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CHAPITRE V

LA FRONTIERE DU RHIN

Si nous tirons les conclusions de tout ce qui précède, nous allons être frappés de leur concordance absolue.

La géographie, l'ethnographie et l'histoire nous montrent que la France ne peut avoir d'autre limite que le Rhin. ■

La Géographie.

Au point de vue géographique : tout pays a des frontières naturelles : montagnes, mers, steppes ou fleuves ; les fleuves sont des lignes de démarcation plutôt que des frontières en ce sens qu'elles séparent et réunissent à la fois ; c'est ainsi que la Loire sépare la France du Nord et du Sud. Le Mein divise de même les deux Allemagnes. La Somme et la Seine délimitaient jadis la Gaule et la Gaule Belgique. Le Rhin coule entre la Gaule et la Germanie.

Bordée par son fleuve, la France devient un pays aux contours aussi nets que l'Angleterre dans ses îles, l'Espagne derrière le mur des Pyrénées, ou l'Italie dans sa botte fourrée.

Or, pour remplir le rôle que la nature a assigné à la France, il faut à celle-ci la superficie, les populations et les frontières de la Gaule.

Plus petite et telle qu'elle est aujour-

d'hui, l'accomplissement de sa mission devient impossible.

Identifiée avec la Gaule, la France est en harmonie avec les pays voisins, proportionnée à la masse de l'Europe Centrale et à sa densité, elle se trouve assez grande pour lui résister — trop petite pour la menacer — bref, la France est exactement ce qu'elle doit être.

L'Ethnographie .

Si nous en venons à l'ethnographie, nous sommes amenés à affirmer que la rive gauche du Rhin est gauloise. Toutes les conclusions des archéologues et des philologues l'assurent.

« La découverte d'un oppidum gaulois à Diedesheim, dans le Palatinat bavarois, confirme une fois de plus que l'ancienne Gaule s'étendait le long de toute la rive gauche. La mise à jour dans cette région de vestiges gaulois ne date pas d'aujourd'hui. »

Au point de vue philologique, une infinité de noms de lieux fournissent la preuve irrécusable de l'occupation de la rive gauche du Rhin par les Celtes.

(( Dans son Alsace moderne et ancienne, Ristelhuber cite quelques centaines de localités, de cours d'eau ou d'accidents de terrain portant des dénominations d'origine celtique : par exemple Barr (pointe) ; la Bégunne ou Béhine (petit torrent), qui est un affluent de la Weiss ; Brumath [hrug^mag, lieu situé près d'un coteau) ; Cernay, en allemand Sennheim (seanom : vieille ferme) ; Strasbourg, l'Argentoraton de Ptolémée, et l'Argentora de Julian (carcan, rivière ; dur : eau ; rat : forteresse), etc., etc.

(( En descendant le Rhin à partir de Bingen, on aperçoit sur sa gauche Druidenberg (montagne des Druides), plus bas on laisse sur sa droite Camp. Puis viennent les Spay : Oberspay, Niederspay, Osterspay, qui offrent une grande ressemblance avec Spoy, Spoix, Sepoy (la cépède ou cépée). Brey situé sur le bord même du fleuve, sur un terrain jadis marécageux, rappelle Bray. Rhens sur la rive gauche, l'une des plus antiques cités rhénanes, évoque le souvenir de Reims dont le nom s'écrivait d'ailleurs Rheims au temps jadis. L'historien bien connu Chr. de Stramberg dit à ce propos : a Dans son histoire de

AU HHIN GAULOIS

réglise de Rheims, Frodoard énumère les propriétés que cette dernière possédait aux environs de Boppard. Dans le nombre figure une grosse métairie qui a été le berceau de la ville de Rheims... réglise de cette dernière, tout comme l'une des paroisses de Rheims, a pour patron saint Denys... »

(( Engers (rive droite) dénommée dans les chartes Angirs, ressemble étonnamment à Angers... ; jusqu'à l'an 1200, cette ville était la capitale de l'Engersgau, les localités extrêmes étaient la Rolandseck, Rolandswerth et Rolandsbogen ; d'après Boïardo, le père de Roland s'appelait Milon d'Antona (Andernach ?) et le perfide Ganelon était de Mayence... le héros de la chanson paraît avoir été comte d'Engers et non d'Angers, comme il avait été admis jusqu'alors. ))

(( Namedy (rive gauche) est un nom incoTitestablement d'origine gauloise. De même Dormagen (Durnomag), Marmagen (Marcomag), Neumagen et Nimègue (Noviomag) correspondent à Noyon ; Remagen (Rigomag) étant donné que le suffixe viag — synonyme de mansio^ — est la vraie forme gauloise du mot que les Latins ont traduit par magus (lieu). » Kehl en face Strasbourg veut dire Celte.

Le mot allemand Gaii (contrée) se rattache à cette même racine gai, et le préfixe gau a été apposé devant beaucoup de localités du Rheingau, tels : Gaubischofsheim, Gaulsheim, Gaualgesheim.

Citons encore : Saint-Goar {Gavarium rom.ain) et Goarshausen, sur chaque rive du fleuve, entre Bingen et Coblentz. L'un

de ces villages s'est développé autour de la chapeUe érigée en l'honneur de saint Goar qui, en 570, y prêcha l'Evangile sous Sigebert P"*, roi d'Austrasie.

Citons encore : Vallendar, sur la rive droite au nord de Coblentz ; Guis, à l'ouest de Coblentz.

Le Waal lui-même a reçu ce nom dont rétymologie est Gallus, pour désigner des divers bras du Rhin, celui qui est le plus voisin de Gaule. La racine gai employée dans la dénomination de localités et de lieux situés au bord du fleuve, se retrouve fréquemment ; exemples : Le Galtz, sommet au nord de Turkheim ; Gallenbach, en face de Fort-Louis, rive droite ; Gausbach, au nord de Forbach sur la Murg, rive droite ; Welch, au nord de Carlsruhe.

Frankenthal, ville de fondation plus récente, fut créé par les Protestants flamands en 1552.

' Mais il y a plus encore :

Il est un fait curieux, que les philologues n'ont jamais mis en relief, et bien digne d'être opposé aux thèses invraisemblables des professeurs de l'Allemagne : le suivant : Les noms de Tous les pays et de tous les peuples situés a l'ouest du Rhin sont dérivés du mot Gaule.

Dans chacun de ces noms, on retrouve plas ou moins déformée la racine gai ou ival, dont nous parlons plus haut {gailus.)

On sait en eft'et que les lettres g et w se correspondent du français à l'allemand (comme dans les mots Guillaume et Wilhelm).

Tous les pays en gau sont d'origine gauloise, tels : Aargau, Brisgau, Engersgau, Hégau, Klettgau, Sundgau, Thurgau, Wasgau, et tous ces pays sont voisins du Rhin.

De plus, si nous descendons le fleuve des Alpes à la mer, nous trouvons, sur sa rive gauche : Le Palatinat (Pfalz) qui est une altération de gallus : ici, les lettres pf valent un iv et se prononcent comme lui ; la déformation est plus grande dans l'écriture du mot que dans son assonance et Pfalz correspond à Galtz, nom cité plus haut.

Nous savons que les philologues font venir le mot Pfalz du latin Palatium.

Or, pourquoi les Romains ont-ils justement donné un nom dont l'assonance est voisine de la racine gai, sinon parce que ce pays s'appelait aussi la Gaule ? La ville de Baireuth, en Palatinat, est aussi d'origine celte et vient du nom de Pajoariens, race dérivée des Boïens et d'où la race et le nom de Bavarois sont issus.

Le nom de Westphalie (Vestfallen) est également dérivé de gallus ; la ressemblance est surtout frappante dans l'adjectif vestfaëlich qui équivaut à Vestgaëlich.

LA FRONTIERE DU RHIN

Nous devons donc dire ouest gaelien et appeler la Westphalie, YOuestgaëlie.

Le mot Belgique est également dérivé de gallus. Les adjectifs Belge et Welche {Wales ou Galles) sont les mêmes, avec les seules différences résultant de la prononciation variable suivant les régions.

Le nom de Vallon est issu de gallus.

Le mot Vlammschj Flamand, est dérivé de la même racine que Pfalz, et est, commue lui, issu de gai

Cette rapide nomenclature embrasse l'ensemble sans exception des pays à / Vouest du Rhin. Malgré les déformations des dialectes, les habitants de tous ces pays se nomment des Gaulois et se rattachent à l'arbre celte.

Les territoires qu'ils occupent, sous des désignations pittoresques et altérées, s'appellent Gaule et rentrent toutes dans la dénomination patronymique de (( Les Gaules ». Cette démonstration spécieuse, qu'un peu d'ingéniosité leur aurait révélée, est dédiée aux savants en us et à tous les professeurs Knatschke.

L'Histoire et les Conquêtes.

Les conclusions géographiques sont corroborées par les faits.

C'est notre position qui a déterminé notre action, c'est-à-dire notre histoire, et celle-ci résulte des droits et des devoirs que le sol nous a imposés.

L'histoire montre l'échec de la politique de conquête, de la politique de hasard.

Les conquêtes qui ne sont point des reprises du patrimoine ancestral, ou des races apparentées, sont stériles.

Nous avons vu que la domination de la Lombardie et de l'Espagne échappe à Charlem.agne comme à Napoléon, mille ans plus tard. De même les Anglais perdent la France conquise pendant la Guerre de Cent Ans, Charles VIII et Louis XII le Milanais, comme la Prusse perdra les provinces Slaves, Scandinaves et Gauloises.

L^ Histoire et le Principe des Nationalités.

La France a droit aussi à sa frontière, en vertu du principe des nationalités.

Jusqu'ici, nous avons examiné les revendications des riverains, et nous avons vu d'importants groupements lutter sous les ordres d'un chef, roi, empereur, au

nom d'une personnalité morale, la nation.

Mais qu'est-ce qu'une nation ?

Quels titres légitimes a-t-elle pour maintenir un territoire dans ses limites, ou l'y faire rentrer ?

A ces questions répond le principe des nationalités qui fut très en honneur sous cette dénomination pendant le second Empire, mais dont l'apparition est marquée dès le traité de Wesphalie.

Quand l'ère des conquêtes de hasard fut terminée et que les belligérants sentirent la nécessité d'appuyer leurs revendications guerrières sur un terrajn solide, ils invoquèrent les questions de races ou de territoires.

Examinons la valeur de chacune d'elles.

La nationalité basée sur la race est ime conception intéressante en ce qu'elle repose sur une idée élevée autant que civilisatrice.

La réunion des enfants d'une même souche sous un. même gouvernement présente de sérieuses garanties pour tous, toute intrusion étrangère étant par définition même écartée.

Mais un examen plus approfondi révèle que cette conception n'est que théorique, car dans le dédale des croisements à travers les âges, où retrouver les races ? Il faut se contenter d'un indice pratique qui permette de reconnaître les consanguins. Cet indice, pour un grand nombre d'ethnographes, est la langue.

Or, des hommes de langue différente peuvent être de même race et inversement, car des causes diverses président à la répartition des langues. ,

Un envahisseur réussit parfois à im-

poser sa langue à un vaincu. C'est le cas des Romains conquérant la Gaule :

notre langue romane, dérivée en droite ligne du latin, n'est à aucun degré celtique, et pourtant nous sommes des Gaulois. D'autres fois, le vainqueur adopte au contraire le langage du vaincu : c'est le cas des Francs soumettant les Gallo- Romains, mais se laissant imposer leur parler.

D'ailleurs on peut atteindre à une grande unité nationale en groupant dans un même état des gens de langue différente.

En outre, à ne considérer que la France et les pays voisins, les populations de même latitude diffèrent moins entre elles que celles de même méridien. Les Normands ressemblent davantage aux Lorrains qu'aux Gascons, et ces degrés de parenté divers n'ont pourtant pas leur répercussion dans la langue.

Il faut donc considérer maintenant l'autre théorie, celle du sol, et nous demander si, mieux que la première, elle n'est pas indiquée pour servir de base au principe des nationalités.

Il y a en Europe des pays que la nature délimite avec précision ; leurs frontières ethniques coïncident avec leurs frontières naturelles, à moins que des événements historiques n'aient rompu cette concordance. De certains pays, retranchés derrière leurs frontières naturelles, montagnes, fleuves ou mers se trouvent, par un mur plus - ou moins haut, un fossé plus ou moins large, nettement séparés de leurs voisins. L'importance de ces obstacles est en raison in-

verse des conflits en temps de guerre, des mélanges en temps de paix.

Or, quand il s'agit de la Grande-Bretagne, de la Gaule, des Péninsules Ibérique et Italique, leurs frontières naturelles sont tellement précises qu'aucun doute n'est possible à leur sujet.

Non seulement le Rhin peut être, mais il a été une "frontière, et nous ne parlons plus des peuplades primitives, mais des contemporains. Le Rhin a borné la France en 1797 quand Bonaparte dictait à l'Autriche le Traité de Campo- Formio. Le 10 novembre 1813. l'Empereur vaincu a reçu de l'Europe coalisée les propositions de Francfort renfermant la France dans (( ses limites naturelles qui étaient le Rhin, les Alpes et les Pyrénées ».

En 1815, les alliés, les plus complètement vainqueurs, imposèrent encore à France le Rhin comme frontière, mais seulement du côté de l'Alsace sur 200 kilomètres environ au lieu de 800. Nous insistons — imposèrent — ; les alliés pouvaient en assigner une autre : nous l'aurions subie ; or celle-là parut convenable.

Les choses demeurèrent ainsi jusqu'en 1871. Pendant un demi-siècle, le Rhin ne cessa de répondre à toutes les exigences d'une frontière. Dès lors, s'il a délimité hier deux pays dans une zone de grande activité d'échanges, pourquoi ne pourrait-il continuer de jouer le même rôle dans une région plus septentrionale qu'il traverse d'ailleurs dans un lit plus large et grossi du Mein et de la Moselle ?

La thèse de l'identiflcation de la France avec la Gaule fut celle de la Révolution Française qui continua l'œuvre de la Royauté.

L'auguste personnalité du Cardinal- Duc prête à cette thèse un lustre particulier. Identifier la France avec la Gaule, c'est la raison même, mais combien chère nous deviendra cette aspiration si nous l'appuyons non seulement sur la tradition nationale de la Gaule patrimoine de la France, mais encore sur cette autre conception du Gaulois produit du sol, ce qui revient à revendiquer la Gaule parce qu'elle est la véritable créatrice et la tutrice de notre race.

Raisons politiques.

La France a droit encore à la frontière du Rhin, par tous les services rendus à l'Europe, à l'Allemagne, à la Prusse ellemême ; elle a facilité l'agrandissement de ses voisins, et hâté leur évolution.

L'Europe d'ailleurs, et l'Allemagne la toute première ont besoin d'une France qui soit égale à la Gaule, puissante et forte.

LA FRONTIERE DU RHIN

Il est de l'intérêt politique de la France, de reconstituer la frontière du Rhin pour s'équilibrer elle-même.

Actuellement notre centre de gravité politique est au-dessous de Bordeaux.

L€s gens du Midi l'emportent sur ceux du Nord, notre politique est méridionale. Les questions nationales qui n'intéressent pas les départements au sud de la Loire, les idées qui n'émanent pas de ceux-ci, sont laissées de côté. La politique française, qui est tombée bas, a besoin d'être relevée ; le précieux appoint des provinces de l'Est et du Nord, remettrait d'aplomb le cerveau électoral.

Un patriotisme plus éclairé, plus froid, un socialisme plus démocratique, socialisme de faits et de réalisations, un sens profond des réalités, une plus grande pondération, tels seraient les premiers apports de la Gaule rhénane au foyer français.

Ces vérités latentes ont pénétré le pays assoiffé d'idéal qui a salué dans l'élection du président Poincaré d'abord le citoyen le plus accompli placé à la tête de la France, ensuite et surtout, la revanche de la frontière de l'Est toujours meurtrie, sur les hommes d'affaires du Midi.

Conclusions.

Le Rhin est donc la frontière normale de la Gaule et de la Germanie, et par conséquent de leurs zones immédiates d'action.

Vouloir empêcher le rayonnement de la France jusqu'au Rhin est impossible.

Cette frontière, les Sicambres l'opposent à César vainqueur, comme le terme de l'Empire Romain.

A son tour l'Allemagne du xviip siècle la revendique contre la France.

Les princes de la Rive gauche du Rhin

sont appelés sous l'ancien régime, les (( Allemands de France ». Ils étaient pour la plupart à, notre solde et c'est dans leurs Etats que se recrutaient presqu' exclusivement les vingt-cinq régiments allemands

Le fleuve Tabou, qui est aussi symbole de paix et d'union, convie les riverains sur ses berges.

En 1793, les Français sont reçus en libérateurs par les cités de la rive gauche, car un long atavisme rapprochait les peuples et le grand souffle de la Révolution lit vibrer la Gaule Rhénane.

Mais qu'un riverain s'empare des deux rives, que les frontières morales et politiques ne coïncident plus, et la pensée de revanche grandit, grandit sans cesse au cœur du vaincu.

Les Français en envahissant l'Allemagne transrhénane ont préparé la naissance du pangermanisme et causé la guerre de 1870.

La Prusse qui nous imita et qui est aujourd'hui chez nous, prépare la naissance du panceltisme, et une nouvelle explosion du tuinultiLs gailicus.

Nous l'affirmons et le répétons, l'histoire de la France, c'est l'histoire du Rhin.

L'idée du Rhin est inséparable de la puissance militaire française, dont il est le symbole.

Quand la France détache son regard du fleuve, la valeur de son armée diminue.

Montre-t-elle le Rhin ? elle lève aussitôt des armées inépuisables exaltées, valeureuses, dont la source ne tarira qu'avec la race.

C'est qu'aux grandes . heures de l'histoire, l'esprit de famille parle haut et chante clair dans les cœurs gaulois, car pour tous les Celtes, il est un mot de ralliement qui les met debout, et les fond en un instant en un peuple formidable : « La frontière du Rhin ! »

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