TRAVAIL ARDU
Comme monsieur Jean, aidé par Clarisse, a résolu de dresser une liste aussi complète que possible de ses folles et inutiles dépenses de boisons, au cours de sa vie passée, ce qui n'est pas une petite affaire, nous allons respecter le seul à seul de cette veillée et reproduire la conversation sans commentaire.
Rien ne vaut le langage des chiffres ... et la leçon des faits est toujours salutaire.
— Nous inscrivons, en 1908 :
*— Pour les fêtes du jour de l'an ?
— Deux gallons de whiskey, deux douzaines de bière et un gallon de vin.
— Vous n'étiez pourtant ni député, ni échevin. (Clarisse aime le mot pour rire.)
— Tout cela pour la maison.
— Nous disons $13.00. Et combien de menues dépenses pour la " traite " ?
— Franchement, du jour de l'an au carême, ça me coûtait au moins $30.00.
— Après Pâques ?
— Je ne vois rien que les " sucres " : une bouteille de brandy et un flacon de gin et une douzaine de bière.
— Soit $3.00 en chiffres ronds.
— Puis pour le temps des " battages " et du " pressage ", la même chose.
— Encore $6.00 au moins.
— Les semailles et les foins pouvaient me coûter, en frais de boisson dans les $7.00 ou $8.00.
— Mettons $7.00, et nous voilà au temps des " boucheries ".
— Deux bouteilles de whiskey, et c'est tout dit M. Jean.
— Soit SI. 50. Et les visites qui venaient à l'iinproviste ?
— Ah ! J'achetais une bouteille, quelquefois, quand j'étais " cassé ".
— Combien, alors, par an ?
— Voyons : en 1908, une quand vint mon cousin de Montréal, une autre pour l'oncle Cyprien, et deux autres, en voyage avec mon ami Delphis.
— Et, tu ne parles pas de l'Exposition ?
— C'est vrai : ça pouvait me coûter environ un écu ou trois trente sous.
— Alors, je marque pour divers : $10.00.
— C'est bien tout, je pense.
— Cependant, des dépenses de chaque samedi, des jours de conseil, des courses, nous n'avons rien inscrit ?
— En moyenne, sauf le temps des fêtes, ça pouvait monter à une piastre par semaine ou à $3.00 par quinze jours.
— Disons en tout pour la traite $40.00 par an, et récapitulons : En 1908 : pour les " fêtes "
Pour la maison $ 13 . 00
Pour la traite 30. 00
Les sucres 3 . 00
Les battages et pressages. . . 6 . 00
Semailles et foins 7 . 00
Les boucheries 1 . 50
Les visites et divers 10.00
Exposition, courses, etc .... 40.00
Total $110.50
— Cent dix piastres et cinquante sous, ça c'est bien le moins des moins, dit Jean.
— Et multiplié par trois, ça fait tout simplement $331.50 d'économies en trois ans, depuis la tempérance.
— C'est vrai, mais, pendant près de vingt ans que j'ai dépensé plus que cette somme, ça fait combien ?
— La bagatelle de $2,210.00 sans tenir compte des intérêts.
Plus de $2,000.00 de folles et inutiles dépenses. C'est incroyable.
Tardif regret qui justifie le vieux proverbe :
Si jeunesse savait I Si vieillesse pouvait