LE FLEUVE
vait exciter la convoitise de tous les hommes.
Ainsi s'explique par la place primordiale de la Gaule sur la carte de l'Univers, son rôle dans l'histoire.
Pour tous les peuples migrateurs, celle-ci fut un pays de Chanaan, et la ligne imp^^essionnante qu'il fallait franchir pour pénétrer dans la terre promise était démarquée par le Rhin, par le Rhin gardien de la Gaule.
Précipite-toi comme le vent en furie
Au devant de la victoire, au Rhin, de l'autre
[côté du Rhin, Plonge vaillante épée au cœur de la France !
Le Rhin et la Germanie.
Non moins significative pour les Germains, la ligne du Rhin qui constitue la seule démarcation, bien déterminée de leurs territoires, car les plaines, les forêts, les steppes de l'Europe du Nord s'étendent au delà sans interruption jusqu'à ro lirai.
L'Europe centrale, aux contours indécis, moins riche, moins fertile à cause de son rude climat, englobe une quantité de peuplades disparates qui ont toujours convoité les contrées de l'ouest et cherché à y prendre pied.
Lorsque les Francs se préparaient à passer le Rhin, leurs éclaireurs, dit le moine Roric, rapportèrent que (( la Gaule était la plus noble des régions, remplie de toute espèce de biens ; plantée de forêts, d'arbres fruitiers ; que c'était une terre fertile propre à tout ce qui peut subvenir aux besoins des hommes. »
De là, l'importance que les Germains ont prêtée à leur seule limite précise, au fleuve tutélaire, au Vater Rhein. Aux heures sombres, ils en font la borne de leurs contrées. Le Rhin limite l'empire Romain, déclarent les Sicambres à César. Pour synthétiser en une allégorie la résistance historique au retour offensif Celte, l'hymne national, die Wacht am Rhein rallie les Germains sur les rives du fleuve.
Un appel retentit comme le tonnerre, Comme un cliquetis d'épées, comme le fracas
[des flots, Au Rhin ! Au Rhin ! Au Rhin Germain !
Qui défendra le fleuve ?
Tant qu'il me restera un souffle de vie,
Qu'un poing étreindra une épée,
Qu'un bras épaulera un fusil,
Nul ennemi ne foulera ta rive !. . .
Chère patrie, Sois rassurée,
Ferme et sûre se tient la garde, la garde au Rhin!
Mais aux heures de victoire, le Rhin perd son caractère sacré pour devenir un simple fleuve d'Allemagne dont nos voisins revendiquent les deux rives.
C'est la thèse des pangerm.anistes, de Arndt par exemple, écrivant au xix-^ siècle : der Rhein, Deutschlands Strôm, nicht Deutschlands Grenze.
C'est la même pensée exprimée dans le chant national de Blucher :
Le Rhin et la fiction.
Mais le fleuve n'a pas seulement éveillé un patriotisme farouche chez les riverains, et son cours mystérieux a favorisé i'éclosion de toute une mythologie.
Sur ses bords régnent des légendes merveilleuses, comme celle de la Lorelei, la demoiselle aux cheveux d'or, qui charme les bateliers et les entraîne aux abîmes. Les Elfes, les Sylphes, les Follets, les Ondines, les dieux des éléments et qui ce mêlent à la vie journalière, sont nés au milieu des légendes.
Tout un monde, jailli des cadres du surnaturel a pénétré le moyen-âge; princesses d'une beauté sans rivale, chevaliers des croisades et des tournois, magiciens, astrologues, alchimistes, architectes démoniaques qui en une nuit ont construit ou démoli les bourgs dont les ruines sont là sous nos yeux...
Telle est la puissance d'évocation dont le Rhin possède l'unique privilège, que là, la réalité et la fiction se pénètrent et se confondent.
Le merveilleux n'est-il pas arrivé, jadis... l'histoire a-t-elle jamais été vécue ?... Et devant le fleuve-dieu, comme nos ancêtres, nous nous inclinons.
Depuis que l'histoire s'écrit, c'est lui qui a formé les races riveraines et déterminé leur action.
C'est lui qui domine tout notre passé.
C'est lui qui roule dans ses flots rapides, le secret de notre avenir.
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