‹ Au Rhin gauloisChapitre 11 sur 21 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

FRANÇAIS ET ALLEMANDS

Après avoir décrit les premiers types de chaque race, nous allons examiner leurs héritiers, les Français et les Allemands, et reconnaître s'ils ont conservé leurs caractères ataviques.

Notre caractère national est un composé de divers éléments où domine le Gaulois. Celui-ci forme comme un substratum pur et solide sur lequel ont passé des grands courants parmi lesquels le courant romain venu du Sud, le courant franc de l'Est, le courant sarrazin venu de Sud-Ouest qui, tous, ont enrichi notre race, et lui ont apporté des qualités nouvelles, mais sans la modifier au fond.

Ouvrons une page quelconque de l'histoire de France et nous verrons que nous n'y trouvons ni Romains, ni Francs, mais des Gaulois, mal nommés Français.

VHistoire de Henri 7V, par Harduin de Péréfix, relate le jugement porté sur les Français par le duc de Parme.

Ce capitaine, un des plus grands hommes de guerre des temps modernes, le

plus sérieux adversaire de Henri IV, le plus fin tacticien, le meilleur observateur, après avoir débloqué Paris en 1590 et obligé le Béarnais à rompre le siège, retourne en Flandre, fort irrité des intrigues que son partisan Mayenne ourdissait contre lui : <( Voyant son armée se diminuer de beaucoup et d'ailleurs se licencier à toutes sortes de désordres à l'exemple des soldats françois, s'en retourna en Flandre fort mal content de la nation françoise : il l'avait trouvée inconstante et volage, pleine de jalousie et de divisions, insatiable et peu reconnaissante. »

Même jugement que celui de César et, d'ailleurs, les factions, depuis la formation du royaume jusqu'à nos jours, n'ont cessé de diviser constamment le pays :

complots, discordes intestines, luttes des grands entre eux, révoltes de paysans, ligues, querelles, sont des mots qui reviennent à chaque page, lorsqu'on lit les ouvrages d'histoire de notre pays.

FRANÇAIS ET ALLEMANDS

Le soldat Français

est rimage du Gaulois.

Au hasard encore, ouvrons un autre ouvrage, consultons les Archives du Salzbourg, et voyons l'impression laissée aux habitants par les Armées françaises : on y trouve des portraits fort amusants de soldats qui se révèlent braves devant la mort, batailleurs entre eux, charitables et généreux envers les ennemis, curieux de connaître l'opinion que l'on a d'eux-mêmes exactement comme au temps de César.,

« Le 18 février 1801, dit un de ces rapports, arrivent à Wals les dragons de Lecourbe. Nous tremblâmes à leur arrivée : cependant ils ne harcelèrent personne et se bornèrent à nous demander le chemin qu'avaient pris les Autrichiens. Ce qui les intéressait aussi, c'était de savoir quelle impression ils produisaient sur nous et comment nous les trouvions. Après avoir écouté nos réponses, ils partirent pour Salzbourg. »

Ils aiment allumer de grands feux de joie, mangent de fins morceaux, ceux qui nourrissent, non ceux qui étouffent, boivent à mort, adorent le panache, sont modérés dans les prestations qu'ils exigent, bienveillants et civils vis-à-vis des populations. Ils assurent l'ordre concurremment avec les gardes civiques, veillent à ce que les habita^its dont ils ont à se plaindre soient Jugés par leurs juges naturels.

Les officier^ sont plus légers et plus I fins causeurs, recherchent les gens ins- I truits et les distractions, organisent des ! bals, font rouvrir les théâtres. Ils mon- ; trent seulement quelque inconséquence

dans leurs jugements.

\ Quant aux généraux, ils étonnent les » populations par leurs égards ; Bernadotte se lève la nuit pour mettre de l'ordre entre quelques tapageurs et offre i son bras, en retournant, à la jeune fille î qui était allée le quérir.

(( Au moment de son entrée cliez l'ha-

\ bitant, le Français répand l'épouvante

j et la terreur autour de lui ; cependant,

un esprit qui sait garder son sang-froid

se rend bien vite compte que le tonnerre

fait moins de mal qu'il ne fait de bruit !

(( En fait de contributions, de réquisitions, d'extorsions, le Français use, dans toute leur étendue, des terribles droits que lui donnent la guerre et la victoire, mais les petits vols clandestins, les rapi-

Ines et les larcins dans les cantonnements sont au-dessous de son caractère. »

(( Le Français est exact au service, mais hostile à toute contrainte militaire

mesquine en ce qui concerne les exigences secondaires du métier de soldat. )>

(( En entrant chez le paysan, il vomit feu et flammes et n'en finit pas de dicter les ordres pour le bon entretien de sa personne; mais lorsqu'on lui fait bon accueil, qu'on lui montre une figure avenante, qu'on manifeste de l'empressement à le servir, il suffit de quelques bonnes raisons pour apaiser sa tête bouillonnante, après quoi il se contente généralement de fort peu de choses. »

(( Il aime la propreté au-dessus de tout, et cette habitude est en effet la cause de sa robuste santé. )>

« Jamais il ne se charge l'estomac de plats trop lourds ou absorbés en trop grande quantité, et c'est là, la source des grandes facultés de son esprit et de son corps. »

(c II est toujours mobile, gai et disposé aux plaisirs, mais même ses amusements ont toujours un certain rapport avec la guerre. »

« Il est grand ami du vin et... )>

« Même en pays ennemi^ il respecte les autorités indigènes et les habitants d'une position sociale supérieure, mais il n'est pas sympathique au simple paysan. )>

« La légèreté et la méfiance sont ses faiblesses prédominantes ; la reconnaissance et la gratitude occupent le premier rang dans la série de ses vertus, n

Ces lignes donnent bien l'impression d'un soldat pareil à ceux d'aujourd'hui, pareil à leur ancêtre gaulois ; la race a conservé ses caractéristiques.

Portraits des Allemands,

du Prussien.

De l'autre côté du Rhin, les Allemands sont les successeurs des Germains décrits par Tacite.

Lorsque, récemment, le général Thoumas cherchait à caractériser dans une causerie les deux nations, il pouvait affirmer que la force des Français réside dans leur valeur individuelle, furia pancese, celle des Allemands dans leur valeur collective, discipline, entraînement méthodique. En un mot, le Français est un guerrier l'Allemand un militaire, ou plus exactement un militarisé ; il est militaire à la façon dont est voyageur le ramier qui devrait être dénommé pigeon-casanier.

Il est malaisé, d'ailleurs, de dégager la vraie physionomie de l'Allemand. De nos jours, l'aigle impériale retient dans ses serres trois contrées principales : la Gaule rhénane qui, en dépit du flot migrateur, conserve le caractère gaulois ; et les deux branches germaniques que sépare le Mein, la Germanie du Sud con-

tient encore une fière pinte de sang celte ; celle du Nord seule est purement germanique.

De l'Allemagne pacifique, de « cette belle et bonne matière humaine » la Prusse guerrière s'est emparée, l'entraînant dans une série d'aventures peu en rapport avec ses goûts.

Or, le type du Prussien est particulièrement intéressant. Alors que parmi les Germains les uns sont pacifiques, les autres militaires, lui seul est guerrier, mais il est resté féodal ; de plus, il a subi l'influence française et c'est à elle qu'il doit sa grandeur. On oublie trop que la Révocation de l'Edit de Nantes, en conduisant 20.000 Français en Brandebourg, marque une date dans l'histoire de la France et de la Prusse.

Priver un pays d'une élite, pour la greffer sur un autre, représente bien autre chose qu'un déplacement de quarante mille âmes.

La grandeur de la Prusse coïncide avec cette date, et l'accession de cet Etat au rang de grande puissance n'eut pas d'autre départ. C'est le sang français des Bronsart de Schellendorf, des du Verdy du Vernois, des Von Pellet Narbonne, qui a pris au dix-neuvième siècle sa revanche sur les « Missions bottées » et les (( Dragonnades » de Louvois.

Les Huguenots Français apportèrent à la Prusse leur civilisation, leur science, leurs armes, leur langue, leur sang, leur âme ; les visées dominatrices de la Prusse, qui sont des conceptions de source française, n'ont pas d'autre cause ni d'autre origine.

Du fait de cet apport, la Prusse est un étrange mélange de barbarie et de haute civilisation. Soucieuse de tout ce qui concerne les progrès de la culture, de l'industrie, de l'élevage, des mines, elle a conduit au plus haut point l'instruction et la culture intellectuelle, l'armée et la marine ; mais elle a conservé de son passé des mœurs féodales et les procédés de déloyauté de la barbarie et du moyen âge. Elle trouve que ce qu'elle obtient vaut mieux que la façon de l'obtenir.

Surtout elle ignore la délicatesse, l'amour que le vainqueur cherche à faire naître chez son ennemi, ce rayonnement qui est le diadème de la victoire et qui arrache l'admiration du vaincu. Elle ne connaît que la force brutale, celle devant laquelle s'incUnent les Germains, mais devant laquelle les Gaulois s'exaltent ; elle n'a jamais éveillé que la haine. La force morale, la plus puissante de toutes, lui est inconnue.

Ce rapide résumé met en lumière l'opposition entre la France et l'Allemagne, ou mieux, entre la France et la Prusse. Comme nous n'avons voulu marquer ici

que le contraste absolu entre les quatre peuples principaux de l'Allemagne, nous revenons à notre parallèle :

Français et Allemands.

Le Français lutte toujours pour ou contre quelque chose et s'il n'a pas d'ennemi au dehors, il le cherche au dedans ; quand il n'en a pas, il en invente.

La moitié des Français, aujourd'hui comme naguère, est toujours en lutte contre l'autre, quitte à se réunir contre un ennemi commun pour reprendre ensuite les vieilles querelles.

Les Allemands, au contraire, ne se battent pas pour leur plaisir ; ils aiment beaucoup moins les coups que nous et, pareils en cela aux Romains, la guerre est chez eux l'objet d'études approfondies et méthodiques.

Chez eux, elle est un but ; chez nous, une distraction.

Pour l'Allemand, la guerre est une science, pour le Français un art.

« La guerre, dit un Français, est, pardessus tout, une œuvre d'art, et il y faut infiniment d'esprit, avec une valeur à toute épreuve. »

Elle fut longtemps un jeu de prince :

Nous qui sommes De par Dieu Gentilshom.mcs De haut lieu, Il faut faire Bruit .sur terre.

Et la Guerre N'est qu'un jeu.

Ou encore cet autre chant du dix-septième siècle tout glorieux des victoires de l'ancien régime et dont un fragment seul subsiste :

Je veux au bout d'une campagne, Etre déjà joli garçon, Des héros que Von accompagne.

On saisit Vair, on prend le ton.

D's ennemis ainsi que des belles, 071 est vainqueur en Vs imitant

Et fli et flan.

On prend d'assaut les citadelles, Helan tan pan, tambour battant.

Les officiers dans la bataille Sont pêle-mêle avec nous.

Il n'en est pas qui ne nous vaille Et les premiers ils sont aux coups.

Un général fût'il un prince ?

Des grenadiers se met au rang.

Et r'ii et r'ian.

Fond sur l'ennemi et vous les rince.

Relan tan pan, tambour battant !

Combien plus tristes et plus lourds les chants allemands !

FRANÇAIS ET ALLEMANDS

Génie Français, génie Allemand.

Autre différence : la race française se distingue plutôt par son génie que par son talent, la race allemande par son talent plutôt que par son génie.

Actuellement, l'Europe centrale excelle à usiner pour en faire un produit marchand, cette matière première assez rare chez elle, assez commune en France, et qui s'appelle le génie.

Le génie français ne serait-il pas une qualité propre de cette race à grande puissance d'assimilation, un don, après tant d'autres, de la Gaule à ses enfants ?

A tout prendre, qu'est-ce que le génie ? Suivant l'étymologie du mot, une puissance de création. C'est la flamme, le jet, le volcan, l'idée première qui ne procède d'aucune autre, la révolution, le postulat.

Qu'est-ce ce que le talent ? Ce mot, latin d'origine tandis que le précédent était grec, représente l'idée seconde, l'application et le travail, la méthode et la volonté, le théorème, l'évolution.

Combien l'Allemagne peut-elle opposer de campagnes comparables à celle où Turenne en Alsace sauva la France par son génie avec un effectif de moitié plus faible que celui de son adversaire ? Combien peut-elle citer de guerres où elle aurait triomphé de 240.000 hommes avec 60.000, ainsi que le fit Bonaparte en Italie ? Et encore pour vaincre, les Allemands ont-ils dû s'emparer de nos méthodes en les renforçant d'ailleurs par des procédés de brigandage dignes de la féodalité. Leur triomphe est celui de la force.

Quelle différence, au point de vue militaire, entre le génie du Corse et les talents des généraux allemands !

En 1806, Napoléon impose son plan et sa volonté aux Prussiens, et triom.phe d'eux. A Auerstaedt, Davoust bat avec 30.000 hommes un ennemi deux fois plus nombreux.

En 1870, si de Moltke, dont le plan stratégique fut mal exécuté, avait rencontré un chef français, cette campagne aurait été pour l'Allemagne parsemée d'écueils. C'est la doctrine prussienne et non la stratégie qui assura la victoire.

Disciplines Française

et Allemande.

Le génie français et les expériences perpétuelles que notre nature nous suggère, ont frappé nos voisins et le monde d'étonnement. La France est un volcan en travail.

Ajoutons que l'indiscipline y a moins d'inconvénients qu'ailleurs : elle règne à l'état endémique ; si elle nous empêche d'être la première nation du monde elle

serait mortelle à l'Allemagne et depuis vingt siècles nos voisins ont craint une contagion dont, en somme, ils ont eu peu à souffrir ; ils s'étonnent sans cesse de nous voir subsister malgré cette infirmité qu'ils tremblent de contracter.

En Allemagne, la discipline doit être absolue. En France, elle ne doit être que relative : il faut parler au soldat, lui faire comprendre le pourquoi et s'adresser à son cœur. C'est avec cette demidiscipline raisonnée et consentie « à la française » que nous avons conquis le monde.

Avec son intelligence primesautière, le Français excelle à bien faire ce qu'on ne lui a appris qu'à demi. Sur le terrain, il comprend son chef au geste, suit l'action, la pénètre, et si le chef se trompe de commandement dans la lettre, il lui obéit dans l'esprit.

Aussi Napoléon I^"" ne manquait-il jamais d'initier ses troupes à ses intentions, leur exposant sommairement les causes générales et le plan de l'action. Ses proclamations révèlent une connaissance profonde du soldat français.

« Soldats, dit l'Empereur, après la bataille de Ratisbonne, vous avez justifié mon attente, vous avez suppléé au nombre par votre bravoure ! En peu de jours, vous avez triomphé dans les trois batailles de Thann, d'Abensberg et d'Eckmuhl et dans les combats de Pelssing, de Landshut et de Ratisbonne. Cent pièces de canons, quarante drapeaux, cinquante mille prisonniers, trois équi pages, trois mille voitures attelées portant les bagages, toutes les caisses des régiments, voilà le résultat de la rapidité de vos marches et de votre courage.

(( Naguère, l'ennemi se promettait de porter la guerre au sein de notre patrie ; aujourd'hui, défait, épouvanté, il fuit en désordre. Déjà l' avant-garde a passé l'Inn ; avant un mois, nous serons à Vienne. )>

L'excellence de cette méthode éminemment démocratique et française, le pacte de confiance signé entre le grand capitaine et les simples soldats par-dessus les cadres ne manqua pas de produire son plein effet.

Grâce à elle, l'Empereur fut généralement adoré de ceux qu'il conduisait aux plus grands périls. A peine si, aux mauvais jours, aux heures pénibles, quelques mots d'humeur échappent au soldat harassé.

Au plus fort de la campagne de Russie, par 30 degrés de froid et sans vivres ni gîte depuis des semaines. Picard, le camarade du sergent Bourgogne, exhale sa mauvaise humeur contre Napoléon en haussant les épaules : « Il fait la guerre comme un conscrit ! »

Nos défauts Gaulois.

Le Français est courageux jusqu'à la témérité et téraéraire jusqu'à l'inconséquence. Sa lég'éreté proverbiale est une forme de ce courage irréfléchi appliqué à toutes choses : elle est qualité dans bien des cas, bien souvent aussi un défaut. Elle le conduit, en effet, en des voies dont la raison le détournerait s'il voulait écouter la raison : mais le hasard, l'utopie, l'idée du jour l'entraînent loin de ses intérêts que, par bravade, il méprise. Cette mobilité inconsidérée l'empêche d'accomplir de grandes choses.

Combien de fois aurait-il eu l'occasion de reconstituer ses frontières ?

Pour prendre un plus petit exemple, il se fonde trop sur tous les avantages naturels de son sol et sur l'attraction qu'exerce à l'étranger la France, et non seulement il néglige tout ce qui dépend de lui pour en profiter, mais encore il semble prendre plaisir à effaroucher ses hôtes.

Est-ce intentionnellement qu'il veut tuer la poule aux œufs d'or ?

Non, certes. — Est-ce par répugnance aux devoirs d'hospitalité ? Non encore.

— C'est légèreté et insouciance. Les étrangers jugent très diversement ces dispositions de notre caractère, mais tous s'étonnent également de voir les Français jouer avec leurs intérêts vitaux, avec la même désinvolture que les Gaulois jadis jouaient avec leur vie.

(( Nous nous en f... ! » disent les Français, et c'est bien là un mot gaulois, intraduisible et qui veut dire :

« Notre fantaisie, notre personnalité priment nos intérêts ! »

Nos qualités Gauloises,

Autre point de vue : le Français, bien différent des autres peuples, s'est acquis dans le monde entier une réputation universelle par son courage :

Dans quel pays trouve-t-on une histo-ire comme celle de Vercingétorix, de Roland, de Jeanne-d'Arc, du grand Ferret, de Jeanne Hachette, de Bayard, de Jean Bart, du Chevalier d'Assas, des Corsaires, de Napoléon, des pionniers, des colonisateurs renouvelant, en les surpassant au Continent noir, en Asie, en Amérique, en Afrique, les exploits d'Athènes, de Rome, et de l'Europe entière ?

Le Français, en outre, a un ressort étonnant : l'oppression, le malheur, l'adversité, loin de l'abattre, décuplent ses forces et le disciplinent ; les situations désespérées font de lui un héros qui ne connaît plus ni obstacles, ni ennemis, ni temps et pour lequel plus rien n'est impossible. Il est bon de le rappeler, car on l'oublie trop souvent.

Les Français ne forment réellement un corps de nation qu'aux heures de crises, aux moments où ils reprennent conscience d'eux-mêmes.

Qu'ils boutent l'Anglais, hors du royaume, derrière Jeanne et la bannière de la Sainte Vierge, ou que, sans Dieu, sans pain et sans chaussures, ils courent aux frontières menacées ; qu'à la voix d'un tribun, 600.000 citoyens prennent le fusil ; c'est toujours le même geste, c'est toujours le réveil gaulois !

(( Or aujourd'hui, s'est levée une génération de tous points différente de celle qui la précède, éprise à la fois d'action et d'idéal, de patriotisme, de croyance, plus attachée aux faits qu'à l'idée, pleine d'élans, ambitieuse de résultats palpablés et rapides ; on dirait qu'elle veut arracher ce qu'il lui faut gagner. Pénétrée de la nécessité de relever la situation de la France dans le monde, enthousiaste des exploits qu'écrivent avec leur sang nos héros africains, la vue de ces rayons illuminant nos armes ont fait tressaillir les instincts ataviques. Voici une génération qui a secoué le linceul et le crêpe, qui a confiance en son pays, en son génie, en son épée ! » Telle se présente, pour un des maîtres de l'enseignement, la jeunesse actuelle qui ne sera, ni de la France de Rome, ni de la France de Genève, mais de la France de France. )>

D'autres citations seraient inutiles.

Comment expliquer la persistance du type gaulois et sa survivance dans le Français ? Par ce fait que le Gaulois est doté de la puissance d'assimilation.

La Puissance d'assimilation Gauloise.

Nous allons montrer comment se manifeste la puissance d'assimilation, et en rechercher l'origine :

D'abord, examinons le jeu de deux cellules vivantes identiques, au moment de la procréation d'un être issu de l'union de deux individus, dont l'un appartient à une race assimilatrice, et dont l'autre est quelconque.

11 n'y a place dans l'être nouveau que pour l'une de ces deux cellules, l'autre devant être éliminée.

Entre celles-ci commence la lutte pour la vie

La cellule la p^us forte et la plus parfaite triomphe, l'autre meurt.

De même tout un groupe de cellules toniques caractéristiques appartenant à la race assimilatrice va vaincre et marquer de son sceau, l'être procréé.

Celles-ci emprunteront en outre à l'autre ascendant le terrain utile à leur développement et n'admettront que les cel-

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Iules hétérogènes qui leur font défaut, encore en leur imposant une orientation, un développement, une évolution conformes au régime propre de leurs fonctions.

Etendons ces cas à des millions de cellules et d'êtres, répétons-le pendant des séries de générations et .nous obtenons, dans le croisement de plusieurs races, dont l'une est assimilante et les autres quelconques, la transmission nette de certains caractères identiques à l'exclusion de certains autres.

Ce mode de transmission particulière, de sélection harmonieuse, d'orientation vers un type constant, est la puissance d'assimilation:

Or, le Gaulois est doté de ce pouvoir ; tout en affirmant sa personnalité et la maintenant intacte, il s'est approprié par son génie les caractères des races l'ayant approché, qui lui semblaient dignes d'être retenus, et il est arrivé par là à élever son potentiel ethnique, sans cesser d'être lui-même.

La puissance d'assimilation gauloise ne peut être rattachée à aucune race ayant immigré en Gaule, car les éléments étrangers, à leur arrivée sur notre soh n'étaient pas différents des branches voisines qui ont donné les Scandinaves, les Germains, etc.. qui, toutes, se rattachent à la grande famille indo-européenne : la branche migratrice qui vint se fixer en Gaule, ayant la même origine que les autres, ne possédait pas une vertu d'assimilation spéciale et déniée à celles-ci.

Nous sommes conduits à affirmer la présence d'une race primitive habitant les Gaules, avant tout croisement et issue des anthropoïdes nés sur le sol même, desquels les paléontologues ont retrouvé la trace. ,

Cette race première parfaitement homogène aussi dense qu'étendue, détient du sal lui-même sa puissance d'assimilation.

En effet, les influences favorables exercées dans les Gaules, par le climat et les mers, ont été récupérées par le sol qui fut le premier créateur de toutes les richesses de notre pays. Sous l'effet de ces causes particulièrement heureuses de l'atmosphère et du terrain, le règne végétal, mieux que nulle part, a prospéré. Les végétations merveilleuses de la Gaule ont elles-mêmes réagi, en présence des trois élém^ents, sur le règne animal.

On sait que les riches pâturages, la douceur des saisons, leur succession graduée, l'atmosphère et l'ensemble des bienfaits dont la nature a réservé le privilège à la France, permettent à de certaines races animales, leur amélioration en dehors de tout croisement.

- Les anthropoïdes qui, en Gaule même, s'élevèrent à la condition humaine, bébénéfîcièrent des fruits du sol, la vertu

agissante d'une terre privilégiée fit leur race forte. Ces mêmes qualités de la terre améliorèrent les races d'animaux sauvages et susceptibles d'être domestiquées, procurant ainsi aux hommes, des serviteurs plus utiles et une nourriture plus substantielle, contenant à égal volume une plus grande essence de vie que celle des pays voisins.

La constitution physique et cérébrale des aborigènes devait influer favorablement sur leur intelligence, la puissance du cerveau étant en raison de la valeur de ses cellules et de la rapidité de leurs échanges. Il fallait bien, d'ailleurs, que l'ingéniosité de cette race s'éveillât plus vite et fût, en quelque sorte, plus ingénieuse pour lutter avec succès contre des fauves plus puissants et plus nombreux et pour domestiquer des animaux mieux doués qu'ailleurs.

En outre, la qualité du vin, par sa sève bienfaisante, communiqua à l'aborigène un caractère qui le différencia de jour en jour davantage et hâta sa maturité.

Mais il y a plus : la puissance d'assimilation résultant de la suprématie de la Gaule, allait s'affirmer pendant de longues théories de siècles, comme elle s'affirme encore aujourd'hui, et permettre la transmission de ce pouvoir assimilant aux âges actuels.

Depuis 5.000 ans, la race se présente dans ses grandes lignes identique à ellemême, et Am.édée Thierry, dans VHiS' toire des Gaulois, peut affirmer que les dix-neuf vingtièmes des Français sont de sang gaulois.

En un mot, celui qui deviendra Gaulois, se trouvant être constamment, par causes directes ou indirectes, un produit du sol de la Gaule, devait, conformément au principe de causalité de Bacon, <( 1© surpasser' » d'autant les autres races, que la Gaule le surpasse elle-même les autres contrées.

C'est donc à notre Gaule que doit être reportée notre puissance d'assimilation.

Nous trouvons notre pays à l'origine de nos ancêtres. Nos premiers pères, quels qu'ils soient, sont les fils de la Gaule. Dès lors, la Gaule n'est plus seulement notre patrimoine sacré, elle est réellement notre mère. Matériellement autant que moralement, nous sommes le produit de sa substance et nous devons en sauvegarder le dépôt sacré, non seulement parce qu'il est le berceau de no? pères, mais parce que notre race serait vouée à la dégénérescence du jour où il cesserait d'être celui de nos enfants.

La femme Française,

Or, tout ce que nous venons de dire sur les Français demeurés identiques aux Gaulois, est vrai également pour la

femme, qui est la digne descendante de son aïeule.

Comme elle, épouse vertueuse et mère dévouée, elle est la grande éducatrice, rame du foj^er, le temple des vertus de la race.

Il est vrai que les littérateurs en ont fait un portrait tout contraire, que les étrangers ont pris pour exact. Nul foyer n'est plus respectable ni plus fermé que le foyer français ; l'étranger n'y a point accès.

Et la presse d'Outre-Rhin et les Allemands ne connaissent en fait' de Françaises que les déclassées des grandes villes, dont une bonne partie encore est allemande.

voitises : provinces de France, vins de- France sont proposés aux faméliques de l'Empire comme les remèdes à tous les maux. Sus à la France, ennemie héréditaire ! et les maîtres de l'enseignement tiennent aujourd'hui les mêmes propos que les hordes du troisième siècle, prêtes à envahir les Gaules.

L'Allemand fils d'un sol ingrat.

De tout temps les Français ont eu conscience de leur unité d'origine. C'est pourquoi ils tiennent passionnément à leur sol, mais rien qu'à leur sol.

Toujours l'Allemagne, et surtout celle du Nord, fut pauvre. Toujours ses enfants furent attirés par des ciels plus cléments.

Or rAllemagne n'est pas à proprement parler un pays, c'est le contraire d'un pays ; c'est l'assemblage de toutes les contrées dont toutes les frontières sont indécises et dont les tribus furent généralement sans cohésion, sauf à l'époque d'Othon qui les confédéra et les sortit du cahos où elles retombèrent. Cette œuvre d'Othon d'ailleurs a été reprise par la Prusse actuelle. Quel sort l'histoire réserve-t-elle à ce nouvel essai ?

Qu'on relise l'histoire de l'Allemagne, qu'en retient-on sinon que sans cesse morcelée, elle fut toujours à la remorque d'un maître puissant ? Nous avons dit que pour les Gaulois le combat n'est qu'un passe-temps : nous allons montrer que pour les Germains il est un but.

Nés sur un sol ingrat, nos voisjns aspirent après une terre plus généreuse :

c'est la raison de leurs conquêtes. Leur pauvreté fait que la convoitise devient pour eux une nécessité : il faut prendre, peu importent les moyens, le tout est de réussir. Et une fois dans la place, y demeurer, comme le herre attaché à la pierre.

Ainsi s'expliquent notre désintéressement et leur nature envieuse.

Po-urquoi conquérir sinon pour nous divertir, dit le Français, car il n'est cliquetis que de harnois ?

Est-il rien de plus beau que la douce France, sous la calotte des cieux ?

Mais tel n'est point le langage des barbares.

Pour eux, la France est le pays du pain et du vin, le champ ouvert aux con-

Comment l'Allemand conquiert.

L'Allemand n'est souple que petit et malheureux, la force lui donne de la raideur, en fait un égoïste.

Mon courroux aux vaincus ne fût que trop sévère

dit Pyrrhus. Mais différente en cet autre point, la cruauté de l'Allemand survit à sa colère. Les peuples vaincus par l'Allemagne subissent le sort le plus barbare.

Aux Alsaciens-Lorrains : interdiction de la langue maternelle, impôts spoliateurs, tracasseries policières les plus absurdes ; les populations ont été comme celles de la Pologne et du Schleswig, souvent poussées à la révolte par des agents provocateurs.

Les Danois ne sont pas mieux traités : parce qu'ils sont nés dans le pays qui leur fut ravi, ils sont privés de toute nationalité ; l'Allemagne, après les avoir conquis, les rejette de l'Empire, leur interdit le mariage légitime, les expulse ou les incarcère. Les Polonais sont dépossédés de leur propre sol, à eux aussi la langue nationale est interdite et des enfants sont arrachés à leurs parents parce que leur mère les faisait prier dans leur langue.

C'est ainsi que l'Allemagne imprime sa culture à des races plus civilisées qu'elle, en affichant son mépris, suivant la méthode bismarckienne pour des nations asservies par droit de conquête. N'ayant pu réussir à se faire aimer, elle ne songe qu'à se faire craindre. Incapable d'assimiler ses conquêtes, elle a recours aux procédés de la guerre de Trente Ans, à ceux que jadis le duc d'Albe mit en honneur dans les Flandres et que les grandes nations ont abandonnés depuis la Pvévolution française.

Ayant interprété de la sorte la mission divine dont il se déclare l'instrument ; l'Empire s'écrie surpris : Tout le monde nous jalouse et nous hait !

Nous ne demandons qu'à être aimés, mais Vunivers s'obstine à ne pas nous comprendre. Ces tendances se traduisent d'ailleurs dans la politique extérieure de l'Empire, par des soubresauts qui inquiètent l'Europe sans l'étonner : Cet empire est Vœuvre de la force ; par la force il est condamné à se soutenir De pareilles maximes auront leur temps :

Metz. — Plans du dix-huitième siècle

FRANÇAIS ET ALLEMANDS

la domination allemande, brisée à son tour, ira retrouver dans la poudre de l'Histoire le souvenir des Mèdes, des Perses, des Babyloniens.

Ad augusta per angusta.

Les Allemands qui se complaisent dans les seconds rôles, en acceptent volontiers qui nous répugnent.

Ils sont naturellement policiers. Ils épient, surprennent, renseignent leurs compatriotes ou leurs chefs hiérarchiques avec une désinvolture qui fait la stupéfaction du reste du monde, le tout, d'ailleurs, au plus grand profit de la mère patrie, car ce que font les Allemands est toujours national. Bien mieux, un service de renseignements est organisé en Prusse, basé sur la corruption des journaux étrangers ; quinze cent mille francs ont été votés à cet effet par le Reichstag et, « il en résultera d'ailleurs, — le fait spirituellement observer un organe russe — que tout article favorable à l'Allemagne, sera soupçonné detre acheté ».

Mais l'Allemand qui n'est souple que petit, devient un tyran dès qu'il- est fort :

Langage militaire Français et Allemand.

Ecoutez notre langage militaire, à côté du sien :

1° Proclamation de Français.

Bonaparte, général en chef de VArmée a Italie au peuple de Carniole.

L'armée française ne vient pas dans votre pays pour conquérir ni pour porter aucun changement à votre religion a vos mœurs ; elle est l'amie de toutes les nations.

Habitants de la Carniole, je le sais vous détestez autant que nous les Anglais, qui seuls gagnent à la guerre actuelle. Soyons amis ! La République française a sur vous des droits de conquête.

Quartier général de Loitsch, le 9 germinal an V,

Le général de division Bernadotte aux habitants de la Carniole et pays circonvoisins.

Les Français en s'avançant n'en veulent nullement à vos personnes ni à vos possessions. Ils désirent, ils veulent que vous jouissiez en paix et sans contrainte du fruit de votre travail et de vos peines. Tel es't l'ordre du général en chef Bonaparte. Il m'a chargé de faire exécuter sa volonté à cet égard. Les mauvais traite-

ments, les vexations horribles que vous ont fait et vous font éprouver dans leur retraite les soldats de l'Empereur d'Autriche ont dû nécessairement vous prévenir contre nous.

Revenez de votre première impression.

Je vous offre, ainsi que les ' généraux, chefs et officiers que je commande, protection et soutien contre toute espèce dlnsulte. Ne craignez point que vos femmes soient outragées, que votre culte soit gêné. Nous respectons les mœurs et les usages de tous les peuples, particulièrement les vôtres. Une discipline religieuse sera observée par nos troupes ; la mort frappera de suite le soldat qui violera votre asile en se rendant coupable de pillage.

Nous ne ressemblons pas à des vainqueurs farouches ; nos manières affables doivent vous convaincre que nous gémissons sur les maux qu'entraîne la guerre. Nous les adoucirons. Venez et ne quittez point vos foyers.

Bernadotte.

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