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LE Pont de César, d'après une estampe du xvii^ siècle
très) non seulement entre les particuliers, mais même entre les nations, quand un différend les sépare. N"e3t-iî pas curieux de voir fonctionner un tribunal d'arbitrage à ces époques réputées barbares ?
L'autre classe puissante est celle des chevaliers ou nobles qui forme le Sénat, pouvoir législatif de la cité, le pouvoir exécutif étant confié à un petit nombre de magistrats élus.
La plèbe ne joue qu'indirectement un rôle politique : c'est une clientèle qui s'attache aux membres influents de la noblesse et reçoit protection en échange de fidélité.
La nation armée existait dans les Gaules et se composait, comme à Rome, de tous les éléments de la cité, et les esclaves qu'on y admettait acquéraient de ce fait même le droit à l'affranchissement : c'est l'assemblée armée des citoyens, arniatum concilium.
La conquête de la Gaule par César, entre les années 58 et 51 avant Jésus- Christ, fut la revanche des Romains sur nos ancêtres. Aucun peuple dit Tacite, ne fut soumis plus rapidement que les Gaulois, car aucun ne fut plus divisé, et pourtant la Gaule unie, dit César, formant une seule nation animée d'un
mêm.e esprit, pourrait défier le monde.
Tandis que les peuples de la plaine et plus spécialement le parti aristocratique avaient appelé les Romains pour les défendre contre les invasions des Germains et contre le parti démocratique, les montagnards de l'Auvergne et de la Bretagne, Arvernes et ArmoricaiBs, défendirent leur sol avec courage et manquèrent d'anéantir les légions.
Les Romains créèrent l'unité politique de la Gaule. Les quelques colons qui s'implantèrent dans le pays apportèrent leur langue et de nouveaux "osages, sans modifier la race primitive, et le terme de gallo-romain synthétise beaucoup plus une époque qu'une modification ethnographique.
La domination romaine eut cet autre bon effet de substituer à la division gauloise par classes, le rapprochement par nationalités.
Devant l'étranger apparaît un groupement nouveau des éléments gaulois dont la fonction sera de résister au Romain.
Ce fut la première forme du rsatriotisme.
Les Germains et le Rhi
Quand les Romains eurent triornplié des Venètes, réduit Alésia, et capturé Vercingétorix, ils franchirent le Ebin.
La Germanie, nous l'avons dit plus haut, est un pays pauvre et ingrat ; indigentes et sans culture sont les races nombreuses qui habitent son sol ; défavorisées par la nature, elles représentent un vaste réservoir d'hommes d'où le nom d'Allemagne est dérivé {Aile Manner).
Les habitants, dit César, sont moins civilisés, mais plus vertueux que les Gaulois ; ils adorent le soleil, le feu, la lune, se consacrent à la chasse et aux exercices militaires. Ils reçoivent des terres sur lesquelles ils séjournent un certain temps et qui sont échangées ensuite contre d'autres, leurs magistrats craignant de leur voir perdre leur valeur guerrière en s'attachant au sol. Les Germains vivent sobrement de viande et de poisson, ne boivent pas de vin : ils ne travaillent pas la terre, à l'exception des Suèves dont la population mâle, d'environ 200.000 individus, combat et cultive à tour de rôle.
Un esprit égalitaire animée les Germains qui vivent dans des pays entourés de vastes plaines, les fameuses marches dont parlent leurs chants guerriers, qu'ils ont prises aux vaincus.
Les Germains sont cavaliers : ils n'ont pas, comme les Gaulois, de bons chevaux, mais ils élèvent et entraînent constamment une race commune qui leur fournit des montures infatigables. Les Germains montent sans selle, combattent à pied et à cheval.
Chez eux, les unions sont tardives et ne se concluent qu'à la vingtième année. Ils estiment qu'ainsi la race ne peut que gagner en force et en puissance :
les guerriers qui transgressent ce précepte sont flétris par leurs pairs.
En résumé. César, qui laisse percer ses préférences, présente les Germains comme une nation soumise à ses magistrats, disciplinée, fière et chaste, et les Gaulois comme des impulsifs^ brouillons, factieux, querelleurs.
Un tel jugement est-il fait pour nous surprendre et n'y a-t-il pas, tout au moins au point de vue militaire, une certaine ressemblance entre Romains et Germains, et une opposition radicale entre ces deux peuples et les Gaulois ?
Le peuple germain est donc volontairement barbare, essentiellement nomade.
Il n'a ni temples, ni villes.
« Le caractère physique des Germains eut... permis de les confondre avec les Gaulois..., mais leur caractère moral, non moins que leur langue, indiquait une nationalité gallo-kimrique. Le Gall de la vieille race était vif, remuant, ingénieux, loquace, vantard et aussi hardi dans ses paroles que dans ses actions...; le Germain, au contraire, lourd, indolent, concentré en lui-même. »
» Qu'on ouvre l'histoire ancienne, dit A.Thierry, dans son Histoire des Gaulois,
qu'on suive, dans leur brigandage, deux hordes ou bandes, l'une de Gaulois, l'autre de Germains : la situation est la même ; des deux côtés, ignorance, brutalités égales, mais comme on sent néanmoins que la nature n'a pas jeté ces hommes-là dans le même moule !
Si l'on voulait comparer sommairement la famille gauloise à cette famille germaine, on pourrait dire que le sentiment personnel, le moi individuel, est trop dé-veloppé chez la première et que chez l'autre il ne l'est pas assez. Aussi, trouvons-nous, à chaque page de VHistaire des Gaulois, des personnages originaux qui excitent vivement et concentrent sur eux toute notre sympathie, en nous faisant oublier les masses, tandis que dans l'histoire des Germains, c'est ordinairement des masses que ressort tout l'effet. »
Le Rhin est une mince frontière, mais il sépare des régions de plus en plus différentes, à mesure qu'on s'éloigne du fleuve : tel pays, tel peuple. L'histoire a continué de creuser le fossé que la nature avait créé entre Gaulois et Germains.
Bien avant César, les Germains avaient ravagé la Gaule et menacé Rome. L'an 120 avant Jésus-Christ, Marins sauva l'Occident du péril des Teutons et des Cimbres.
Du temps de César, les Germains envahirent deux fois la Gaule en franchissant le Rhin et s'établirent dans les Ardennes. César les rejeta sur la rive droite (50 av. J.-C.) et dépêcha des députés chez les Sicambres afin d'obtenir leur soumission. Il en reçut la réponse suivante : « Le Rhin limite l'empire romain. Si César estimait injustes les incursions des Germains en territoire gaulois, pourquoi prétendait-il ordonner sur l'autre rive du fleuve ? »
César décide aussitôt le passage et fait établir, en dix jours, le premier pont militaire sur le Rhin, le franchit avec son armée (52 av. J.-C), inflige une défaite aux Sicambres, impose la paix, repasse le fleuve, coupe le pont derrière l'armée : son séjour sur la rive droite a duré dix-huit jours.
Après César, les Romains ne purent se maintenir sur la rive droite du Rhin. Ils faisaient de fréquentes expéditions qui tournaient souvent à leur désa- 1 vantage et qui, même couronnées de succès, n'aboutissaient à aucun résultat durable. Us atteignirent le Weser et l'Elbe, mais Varus fut battu par les Cherusques d'Arminius et trois légions romaines furent anéanties dans le Teutoburgerwaid, l'an 9 avant J.-C. L'Empire
LA LUTTE SUR LE RHIN
mit, vingt-cinq ans pour venger ce massacre.
Cependant les Germains devenaient de plus en plus audacieux. Les Romains, qui avaient perdu leurs qualités militaires, ne virent qu'un moyen d'arrêter le flot envahisseur : ce fut de le diviser et d'opposer les Germains aux Germains.
Agrippa installa en corps de nation, dans les Ardennes, les Ubiens et les Thuringiens pour résister aux Germains de la rive droite. Tibère, après avoir battu les Sicambres et les Suèves, ramena de force 40.000 d'entre eux pour les établir en Gaule.
Entre les années 269 et 279, ces Germains sauvent l'Empire en repoussant des invasions d'Alamans, de Vandales, de Goths et de Sarmates. Au quatrième siècle, sous les ordres de Julien et de Valentinien, ils battent les Francs et les Alamans.
Mais à leur tour ils deviennent impuissants devant les hordes de Germains que Radagaise Jette sur l'Italie : les Barbares ravagent la Gaule entière. En 410, les Wisigoths d'Alaric prennent et saccagent Rome, puis s'établissent dans le Midi de la France.
Les Huns passent le Rhin.
C'est à la citadelle gauloise que revint l'honneur d'arrêter une invasion plus terrible que toutes les précédentes, qui, des hauts plateaux de l'Asie, dévalait vers le Rhin comme un torrent exterminateur, - et de sauver les derniers vestiges de la civilisation. Car les Huns ne sont plus des Germains, mais des Tartares au type kalmout, espèce d'hommes petits et contrefaits, au langage aigu et inarticulé, à la tête ronde, à la face aplatie et percée de deux trous qui leur servent d'j^eux.
(( Cloués sur leurs petits chevaux, laids, mais infatigables, et rapides comme l'éclair, ils passent leur vie à cheval : ils y tiennent leurs assemblées, ils y achètent et y vendent, y boivent et y mangent. Ils y dorment même, inclinés sur le cou de leurs montures. ))
Ces hommes, sous la conduite d'Attila, franchissent le Rhin pour la pfus grande terreur du monde gallo-romain.
Tout ce qu'il y avait alors de barbares en Gaule se rangea sous les ordres du patrice romain Aetius et se porta au-devant des Huns dans la vaste plaine de Çhâlons : ce Bataille atroce, multiple, effrayante, acharnée. Les anciens n'ont raconté ni de tels exploits, ni de tels massacres et celui qui n'a pas vu ce spectacle étonnant ne le retrouvera plus au cours de sa vie... »
Attila battu, le péril oriental était conjuré cette fois pour l'Europe (451).
Les Francs passent le Rhin.
Bien des peuples viennent franchir le Rhin dans les premiers siècles de l'ère chrétienne. Les uns : Avares, Huns, etc., arrivant du fond de l'Asie, se contentent de semer la désolation dans la Gaule.
Les autres appartiennent à la grande famille des Germains : ce sont les Wisigoths, les Ostrogoths, les Francs, les Burgondes. Ils prennent racine dans le pays et se mêlent aux Gaulois.
Parmi eux les Francs méritent de nous retenir un moment parce qu'ils s'installent au cœur de notre pays et que leur roi en devient le maître, parce qu'ils donnent leur nom au pays, parce qu'enfin c'est aux Francs que se rattache l'origine de la noblesse de France.
« Ils ne forment pas un peuple, mais une fédération de Germains de toutes races, Païens encore et indifférents dans la vie indécise qu'ils mènent sur la frontière. ))
Militairement organisés, ils lançaient chaque année au delà du Rhin d'audacieuses bandes de pillards qui se propo-
saient d'arracher à l'Empire romain le nord de la Gaule.
(( La nation des Francs, illustre, ayant Dieu pour fondateur, forte sous les armes, ferme dans les traités de paix, profonde en conseil, noble et saine de corps, d'une blancheur et d'une beauté singulières, hardie, agile et rude au combat », tel est le portrait moins précis que pompeux donné par l'auteur de la Loi Salique en son Prologue.
Malgré l'invasion et l'oppression franque, les Gaulois restèrent ce qu'ils étaient précédemment : ils assimilèrent leurs vainqueurs.
Le Rhin frontière.
Le premier des rois Francs, au dire des histoires véridiques, est Chlodion qui, vers 428, prend Tournai, pénètre jusqu'à la Somme. Mais battu par les Romains, il est rejeté au delà du Rhin.
Ses successeurs sont plus heureux.
Clovis assure ses conquêtes par sa conversion et son alliance politique avec l'Eglise. Il laisse, en 511, im royaume à partager entre ses fils.
Malgré la conversion, (( il reste dans les mœurs de cette race d'hommes un fond de rudesse sauvage qui se montrait, en paix comme en guerre, dans les actions ou les paroles ».
A l'instar des autres barbares, les Francs codifièrent leurs coutumes juridiques en s'aidant des lois romaines.
Nous savons par le texte même de leur loi salique combien ils se montrèrent durs aux vaincus. S'ils n'asservirent pas complètement les Gallo-Roniains, ils les considérèrent du moins comme des inférieurs : les amendes (loehrgeld) édictées contre ceux qui causent un dommage aux « hom^mes libres », c'est-à-dire aux Francs, sont doubles de celles fixées pour le m.ême dommage causé aux a Lites » et aux a Romains », c'est-à-dire aux anciens habitants.
Les fils de Clovis arrondirent les conquêtes de leur père. Thierry, roi de Metz en Austrasie, conquiert la Thuringe en 530 et peu après ravage l'Arvernie. Son fils soumet les Burgondes et son petitfils combat les Grecs d'Italie. Clotaire, Clodomir et Goridebaut conquièrent la Bourgogne entre 523 et 534.
Les Francs conduisirent ces expéditions, notamment celle d'Auvergne, avec une impardonnable sauvagerie.
Clotaire, resté seul roi, meurt en 561. Un nouveau partage réunit alors entre les mains de Sigebert les pays au delà du Rhin, l' Austrasie avec Metz et Reims et tout le territoire entre la Meuse et l'Escaut qui faisait auparavant partie du royaume de Soissons.
Tandis que Chilpéric^ entre deux expéditions sur le Rhin, enjoignait à tous
les Juifs habitant Paris de se faire baptiser, sous peine d'avoir les yeux crevés (582), Dagobert qui réunissait de nouveau toute la France sous son sceptre, et qui dota tant de basiliques, avait à CJichy trois reines, d'innombrables conconcubines, et faisait périr en une nuit dix mille familles bulgares.
Après lui, les rois fainéants précipitèrent la dynastie vers sa ruine. Les Francs de Germanie avaient peu fait pour le bien de la Gaule. Ils l'avaient traitée en conquérants : la Gaule, après les avoir subis quand elle était encore brisée par tous les malheurs qui l'avaient assaillie depuis César, reprit peu à peu conscience de son génie : ils perdirent leur influence.
Une autre race, également germanique, mais tout aussi cruelle, allait supplanter celle qui était incapable de régner. Pépin d'Héristal, maire du palais des rois Francs, se rendit célèbre par ses campagnes au delà du Rhin, où il réduisit les Alamans, les Frisons et les Bavarois à l'obéissance et au christianisme.
L'enfant qu'il tenait d'une esclave païenne, Charles Martel, recueillit son héritage par usurpation fratricide. (( Il fut le dévastateur, non le sauveur, de l'Aquitaine et de la Provence. )> Eudes eut à le redouter beaucoup plus que les Arabes...
Les Carolingiens et la Conquête du Rhin*
(( Quel est, à l'entrée du moyen âge, ce personnage extraordinaire, fils de Franc et lui-même presque sans culture, mais portant tous les instincts qui font le grand homme, le génie de la guerre, le génie de la législation, le génie surtout de l'organisation ; aussi passionné qu'Alexandre, aussi réfléchi que César ; jeté par le sort au milieu des ruines de l'Empire romain et parmi les flots de peuplades à demi sauvages, et là ne rêvant qu'ordre et discipline ; barbare qui soupire après la civilisation, conquérant dont toutes les victoires sont des conceptions politiques ? Ce barbare, c'est Charlemagne. »
Les Allemands revendiquent Charlemagne comme un des leurs. Il est bien Germain, en effet, par sa race, par les moyens violents qu'il emploie pour réduire ses ennemis (massacres de Verdun, déportation de familles saxonnes en Gaule, spoliation des chefs vaincus au profit de ses lieutenants, peine de mort édictée par le capitulaire de Paderborn (785) contre le moindre délit politique ou religieux) ; mais il est Gaulois
LA LUTTE SUR LE RHIN
d'adoption et, tout inculte qu'il est, il devine les bons effets de la culture intellectuelle : il attire des savants, ouvre des écoles. En Espagne, en Italie, au delà du Rhin, c'est la barbarie qu'il attaque, c'est la civilisation qu'il défend et propage en même temps que le christianisme. Ses plus grands ennemis sont de purs Germains : les Saxons ; ce n'est pas avec des Francs q.u'il combat, mais avec un peuple résultant de l'absorption des Francs par les Gallo-Romains. C'est pour surveiller les vaincus et non pour leur faire honneur que Charles établit sa capitale à Aix-la-Chapelle. Aix est d'ailleurs sur la rive gauche et faisait depuis longtemps partie de l'Austrasie.
C'est la seconde fois que les Gaulois franchissent le Rhin pour conquérir l'Europe et cette fois ils convoient le procurés.
Le Rhin nous échappe.
Entre les possessions de Charles le Chauve à l'ouest et celles de Louis le Germanique à l'est, Lothaire reçut une étroite bande de terre allant de la Méditerranée à la mer du Nord, englobant les vallées du Rhône et de la Meuse, composée des contrées les plus disparates.
Ce fut pour la France un grand malheur que dans le démembrement de l'empire de Charlemagne elle n'ait pas
reçu les territoires donnés à l'Italie entre Meuse et Rhin, correspondant à Relgique, Luxembourg, Lorraine, Alsace, Prusse rhénane et Palatinat cisrhénan.
Une Italie englobant ces pays plus la Suisse ne pouvait pas durer.
En outre, tous les pays cis-rhénans revenaient de droit à la France : ils lui étaient même nécessaires pour donner à notre pays une masse et une population suffisantes pour résister aux pays limitrophes.
Une France identique à l'ancienne Gaule, limitée à l'est par les Alpes et le Rhin, de Bâle à la mer, n'était pas trop grande : elle était simplement équilibrée et en rapport avec les pays voisins pour lesquels elle ne pouvait en aucune façon être une menace. Il suffit pour en être assuré de jeter un regard sur la carte. Depuis le moment où le Rhin cesse d'être notre frontière, il devient le but de nos armes et le symbole de notre unité.
En l'an 855, le territoire au nord de l'Helvétie entre Meuse et Rhin se détache de l'Italie pour former le royaume de Lorraine et pour, un siècle plus tard, se subdiviser en deux duchés.
Dès lors il joue entre la France et l'Allemagne le rôle de tampon et doit manœuvrer sans cesse avec ou contre ses deux puissants voisins.
La décadence de la dynastie de Charlemagne accompagnait le malheureux partage de cet empire. Après une courte période de gloire, la seconde race germanique se trouvait Impuissàntô à gou-
VltI^2)CIE.Clt
verner, parce que les intérêts de la famille, qui régnait en partie de l'autre côté du Rhin, se trouvaient en contradiction avec les intérêts du peuple gallofranc.
Une autre race s'éleva peu à peu à la royauté par ses mérites comme l'avaient fait les Carolingiens eux-mêmes : originait-e du centre de la France, elle comptait parmi ses ancêtres plus de Gaulois que de Germains ou de Francs.
En 866, ce sont les Normands que Robert le Fort, comte de Paris, repousse à Brissarthe, en payant de sa vie ce service rendu à la France. En 885, Eudes, son fils, se jette dans Paris assiégé par les Normands, sauve la ville et reçoit la couronne.
Il est le premier des Capétiens, et le x« siècle est rempli par la lutte des deux races qui aspirent au pouvoir. Après Eudes, le roi Lothaire, d'origine carolingienne, essaya de culbuter les Germains et de reculer la frontière jusqu'au Rhin : Il ne réussit qu'à provoquer une invasion d'Othon II qui, à la tête de 60.000 homtmes, s'avança jusque sur les hauteurs de Montmartre.
Lothaire eut beau tenter une nouvelle conquête de la Lorraine à la mort d'Othon (983), il perdit chaque jour un peu plus de pouvoir et, suivant le mot de Gerbert, le futur pape Sylvestre II, il ne fut plus roi que de nom. Hugues Capet, l'arrière-petit-fils de Robert le Fort, gouvernait effectivement la France et un an après la mort de Lothaire, il fut élu roi par les barons (987).
Le Rhin oublié.
Les Capétiens. — Les Valois.
« L'avènement de la troisième race est d'une autre importance que celui de la seconde ; c'est la fin du règne des Francs et la substitution d'une royauté nationale au gouvernement fondé par la conquête... L'identité nationale est le fondement sur lequel repose, depuis tant de siècles, l'unité de dynastie. »
C'est aux Capétiens, issus de l'Ile de France, du cœur du pays, que revient l'honneur d'avoir entrepris pied à pied, province par province, avec une obstination admirable, la reconstitution de l'empire des Gaules.
Le fils de Capet, Robert, poursuivit également l'unification de la France. Son mariage politique avec Constance, fille du comte d'Arles, acheva de convertir le Midi qui seul s'opposait à la dynastie nouvelle.
Ses successeurs, Henri et Philippe, poursuivent son œuvre et menacent l'empire germanique détenteur de la Lorraine.
Au douzième siècle, Louis VI, qui a pourtant un autre ennemi dans la puissance naissante des rois d'Angleterre, continue à menacer l'Empire.
Louis VII, trop absorbé par l'Angleterre et par le Midi, délaisse la lutte sur le Rhin, sans jamais pactiser avec l'Allemagne.
L'alliance des Anglais, des Allen\ands et de tous ces petits seigneurs de Lotharingie qu'effrayait la force grandissante des rois Français allait constituer un sérieux danger pour le fils de Louis VII, Philippe-Auguste.
Deux invasions simultanées menacèrent cette fois la France. Devant cette première coalition européenne, elle se leva et ses efforts furent couronnés de succès : la victoire de Bouvines (1214) provoqua en France un enthousiasme vraiment national :
(( Qui pourrait dire ou imaginer les joyeux applaudissements de la foule, dit l'auteur de La Philippide, les hymnes j de triomphe, les danses du peuple..., les • rues, les maisons, les chemins tendus de courtines et de 'tapis de soie, jonchés de fleurs et de rameaux verts... »
Chez les vaincus, ce fut le signe de bouleversements.
Le respect du roi de France, que Philippe-Auguste venait d'imposer par la force des armes, allait être accru par le renom vertueux de Louis IX et l'habileté audacieuse de Philippe le Bel.
LA LUTTE SUR LE RHIN
Jeanne La Lorraine.
La Guerre de Cent Ans, déchaînée par l'avènement des Valois en 1328, allait de nouveau détourner de la frontière du Rhin l'attention de nos rois. Cette longue et terrible guerre mit plusieurs fois la France à deux doigts de sa- ruine. Le salut lui vint de Lorraine.
La Lorraine ! Combien ce nom sonne doucement à notre oreille ! Aucun nom de province, malgré le parfum et le pittoresque de certains d'entre eux, n'est aussi éloquent ni si discret
A de certaines heures de rêverie, le souvenir de l'antique Duché se dresse devant notre esprit ému avec l'éclat d'une chose présente, et nous sentons que la Lorraine est la France dans l'éternité !
Dans la nuit de l'Epiphanie, le 6 janvier 1412, au fond d'un petit village de Lorraine, l'épouse d'un pauvre laboureur donnait le jour à une enfant.
« Tous les habitants furent saisis d'un inconcevable transport de joie, et se mirent à courir çà et là, demandant l'un à l'autre quelle chose étoit advenue... les coqs, ainsi que hérauts de cette allégresse inconnue, éclatèrent en tels chants que jamais semblables n'avoient été ouis. »
Tels sont les signes qui annoncèrent la naissance de la douce bergerette aux