler, que leur parole est efficace. Oh! comme alors on se redit : « Nos adoramus quod scimus » .
Ce n'est pas assez d'être sûr de ce que l'on croit, il faut être sûr de ce que l'on fait. Avec les
lacunes de la foi, les lacunes de la conscience. La Samaritaine était-elle bien sûre que son culte, celui de sa nation, fût agréé de Dieu? Elle ne savait trop. Le principe : « nos pères ont fait ainsi » suffisait- il à la faire sortir du doute pratique? Qui l'aurait su dire? Quelle autorité eût dirimé la controverse? Et elle attendait une révélation.
Bien des protestants, avec une indéniable bonne volonté, s'égarent dans leur vie morale, faute de guide. Le Père W. Faber, encore ministre anglican, avait groupé des disciples. La question du Pape écartée, ils étaient ultra- catholiques. Ils imitaient les Pères du désert, jeûnaient en rigueur, se flagellaient entre eux, et n'y allaient pas de main-morte. Résultat : les santés ruinées, le découragement, le retour en arrière. Mais qui les aurait guidés tamquam auctoritatem habens?
Qu'il est malaisé, sans l'obéissance, de savoir exactement si l'on fait trop ou trop peu, de fixer jusqu'où l'on peut, jusqu'où l'on doit aller en fait de pénitences, de prières, de travail, de charité! Mais l'obéissance opère ce prodige que nous sommes assurés, en la suivant, de suivre Dieu. Qui vos audit me audit. Voulez-vous m'entendre? écoutez ceux qui vous parlent de ma part. Cela est vrai à la lettre des Apôtres et de leurs successeurs, parlant en chefs de l'Église. Cela est vrai aussi de tous ceux qui détiennent la menue monnaie de l'autorité religieuse; vrai dans une
mesure qui varie selon les cas, mais vrai d'une vérité pratique qui suffit à la paix de l'âme.
Les autorités subordonnées, qui ont le droit de commander au nom de Dieu, peuvent assurément se tromper dans leurs directions, et elles se trompent; mais qui osera dire qu'en obéissant, l'âme humble ne progresse pas d'autant plus qu'elle a fait un sacrifice plus complet de ses lumières? En nous soumettant, nos scimus quod adoramus, nous savons ce que vaut ce sacrifice d'adoration.
Sacrifice. Et l'on a ingénieusement comparé le mystère de l'obéissance au mystère de l'autel.
Si la parole libre du prêtre amène Jésus sous les apparences du morceau de pain qu'il a choisi, la parole libre du religieux qui fait vœu d'obéissance entre les mains de son supérieur opère ce changement mystérieux : ce n'est plus un homme quelconque qu'il a devant lui, c'est Jésus.
Les apparences subsistent. Rien n'est changé pour le regard humain ; tout est changé pour l'œil de la foi. Ce n'est plus du pain que je mange, ce n'est plus un homme que j'écoute; c'est Jésus.
Il est arrivé que l'hostie prenait un goût délicieux, et il est arrivé qu'on l'avait empoisonnée : le plus souvent elle est sans saveur appréciable. Il se peut que l'autorité soit délicieuse, et c'est un charme d'obéir; il se peut qu'elle soit indifférente.
il est des cas où elle est amère. Et si, usant de son droit, elle m'envoyait à la mort? N'importe, c'est encore Jésus.
Cela, je le sais; il se peut que, dans la pratique, je l'oublie : comme il n'est pas rare que je communie avec des distractions lamentables. Mais, je crois. Et ce n'est pas en vain que celui-là qui a dit : « Ceci est mon corps », a dit aussi : c Qui vous écoute, m'écoute ».
Et je crois encore, que la vie qui me vient par le pain consacré est exactement la même qui m'est conférée par la grâce de l'obéissance. De part et d'autre, c'est du divin qui vient en moi. Ainsi l'enseigne saint Ignace : « Obéir, dit-il, ce n'est pas seulement un repos; c'est une noblesse. Cela élève grandement l'âme au-dessus de la condition humaine... Cela nous force à nous dénuder, pour nous revêtir de Dieu, le bien suprême. Dieu remplit l'âme d'autant plus qu'elle se vide plus à fond de sa volonté propre. Ceux-là peuvent dire, qui sont obéissants de cœur : « Vivo y jam non ego, vivit vero in me Christus » (1).
Pauvres gens qui, de l'obéissance, ne voient que les dehors, et ignorent ce qui en est l'âme, qui la calomnient, qui la défigurent. Comme si, pour nous qui sommes petits, le meilleur moyen de voir loin n'est pas de gravir la montagne, — pour nous
(1) Lettre du 29 Juillet 1547. Voir Gay, Vie et Vertus chrétiennes, Traité de l'obéissance.
qui sommes lents, le meilleur moyen d'aller vite n'est pas d'enfourcher le cheval, — pour nous qui sommes myopes, imprudents, distraits, ignorants, le meilleur moyen de voir, de décider, d'agir juste, n'est pas de recourir aux yeux de la foi et aux règles de l'obéissance, c'est-à-dire à Dieu!
if! iji
Sécurité de l'esprit par la foi, sécurité de l'action par l'obéissance... En vérité, adoramus quod scimus.
Donc, inconfusible confiance. Celui qui m'a fait ce double don saura bien le défendre. J'ai à me défier de ma faiblesse, et, s'il est une chose que je sais bien encore, et cette fois par expérience, c'est que je ne puis rien. Haec patior, dit saint Paul; cela, c'est la souffrance nécessaire, mais... il faut ajouter tout de suite le « mais » ; sed non confandor^ je ne suis pas, je ne serai pas confondu par mes ennemis, car « je sais en qui je me suis confié; et, j'en suis certain, celui-là est assez puissant pour défendre mon dépôt jusqu'au jour où il faudra le remettre à qui de droit, scio enim eut credidiy et certus suni quia potens est depositum meurn servare in illum diem » ( 1 ) . Il est puissant, il m'aime, et il veut que je croie à son amour.
(l)2Tim. 1.12
Et il veut encore que je le sache fidèle, fidelis Deus per quem wcatis esfis (1). Fidèle, c'està-dire constant, c'est-à-dire logique, c'est-à-dire conséquent avec lui-même.
Il sera conséquent avec ses propres déclarations. « Celui-là qui est fidèle dans les petites choses, a-t-il affirmé, le sera dans les grandes » . On ne peut pas dire que la vocation à la foi ou à la vie parfaite soit une petite chose. Il y a plus grand cependant : il y a la persévérance finale. Lui qui nous appela par sa grâce, nous refuserait-il sa grâce pour nous maintenir là précisément où il nous veut? Si nous nous perdions... perditio tua, ■ Israël (2).
Il sera conséquent aussi avec ses actes, qui sont les actes de son Père. Du Père il est écrit qu'il n'a pas épargné son Fils, proprio Filio non pepercit ; et le texte ajoute : mais avec le Fils ne nous a-t-il pas tout donné? quomodo non etiam cum illa omnia nohis donavit? (3) Omnia^ tout,... tout ce que comporte la Rédemption, tout ce que comporte la vie de Fâme, et par conséquent si nous y consentons, si nous tendons la main, la persévérance : fidelis Deus.
Et voyez l'hymne de la confiance en Jésus que saint Paul entonne tout de suite après. Entonnons-le, nous aussi, modestement, moins pour rien
(1) 1 Cor., 1, 9.
(2) Os. 13, 9.
(3) Rom. 8, 32.
affirmer que pour demander à Dieu qu'il en soit ainsi :
« Avec son Fils, ne nous a-t-il pas tout donné? Qui se fera l'accusateur des élus de Dieu? Ils ont Dieu pour les justifier. Qui les condamnera? Le Christ Jésus est là, qui est mort, bien plus, qui est ressuscité, qui siège à la droite de Dieu, et, là, intercède pour nous.
» Qui donc nous séparera de l'amour du Christ? La tribulation? l'angoisse? la faim? la nudité? le péril? la persécution? l'épée? Selon qu'il est écrit : « A cause de toi tout le jour, nous sommes livrés à la mort, nous sommes tenus pour brebis de boucherie » . Mais en tout cela, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. Car, j'en suis sûr, ni la mort, ni la vie, ni les auges, ni les principautés, ni les vertus, ni le présent, ni l'avenir, ni les sommets, ni les abîmes, ni rien de ce qui est créé ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu, aimé dans le Christ Jésus Notre-Seigneur ».
Ameriy Amen, Amen.