ESPRIT ET VÉRITÉ
* L'heure vient, la voici, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. Voilà les adorateurs que veut le Père. Dieu est esprit, ceux qui l'adorent doivent l'adorer en esprit et en vérité. ^ (23-24).
L'adoration à\\ Père en esprit et en vérité : c'est une des grandes leçons du Fils. L'Evangile n'en est que l'exposé par préceptes et par exemples.
L'homme n'avait jamais cessé d'adorer. Bien ou mal, par la pensée, la prière, le sacrifice surtout, il reconnaissait sa dépendance à l'endroit de l'invisible. Mais que de lacunes et que de crimes souvent dans et tte adoration ! Que d'adorations se trompaient de chemin ! Que d'encens, au lieu de monter vers Dieu in odorem suavitatis, s'égarait sur la terre, descendait plus bas encore ! Adoration d'esclaves apeurés.
Là-même où c'était bien Dieu, le vrai Dieu qu'on adorait, simple adoration de serviteurs, fidèles parfois, négligents et menteurs souvent. Chez ceux-là mêmes qui n'étaient ni idolâtres ni schismatiques, l'esprit manquait. La lettre de la
loi barrait les horizons. Ils rexagéraient même cette lettre. Si la loi était lourde, ils la rendaient intolérable. En tout ce qu'ils faisaient, l'âme était absente. Ils n'entraient pas dans les intentions de Dieu. Des cérémonies, des gestes, des mots, et rien de plus. Des sacrifices d'expiation sans regTet intérieur; des sacrifices d'actions de grâces sans amour pour l'aateur de tout bien ; des sacrifices de demande sans désir des biens de l'âme ; des sacrifices de louange sans humilité. Donc le mensonge, à tout le moins l'illusion.
Ce n'était pourtant pas faute d'avoir été avertis. Dieu leur avait dit, par la bouche de Malachie : « L'homme honore son père, le serviteur honore son maître. Si je suis père, où est mon honneur? si je suis le Seigneur, où est votre crainte, prêtres qui méprisez mou nom? » S'en tenir à la lettre, ofirir des victimes, mais qui ne coûtent rien; sacrifier à Dieu ce à quoi l'on ne tient pas ; faire à l'égard de Dieu ce qu'on n'oserait pas faire à l'égard du magistrat, c'est se moquer, c'est frauder Dieu (1).
Sans aller jusque-là, le danger restait toujours de ne voir que l'exécution matérielle des rites, ce qui aboutissait à n'avoir de Dieu que des vues humaines. Tel culte, tel Dieu. Et Dieu protestait : « Qu'ai-je besoin de vos boucs et de vos génisses? est-ce le sang des victimes qui me plaît? est-ce
dans les chairs immolées que je trouve ma joie? ce qu'il me faut, c'est le cœur. Un cœur contrit et humilié, voilà, Seigneur, ce que vous ne méprisez pas » (1). Cela, les Juifs pouvaient le donner à Dieu, puisque Dieu le leur demandait. Ni l'esprit ni la vérité n'étaient hors de leur portée. Et certainement, les vrais Israélites, les vrais enfants d'Abraham en trouvaient le secret dans leur foi. Certes, celui qui avait réglé avec tant de détails la liturgie des sacrifices officiels et privés, en exigeait l'exécution ponctuelle, mais il le dit clairement, il exigeait autre chose.
Or, cette autre chose ne pouvait lui être fournie pleine, complète, surabondante, digne de lui, par aucune créature. Et c'est pourquoi le Fils s'est fait homme. Il est le Sauveur; mais avant d'être le Sauveur, il est l'Adorateur. Il iucarae en lui l'adoration adéquate, l'adoration vraie, l'adoration spirituelle. Il est l'adoration faite homme.
Et voilà pourquoi l'heure vient, poursuit le prophète; l'heure est venue, reprenait Jésus, où sera ofiert l'unique, l'universel, l'authentique, le divin sacrifice, et où Dieu trouvera, enfin! des cœurs qui l'adorent en esprit et en vérité.
Nous vivons, nous, sous ce régime nouveau. Reste à savoir si nous en vivons. Or, il faut en
'l)Ps. 60, 19.
\iYi*e. Prêtres, religieux, simples chrétiens, si nous ne vivons pas d'esprit et de vérité, nous ne répondons pas aux intentions du Père qui est au ciel. Il ne trouve pas en nous les adorateurs vrais, sur lesquels il comptait quand il nous a appelés.
Relisons le début de Tépître aux Éphésiens ; ces intentions de Dieu y sont magistralement exposées. « Il nous a élus, dit saint Paul, dès avant la création du monde, mais en Jésus -Christ. » En Jésus-Christ, c'est-à-dire qu'il ne nous a jamais conçus qu'unis à Jésus, membres mystiques de Jésus, vivant de Jésus. Et la raison? « Pour que nous fussions saints, irrépréhensibles », non pas aux yeux des hommes, « mais devant ses yeux à lui » . Voilà pourquoi « dans son amour, il nous a prédestinés à être ses fils adoptifs par Jésus- Christ; et cela, librement » gratuitement (1).
In Christo... in ipso... in quo... in diUcto Filio suo. . : une douzaine de fois en quinze versets, la formule revient, nous forçant à conclure que l'union est étrangement étroite que le Père veut réaliser entre son Fils par nature et ses enfants d'adoption.
In ipso, tout le secret de l'adoration vraie et spirituelle est là. C'est donc les yeux sur Jésus, aspicientes in auctoi'sm fidei et œnsummatorem Jesum (2), que nous avons à le chercher. Lui, et lui seul, a mis en nous la foi nécessaire à ce culte
(1) EpUes. 1, 3, 5.
(2) Uebr. 12, 2.
filial ; lui seul le consommera comme il consomme toute chose.
C'est qu'il est, lui, l'Adorateur parfait. Redisonsle, il s'est fait homme pour fournir à Dieu l'adoration infinie que nul être fini ne saurait donner. Je dis une adoration qui fût autre chose que l'ineffable et substantielle complaisance des divines personnes entre elles dans le secret de la Trinité, — Dieu ne s'adore pas lui-même; mais une adoration, qui vînt du dehors, qui fût le fait de la créature, et qui fût divine cependant; une adoration in ventatCy c'est-à-dire absolument digne de la Majesté souveraine ; in spiritu, c'est-à-dire qui jaillît d'un cœur abîmé dans le sentiment de son néant humain, et éperdu d'amour... Et la voilà sur les lèvres, dans les gestes, dans l'âme très sainte du Fils de l'homme, du Fils de Dieu. Lui, quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse, quoi qu'il souffre, il adore. Il adore dans la joie, entre les bras de Marie ; il adore dans le martyre, sur la croix ; il adore dans la gloire. Dieu et homme, dans l'unité de son moi, il réalise comme pas un saint le « double abîme » ,
celui de son néant créé, celui de son Etre absolu, et l'incommensurable distance (jui sépare l'un de l'autre. Comprendre cela, en vivre, s'y complaire, le traduire par ses discours, ses prières, ses actes, cela, c'est adorer.
Voilà le modèle. Et Jésus est bien autre chose encore qu'un modèle, il est le moyen. Il n'adore pas seulement pour son compte personnel, il adore
pour nous; nous adorons en lui, et il adore en nous. N'est-il pas le primogenitus in multis fratribus? Et c'est parce que nos adorations devront passer par lui qu'elles s'adresseront non pas seulement à notre Dieu, mais à notre Père.
Donc, à l'imitation du « Frère Aîné », per Ipsum et cum Jpso, et in Ipso, notre vie sera tout d'abord une vie d'adoration. Jedis « tout d'abord» , et même, logiquement, avant d'être une vie d'amour, si tant est qu'on puisse, dans la réalité, séparer ces choses. Pas d'amour vrai sans justice à la base. Pas de charité vraie sans la vertu de religion au fondement. Or, l'acte primordial de la religion, l'âme de tout, c'est l'anéantissement de l'homme devant l'éminence transcendante de Dieu.
Certes ce devoir s'impose à tous. Tous sont tenus de rendre à Dieu son dû, rigoureusement, et les actes de religion demeurent des actes de justice. Mais Dieu a voulu qu'ils fussent aussi des actes de générosité et d'amour. Il a voulu qu'il y eût dans l'Eglise des hommes spécialement élus pour exécuter ce programme de révérence, de soumission, d'obéissance, avec une perfection et une continuité supérieures, adorateurs par excellence, adorateurs par vocation et par choix.
Tout prêtre est cela, de par l'appel de Dieu, de par sa consécration et la nature de son ministère. Ils sont religieux. Mais, d'autres sont les religieux : la religion est comme entrée dans leur
nom. Ils sont ce qu'ils sont avec une sorte d'exclusivisme qui n'existe pas ailleurs. Comme on l'a dit : « L'essentielle sainteté de la Hiérarchie s'écoule et en même temps s'achève dans la sainteté vouée par les états de religion »(1). L'holocauste des vœux a fait de ceux-là les hommes de la religion^ comme d'autres sont les hommes de la science, les hommes de la légalité, les hommes du patriotisme. Prêtres ou non, apôtres ou contemplatifs, ils ont voulu que l'adoration pénétrât leur vie entière. La donation intérieure ne leur a pas suffi : il a fallu qu'elle prît au dehors toutes les allures du sacrifice : et c'est pourquoi, avec la chasteté, ils ont voué la pauvreté et l'obéissance. Et la sainte Église est venue mettant sur cette consécration le sceau de son autorité : Taies quaerit qui adorent eum.
Là, là surtout. . . in spiritu et veritate.
In veritate, c'est élémentaire ; il faut adorer le vrai Dieu, et l'adorer avec la certitude de faire exactement ce qu'il exige. C'est la leçon dont les Samaritains avaient besoin. Mais elle va plus loin pour nous, chrétiens. Adorer Dieu en vérité, c'est aimer à le considérer précisément comme il veut être considéré. Or Jésus nous le dit assez nette-
(1) Clerissno, O. P. Mystère de l'Eglise, p. 140.
ment : il est Père, et il veut être adoré comme tel. « L'adoration légale, dit saint Thomas, n'allait pas au Père, mais au Maître, adoration de serv^iteurs dans la crainte et non pas de fils dans l'amour » (1). Nous devons adorer Dieu en fils, en fils soumis, pénétrés de la crainte de l'offenser, car il est la grande autorité ; mais en fils tendres et ardents, car il est le grand amour. A ce double titre, nemo tara Pater.
Mais, ce Père, il faut l'adorer exactement comme il veut l'être : avec les formules qu'il préfère, celles que le Frère aîné nous a révélées, «Notre Père qui êtes aux cieux... »; selon les directions très précises que fournit l'Évangile, que commente l'Eglise, que détaillent pour nous les règles, l'obéissance, les devoirs d'état.
L'adorer, mais en union avec le Fils, en union avec l'Eglise, jamais absolument seuls, jamais d'une adoration strictement individualiste, disant nous autant et plus que je^ moi, nous abritant derrière les autres, derrière nos frères plus méritants, nous mettant sans hésiter dans la foule des pécheurs. Car que sommes-nous à ses yeux par nous-mêmes, abstraits de l'Église, je n'ose dire abstraits de Jésus? Si nous valons quelque chose, si nous ne sommes pas tout à fait néant, si notre adoration a quelque chance d'être agréée, c'est uniquement parce que nous sommes de l'Église et parce que <^ eUgit nos in Ipso » .
(l)InU. loc.
Voilà quelque chose de l'adoration in veritate, et cela déjà va loin, et cela déjà comporte beaucoup d'adoration in spiritu.
Car ce n'est pas assez de professer extérieurement ces principes. 11 se pourrait qu'il y eût du mensonge, disons un déficit de sincérité, dans notre vie intérieure, je ne sais quelle dissimulation devant les hommes, devant nous-mêmes, devant Dieu.
Devant les hommes, c'est une grande chose de porter les livrées de la vie religieuse, ou sacerdotale, ou chrétienne. On nous juge sur notre état, sur ce dont nous faisons profession. Religieux, donc mortifiés, donc pauvres, donc obéissants. Prêtres, donc hommes d'oraisons, donc zélés, donc dévoués. Chrétiens, donc charitables, patients, humbles, réservés en paroles et en actes. A l'avance, voilà comme on nous juge. Et si la réalité ne répond pas à l'attente ? Et s'il y a contradiction entre le dehors et le dedans? Étaient-ils adorateurs en vérité ceux que Jésus nous peint, s 'arrêtant aux carrefours pour prier à la vue du public? « Sépulcres blanchis », disait le Sauveur; « Tartufes », dira le monde. La vérité dans l'adoration exige les intentions vraies, l'exacte correspondance de l'âme aux gestes.
Devant nous-mêmes. Le manque de franchise à
l'égard de la conscience, dont nous avons parlé plus haut, est une des marques les plus claires de la tiédeur. On n'ose pas, on ne veut pas se regarder en face. Pour ne pas se voir vieillir, dit-on, la reine Elisabeth ne voulait pas dans son palais de glaces ni de miroirs. On ne s'examine pas parce qu'il y aurait de désagréables constatations à faire, et on reste dans l'illusion que tout est passable. « Dicis quod dives sum et nescis quia tu es miser , je suis riche, dis-tu, et tu ne vois pas que tu es ruiné »(1). Au lieu qu'il faudrait s'avouer franchement à soi-même sa misère ; et ce premier aveu serait un commencement de relèvement. Jamais vous ne serez adorateurs en vérité si vous ne constatez l'abîme de votre indigence, et le constaterezvous si vous n'osez y plonger le regard?
Quand on n'est pleinement franc ni avec les hommes ni avec soi-même, le sera-t-on avec Dieu? C'est alors qu'on récite des formules de prières sans vraiment désirer ce qu'elles demandent, qu'on chante les louanges de Dieu sans songer à lui, qu'on a l'amour sur les lèvres sans l'avoir dans les actes, qu'on se donne à Dieu sans presque rien abandonner de soi-même, qu'on se déclare prêt à faire sa volonté mais à la condition qu'il fasse la nôtre, qu'on se dit prêt à abandonner le péché mais le péché qui nous pèse, pas le péché qui nous sourit , prêt au sacrifice mais au sacrifice de ce
(1) Apoc. 3, 17.
que nous n'aimons plus, pas à celui de ce qui nous tient toujours au cœur. Est-ce là adorer en vérité?
Examen. Sommes-nous dans l'action, et par conséquent aussi dans l'adoration, pleinement loyaux avec Dieu, avec autrui, avec nous-mêmes? Ce que nous conseillons, professons, prêchons, le pratiquons-nous? Ce que nos lèvres disent, notre cœur le sent-il ? Serions-nous de ceux dont Jésus disait, citant Isaïe : Populus hic labiis me honorât] cor autem longe est a me(l).
Sans aller jusqu'au mensonge, il arrive qu'à l'adoration manque plus ou moins la ferveur de l'âme. Non, l'on ne ment pas; seulement on n'est pas de tout cœur à ce que l'on fait. On prie, on chante, on psalmodie, et l'on oublie le précepte de saint Paul : « Orabospiritu, oraho et mente ; psallam spiritUj psallam et mente (2). On ne prie pas avec intelligence, on ne prie pas avec âme. Chantez, dit- il encore, mais chantez avec cœur, cantantes et psallentes in cordibus vesbns Domino » (3). Ce n'est pas chanter en esprit de ne chanter qu'en artiste. Et ce n'est pas prier en
(1) Mat. 15, 8 — Is. 29, 13.
(2) 1 Cor. 14, 15.
(8)Eph. 5, 19.
esprit de s'en tenir dans Toraison aux pures idées, sans faire parler le cœur. Et ce n'est pas agir en esprit de se livrer aux bonnes œuvres par simple entraînement d'activité.
L'esprit trop souvent manquait au culte des Juifs. Ils ne soupçonnaient pas les mystères profonds dont leurs rites étaient la figure ; en quoi ils n'étaient pas coupables. Ils faisaient volontiers, ils soulignaient, ils appuyaient le geste de l'adoration, et, l'hypocrisie mise de côté, l'âme supposée sincère, ils avaient raison. Mais il y avait en eux quelque chose qui n'adorait pas assez, le cœur.
Il ne s'agit pas bien entendu de dédaigner le geste, les mots articulés; le dehors. Le geste n'est pas toujours aussi dépourvu d'âme qu'on croirait, à en juger par certaines froideurs. D'abord, quand on l'a posé, c'est qu'on l'a voulu. La foi l'a provoqué, la volonté l'exécute. C'est parce qu'on le veut librement, alors qu'on pourrait se laisser aller, parce que l'âme l'exige, que le corps, les yeux, les bras, la langue collaborent au sacrifice d'adoration. Est-il possible que l'attitude simplement respectueuse durant la prière sèche ne réponde pas à un principe intérieur? C'est déjà prier en esprit de foi qu'observer les rubriques du missel et du bréviaire.
Et puis ce geste volontaire, qui externe des dispositions sincères mais peu sensibles, en augmente la vérité, et il arrive que l'on finit par sentir
ce que jusque-là on ne faisait que vouloir. Reste que cela est insuffisant.
Où sera Fâme profonde de notre vie intérieure ?
Dans la prière? Assurément. Tant vaut la prière, tant vaut la vie. Saint Bonaventure disait : « Religiosus oi^ationem non fréquent ans assidue non solum est miser et inutilis, quinimo coram Deo fert animam mortuam in vivo corpore; un religieux, donc aussi un prêtre, donc aussi un chrétien, qui ne prie pas, ou ne prie pas beaucoup, non seulement est misérable et stérile, mais devant Dieu, dans un corps vivant il porte une âme morte » (1). C'est la prière surtout qui nous met, qui nous maintient en contact avec Dieu, unique source de vie, qui nous plonge dans l'atmosphère où nous respirons Dieu, qui divinise nos actions, qui élève notre vie au-dessus de la terre, et la prépare pour le ciel. Mais elle-même, cette prière, que vaut-elle?
Exactement ce que vaut le désir. Si la prière est l'âme de la vie, le désir est l'âme de la prière. Désirons-nous sincèrement ce que demandent nos formules? Ne méritons-nous pas le reproche de Jésus aux Apôtres : « Jusqu'ici vous n'avez rien demandé », ou encore : « Vous ne
(1) De perfectione vitae, c. 5.
savez pas ce que vous demandez » . Et cela ne vient-il pas de ce que, en fait, nous ne désirons pas comme il faut? Tout désir vrai, profond, se transforme en insistance, en persévérance, en sainte importunité. Homme d'oraison ou vir desideriorum, c'est tout un. Et c'est ce qu'ils étaient, ceux dont l'Ecriture nous dit : « Ils sont morts dans la foi, tous ceux-là qui, les promesses n'étant pas encore accomplies, les voyaient, les saluaient de loin, confessaient n'être sur terre que des voyageurs et des passants. Par où ils montraient qu'ils cherchaient la patrie, pas celle de la terre, mais celle du ciel » (1).
Mais si la prière est l'âme de la vie, et le désir l'âme de la prière, à son tour le désir a son âme et c'est l'action. Un désir qui ne travaille pas à réaliser au moins le possible n'est qu'une velléité; il faut qu'il s'efforce, il faut qu'il tende vers son objet, qu'il ne se contente pas de ce qu'il a, qu'il dise avec saint Paul : « Oh ! je n'ai point encore atteint le but. Je ne fais qu'une chose : j'oublie ce que je laisse en arrière, je me porte tout entier en avant » (2).
Ce n'est guère désirer la gloire divine de reculer si souvent devant le corps à coips avec les ennemis de Dieu qui sont en nous. Ce n'est guère désirer la volonté de Dieu de se relâcher si fort sur l'obéissance. Ce n'est guère désirer le salut des
(1) Hebr. 11, 13-16.
(2) Phil. 3, 15.
âmes de ne rien souÔrir pour elles, et ce n'est pas désirer le ciel de faire si peu pour éviter ce qui risque d'y retarder notre entrée.
Mais il faut aller plus loin ; c^r l'action ellemême a une âme qui est l'amour. Pas d'action vraie sans intensité, sans constance, sans énergie devant l'obstacle; et faut-il prouver que rien de tout cela n'est possible dans un cœur qui n'aime pas?
C'est donc à l'amour qu'il en faut revenir; là et là seulement est Vespynt. Les adorateurs en vérité et en esprit que cherche le Père sont ceux qui aiment et qui obéissent. Ils obéissent et c'est par où ils sont dans la vérité. Ils obéissent par amour filial, et c'est par où ils sont dans l'esprit.
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