‹ Au puits de JacobChapitre 8 sur 16 · LE MAITRE INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

LE MAITRE INTÉRIEUR

La femme dit : « Je sais que le Messie oient (c'est-àdire le Christ); quand il sera là, il nous enseignera toutes choses.

Jésus lui dit : « C'est moi qui vous parle ». (25-26)

Jésus a fait entrevoir à la Samaritaine de bien belles choses : le don de Dieu, la fontaine d'eau vive, l'adoration en esprit et en vérité. Elle en est plus éblouie qu'éclairée. Pourtant une ascension lente s'est faite en son âme. Presque insolente au premier abord, puis ironique, elle en est venue à quelque chose qui peut passer pour une confession et un acte de foi : « Je vois que vous êtes prophète » ; puis à quelque chose qui ressemble au désir de s'éclairer : « Voilà ce que vous dites, vous les Juifs, et voilà ce que nous disons » . On lui résout son cas de conscience, on lui dit que la vérité est du côté des Juifs; alors elle semble reculer ; l'autorité du prophète ne lui suffit plus, il lui faut l'autorité suprême. Du reste elle n'attendra pas longtemps, car tout le monde le dit, le Messie vient, il approche, et il dissipera tous les

doutes : « Nohis annunfiabit omnia ». Elle a bonne volonté, c'est clair. Aussi Jésus estime que le moment est venu de dire le mot définitif : « Le Messie, c'est moi, moi qui vous parle » . Deux mots à méditer :

« Nohis annuntiahit omnia.

Ego sum qui loquor tecum » .

« Il nous expliquera toutes choses. »

Cette femme avait raison. Juifs et Samaritains avaient beaucoup à apprendre. C'est d'une révélation au sens absolu du mot qu'ils avaient besoin. Une révélation qui dissipât les nuages épais de préjugés pharisaïques et autres, qui donnât aux oracles leur vrai sens, aux prescriptions dç la loi leur vraie portée, à chaque prophétie son horizon authentique, à chaque figure son interprétation certaine; une révélation qui remît un peu de divin dans les âmes et révélât le secret de l'adoration en esprit et en vérité.

« Comprends-tu ce que tu lis? » demandait le diacre Philippe à l'Éthiopien. — « Et comment le comprendre sans interprète? » répondit le voyageur (1). L'Écriture, la Loi et les Prophètes, étaient pour eux comme un livre scellé. Ils entendaient la lettre et l'esprit leur échappait. Aux

(1) Act. 8, 31.

chrétiens, qui pourtant déjà avaient la clef de bien des mystères, saint Pierre disait : « Omnis prophetia Scripturae propna interpretatione non fit y les prophéties de l'Écriture échappent aux interprétations personnelles » (1). A combien plus forte raison les Juifs se trouvaient-ils continuellement arrêtés devant le texte obscur du livre! Et ils attendaient le Messie qui, lui, lèverait tous les doutes.

Nous n'avons point besoin de révélation, nous autres. L'Eglise nous interprète l'Écriture, elle la complète, et cela nous suffit. Et cependant cette lumière extérieure n'est pas tout. Il y faut ajouter cette illumination intime dans laquelle on « réalise » les enseignements divins, cette « révélation », si l'on veut, qui évapore les préjugés mondains, qui rend personnelles les leçons générales, qui fait comprendre tu, toi, là où le texte dit vous, qui féconde les germes de divin mis par la foi dans notre être, et d'une étincelle fait jaillir la flamme. Il y faut l'éveil en nous des dons de l'Esprit-Saint.

Cette femme comptait sur le Messie pour lui expliquer les traditions; elle n'avait pas tort. Comptons, nous, sur l'Esprit-Saint pour nous développer et nous rendre personnels les enseignements de Jésus et de l'Église. « Paraclitus Spiritus Sanctus quem mittet Pater in nomine

(i)2Petr. 1,20.

TïieOj ille vosdocebit omnia et suggeret vobis omnia quaectimque dixero vohis (1); le Consolateur, rEsprit-Saint, . . . le Père vous l'enverra de ma part : il vous fera comprendre toutes choses ; il ressuscitera vos souvenirs et les vivifiera » .

Tant qu'il ne sera pas intervenu, ce maître mystérieux, les données de la foi resteront comme superficielles. L'intelligence pure, dans l'ordre de la grâce, c'est encore en nous comme le dehors. 11 y a un dedans profond, celui où non seulement Ton saisit, mais où Ton goûte ; celui où s'opère ce que dit saint Jean : « Vos unctionem habetis a Spiritu Sancto et nostis omnia (2) ; vous savez tout, ayant reçu l'onction de l'Esprit-Saint ; il s'est répandu en vous jusqu'à vous pénétrer et voilà pourquoi vous comprenez... »

« ... J'écouterai, dit l'Imitation, ce que le Seigneur Dieu dit en moi. Heureuse l'âme qui entend le Seigneur parlant en elle et qui reçoit de sa bouche la parole de consolation. Bienheureuses les oreilles qui reçoivent les souffles divins et ne perçoivent rien des souffles du monde.

» ... Parlez, Seigneur, votre serviteur écoute.

» Les fils d'Israël disaient jadis à Moïse : « Parlez-nous, vous, et nous vous écouterons. Mais que le Seigneur se taise, car sa voix uqus ferait mourir » .

» Non. Que Moïse se taise, et les prophètes. A

(1) Joan. 14, 26.

(2) 1 Joan. 2, 20.

vous seul de parler, Seigneur. Vous, l'inspirateur des prophètes, vous pouvez vous passer d'eux : ils ne peuvent rien sans vous. Ils ont des mots, ils n'ont pas l'esprit. Ils parlent bien, mais si vous vous taisez le cœur reste froid. Ils montrent le chemin, mais c'est vous qui donnez la force de marcher » (1).

Voilà l'enseignement intérieur qu'il faut tâcher d'obtenir.

C'est pour l'assurer que, dans ses Exercices, saint Ignace recommande instamment au directeur la discrétion. Discrétion dans l'exposé des matières à méditer; car ce n'est pas en bourrant l'esprit qu'on le rassasie, mais en l'aidant à savourer la manne qui vient de Dieu. Discrétion dans les conseils ; et il faut que, le plus possible, la créature reste seule à seule avec le Créateur. Discrétion chez le retraitant lui-même qui doit faire le silence autour de lui et en lui, qui doit savoir attendre en paix la visite de Dieu, et la provoquer, cette visite, par les réflexions, les prières, les demandes, puis patienter. Car qui sait à quelle heure Dieu parlera ? Qui sait comment il parlera ? Viendra-t-il comme une clarté soudaine, ou comme l'aube qui monte doucement à l'horizon? Sera-ce l'éclair tombant tout à coup sur une vérité ou une parole

(1) L. 3, débnt.

cent fois déjà méditée, prêchée par nous-mêmes peut-être, et point encore « réalisée »?... Et la voilà qui resplendit, qui s'impose, qui projette sa splendeur crue sur tout le reste, qui fait centre, qui supplée à tout autre enseignement, qui devient le mot de la vie, le résumé pratique de l'Évangile. Ne sera-ce pas plutôt une lumière diffuse qui se dégage de tout, des prières et des lectures, de ce qu'on voit et de ce qu'on entend? Rien d'éclatant, rien de triomphant, mais quelque chose de doux, de lent, d'insinuant, qui pénètre et finit par s'imposer? Quoi qu'il en soit, d'une manière ou d'une autre, c'est lui, lui seul qui enseigne efficacement, lui, Jésus, ou lui, l'Esprit- Saint. Et alors se vérifie la parole : « Caritas Dei diffusa est in cordibus vestris per Spiritum Sanctum qui datus est vobis (1), l'Esprit-Saint vous a été donné, et le résultat c'est que la charité de Dieu s'est répandue en vos cœurs, » cette charité qui est lumière aussi bien que chaleur et force.

Mais on n'entend pas toujours le Maître intérieur. S'il parle c'est à celui qui se tait pour mieux prêter l'oreille. Et cela pas seulement à l'heure précise où il faut prier, mais toujours et partout. Il parle à qui fait son affaire de ne pas laisser

(l)Rom.5, b.

échapper le petit souffle qui passe, vocem quasi aurae lenis{l)y qui par conséquent se défie de toute action jetant Tâme au dehors, des travaux qui dispersent, des pensées qui ne se réduisent pas en prière. S'il parle, c'est aux mortifiés, qui continuellement s'écartent des créatures pour se jeter en Dieu. S'il parle surtout, c'est à l'âme humble, simple, docile, disons à l'âme enfantine, puisque lui-même nous a prévenus qu'il faut se faire petit pour entrer dans le royaume des cieux. •

Cette prérogative de l'humilité est telle qu'elle ravit le Cœur de Jésus. Un jour, tout à coup, on le voit qui tressaille : in ipsa hora exultavit Spiritu Sancto. L'Esprit-Saint semble le soulever et il s'écrie : « Confiteor tibi, Pater, Domine caeli et tei^ae... 0 Père, ô Maître du ciel et de la terre, libre de donner vos grâces à qui il vous plaît, vous aviez le choix, quand vous livriez par ma bouche vos secrets aux hommes. Or il vous a plu de laisser de côté les sages, les prudents selon le monde, et vous avez parlé aux petits. De cela, mon Père, je vous glorifie » .

•^ Dieu ne s'abaisse point à des âmes si hautes »,

disait Corneille. Et si cela est vrai de la foi, c'est vrai aussi de la prière. Nul n'est homme d'oraison s'il ne se fait, devant Dieu et devant le prochain, une âme d'enfant. Voulons-nous avoir notre part

(l)Job, 4, 16.

personnelle à cette révélation, savoir, non peutêti'e en théologiens, en prédicateurs, en intellectuels, mais en amis de Dieu... souvenous-nous : abscoîidisti haec a sapientibtis et prudentibus et revelasti ea parvulis ( 1 ) .

Par conséquent, ô Jésus, pour que nous méritions d'entendre vos leçons, mais surtout pour que ces choses entrent plus avant en nous, pour qu'elles deviennent pleinement verba vitae^ des paroles de vie, aidez-nous à être vraiment de ces parvuli, de ces humbles, de ces simples, pour qui vous n'avez pas de secrets. Pour cela, aidez-nous à nous renouveler. Cor mundum créa in me^ Deus^ et spiritum rectum innora in viscerïbus meis (2). Créez en nous un cœur pur et faites-y passer un souffle nouveau. Un cœur pur, de cette pureté que vous avez béatifiée et qui dispose à voir Dieu. Un cœur droit, de cette rectitude qui méritait à Nathanaël, l'Israélite authentique, cette belle promesse : « Majus his videbis, tu verras de plus grandes choses encore ».

Faisons-nous donc délibérément petits, car il n'y a que les petits à être en toute vérité purs et droite. Abjurons toute fausse excellence; disons sincèrement : <i A a a^ Domine Deus, ecce nescio loquij quia puer ego sum; j'en suis encore à balbutier, je ne sais pas parler, je ne suis qu'un

(1) Luc 19, 21, 23.

enfant » (1). Lui-même pour se faire entendre de nous, Jésus ne s'est-il pas réduit au langage et à la sagesse d'un enfant? La raison qu'il met en avant pour se faire accepter comme Maître, n'est-elle pas qu'il est, en son cœur, doux et humble? Humble maître, humbles disciples, voilà la justice.

Et maintenant, que nous révélera-t-il ? Que comporte cet omnia dont parlait la Samaritaine, noMs annuntiabit omnia ^ dont elle ne soupçonnait guère la portée, mais que Jésus devait reprendre à son compte : Vos autem dixi amicos, quia omnia quae audivi a Pâtre ^ nota fedvohis (2).

Tout : oui, tout ce qu'un ami dit à son ami. Tout ce qu'il nous est bon de savoir, tout ce que nous sommes capables de porter, tout ce qui nous est indispensable pour être adorateurs en vérité et en esprit. Et ce tout revient à une notion exacte de ce qu'est Dieu en lui-même et de ce qu'il est pour nous. Manifestavi nomen tuum hominihu^ quos dedisti mïhi (3). Je leur ai enseigné, aux hommes que vous m'avez donnés pour frères, sous quel nom ils doivent vous adorer : « Sic ergo orabitisj Pater noster. . . » On a dit que la foi en Dieu Père est la quintessence du christianisme, et

(l)Jer. 1,6.

(2)Jo. 16,15.

(3)Jo. 17,16.

cela était faux entendu comme on le voulait/ c'est-à-dire en excluant tout dogme et toute église ; et cela est absolument vrai, si, à ce mot « Père », on donne toute son extension, si Ton cherche dans la paternité divine le dernier mot de tous les mystères. Le père n'est-il pas celui qui communique la vie? Et l'écoulement de la vie divine au dedans et au dehors de la divinité, n'est-ce pas le tout du christianisme ?

Voilà ce que le Christ avait à révéler, ce que ni Juifs ni Samaritains ne savaient clairement. Ils confessaient que Dieu est miséricordieux, qu'il faut l'aimer parce qu'il est bon. Moïse, David, Isaïe, avaient même à ce propos prononcé le mot de père : « Numquid non ipse est pater tuus qui posséda te? (1) Ipse invocabit me : pâte?' meus es tu (2). Tu Domine f pater noster^ redemptor noster » (3). Mais l'idée vivante de paternité divine n'était point entrée dans les têtes juives. Et c'est ce qu'il fallait leur apprendre.

Il nous l'a appris et il peut dire : « Je leur ai manifesté votre nom. Maintenant ils savent que les paroles que vous m'avez données, je les leur ai communiquées, et ils les ont reçues, et ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de vous, (autrement dit, que vous êtes mon Père véritable)

(1) Deut. 32, 6.

(2) Ps. 88, 27.

(3) Is. 63, 10.

et ils ont cru que c'est vous qui m'avez envoyé» (1).

Avec le Père, il s'est révélé lui-même, lui le Fils, Fils éternel du Père éternel, et Fils dans le temps de la Vierge Marie. Et c'est ce dont il disait encore : « Vobis datum est nosse mysteria regni caelorum, il vous a été donné, à vous, de connaître les mystères du royaume des cieux et il vous sera donné de les révéler au monde » (2). Mysterium quod absconditum fuit a saeculis et generationihus : les siècles et les générations se sont succédés, qui n'en soupçonnaient rien ; nunc autem, mais maintenant, à cette heure — c'est saint Paul qui parle — le mystère est révélé aux saints que Dieu s'est choisis, manifestatum est sanctis ejus. Ce qu'il a voulu leur faire connaître, et par eux, non seulement aux lils d'Israël, mais aux Gentils, mais au genre humain, ce sont les glorieuses, les mystérieuses richesses divines, le Christ en nous, espérance de notre gloire, quibus voluit Deus notas facere divitias gloriae sacramenti hujus in Gentibus, quod est Clirisius in vobis, spes gloriae (3).

Car le Christ, et c'est une chose encore qu'il nous a révélée, et qu'aucune audace de pensée n'eût pu concevoir, le Christ n'a pas seulement une vie divine, pas seulement une vie humaine, humiliée hier, glorieuse aujourd'hui : il a par

(l)Jo. 17, G, 8.

(2jxMat. 13, 11.

'3) Col. 1, 2G27.

surcroît sa vie mystique en nous, gage ici-bas de cette vie étemelle des élus qui sera le compléplément de sa gloire. Redisons ici, mais la savourant à loisir, la belle antienne où TÉglise, le jour de la Trinité, utilisant une phrase de saint Paul (1 ), nous fait chanter : « Caritas Pater est, gratia Filius, communicatio SpiHtus Sanctus, o beata Trinitas! » c'est-à-dire : Nous vivons de la grâce qui nous a été méritée par le Fils ; mais la source en est l'amour du Père, et le canal en est l'Esprit-Saint.

Que de merveilles en quatre mots ! et pouvonsnous faire autre chose ici que de passer en revue, pour en bénir le Père qui nous les fait transmettre, et le Fils qui nous les a dévoilées, et l'Esprit qui nous aide à les croire, quelques-uns de ces insondables secrets?

Pour nous avoir révélé la parole que le Père se dit à Lui-même dans le mystère de sa vie sans fond, et qui est le Fils...; pour nous avoir dit l'aspiration d'amour qui attire le Père vers le Fils et le Fils vers le Père, et qui est l'Esprit, — soyez béni, Seigneur Jésus !

Pour nous avoir transmis les échos extérieurs, terrestres, mais ineffables encore, de ces entretiens

(1) 3 Cor. 13, 13.

inénarrables, — qui sont la création, la Providence, le « concours », ces choses que les hommes devraient savoir et qu'ils ne savent pas, ou qu'ils savent mal, et dont nous savons l'essentiel, — soyez béni, Seigneur Jésus.

Pour nous avoir dit le pourquoi de ces épaiichements de vie au dehors, qui est l'amour, — un pourquoi plus mystérieux cent fois que cela même qu'il doit expliquer, — car, si l'on sait bien que Dieu nous a créés et qu'il nous gouverne, comment concevoir qu'il nous aime?. . . soyez béni, Seigneur.

Pour nous avoir bien fait entendre que le dernier mot de tout, c'est l'amour, et que c'est à cela surtout que nous devons croire (1), et que cet amour, essentiellement, en ce qui nous concerae, c'est la communication à nous, pauvres êtres de néant, de ce que nous pouvons porter en fait de vie divine, soyez béni. Seigneur Jésus.

Et soyez béni encore, j)Our nous avoir révélé cette chose insoupçonnable, invraisemblable, permettez-nous de le dire, scandaleuse, presque troublante, à savoir que, pour nous sauver, le Père vous a livré à la mort, ô Fils unique, préalablement revêtu d'une vraie chair humaine, passible et mortelle comme la nôtre.

Béni encore, pour nous avoir dit ce secret de notre vie intime, que l'âme de notre âme, c'est la

(1) 1 Joan. 4, 16.

charité de Dieu répandue en nous par l'Esprit, amour substantiel du Père et du Fils.

Béni, ô Verbe de Dieu, pour nous avoir dit et redit que vous nous avez aimés, nous, de toute éternité, aimés d'un amour de prévenance, certes; et, comme vous saviez à l'avance nos misères, d'un amour de miséricorde : in cardate perpétua dïlexi te, ideo attraxi te miserans tui (1).

Béni pour nous avoir déclaré que cet amaur n'avait de limites ni dans la durée, ni dans le mode, ni dans l'efficacité, in finem dilexit; borné uniquement par notre capacité de créatures, et nos impossibilités de pécheurs.

Amour ineffable, modelé qu'il est sur l'amour même de votre Père pour vous : sicut dilexit me Pater ^ et ego dilexi vos (2) ; amour excessif, folie d'amour, propter nimiam caritatem qua dilexit vos (3) ; amour qui, ayant atteint les limites extrêmes du cœur humain, ayant été jusqu'à la mort les a divinement dépassées, couronnant le Calvaire par l'autel, la croix par l'eucharistie.

Que dire encore? Soyez béni, ô Verbe de Dieu, pour nous avoir révélé également ceci : c'est que cet amour n'est pas seulement collectif, il est personnel. Dilexit me (4). Me^ moi, il m'a aimé, me discernant dans la foule, et me disant

(1) Jer. 3, 13.

(2) Jo. 15, 9.

(3; Eph. 2, 4.

(4) Gai. 2, 20.

à moi des choses qu'il ne disait pas à d'autres.

Pour tout cela, ô Jésus, ô Fils de Dieu, ô Fils de l'Homme, ô Verbe et Verbe Incarné: pour l'avoir réalisé, pour nous avoir dit ce qui en était, soyez éternellement béni. Et béni surtout, pour nous avoir, par votre Esprit- Saint, aidés à croire l'incroyable, aidés à balbutier l'indicible, aidés à aimer l'inaccessible. Car, en vérité, comment le croire? Comment ne pas s'expliquer que le crucifix, où tout cela se lit en caractères de sang, ait scandalisé les Juifs et fait rire les infidèles? Pourtant nous le croyons : ce n'est pas assez de le croire, nous l'adorons, nous nous y complaisons, nous en nourrissons notre âme, nous y contemplons la sagesse et la puissance de Dieu (1).

Oui, pour tout cela, ô Jésus, et pour le reste encore que je ne dis pas, et qui nous écrase dans l'amour, et qui nous éblouit dans la lumière, que vous dire, si ce n'est ce que vous-même disiez à votre Père : Confiteor tihi, Pater, Domine caeli et terrae, quia abscondisti haec a sapientibus et prudentihus, et revelasti ea parvulis?

Cl)! Cor. 1, 23.

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