‹ Au Rhin gauloisChapitre 8 sur 21 · SI · texte numérisé non relu

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grands yeux bleus, au clair regard rêveur, fleur sainte de ce sol gaulois.

(( Quand elle gardait les brebis de ses parents, le loup jamais né mangea ouaille de son troupeau... quand elle était bien petite, les oiseaux des bois et des champs, quand elle les appelait, venaient manger son pain dans son giron, comme privés... »

A l'âge de 19 ans, accompagnée de six hommes d'armes, elle allait sauver la France...

« Ne me plaignez pas, dit-elle à ses amis, c'est pour cela que je suis née. »

Hélas à quel prix !...

«Le 30 mai 1431, se leva: jour le plus auguste et le plus sombre qui eût paru sur la terre depuis le jour où la croix fut plantée sur le Golgotha ! !^ !

« Quand Jeanne vit de grand matin entrer dans sa prison Tappariteur, quand elle sentit si près la dure et cruelle mort dont il lui fallait mourir tout à l'heure, elle commença à s'écrier douloureusement et arracher les cheveux : « Hélas ! me traitera-t-on ainsi horriblement et cruellement, qu'il faille que mon corps net et entier, qui ne fut jamais corrompu, soit aujourd'hui consumé et rendu en cendres !... Evêque, s'écria-t-elle, évêque, je meurs par vous... j'appelle de vous devant Dieu ! »

« Ainsi, — son crime, — fut de dérober au ciel le feu dont elle anima ce géant mal éveillé qui se cherchait encore : le peuple français. Désormais, il

La Fhance, d'après une carl« ail

moitié du dix-septième siècle.

se tient debout. Toute son histoire consiste dans réveil progressif de sa conscience. Enfant, adolescent, adulte, absorbé d'abord par la croissance extérieure, puis tournant peu à peu sa réflexion sur lui-même, ce peuple au grand cœur, à la tête ardente, aussi longtemps qu'il fera figure de nation dans le monde — et sachez-le bien, il touche à peine à la maturité — ce peuple, dis-je, chérira tendrement la vaillante fée qui protégea son berceau. Sans cesse, aux jours d'épreuve, elle lui apparaîtra non comme une vague et nuageuse v^alkyrie aux oracles inintelligibles, mais comme une brave sœur à la volonté ferme, au parler savoureux, au cœur simple et droit qui, du bout de son épée, lui montrera la frontière. »

Cette mission merveilleuse accomplie en quelques mois aboutit à la résurrection de la Gaule.

La vie et l'œuvre de Jeanne d'Arc sont le plus grand événement de l'histoire.

Nul autre peuple ne peut glorifier semblable héroïne.

La Lorraine est à jamais unie à la France par cet auguste holocauste. Le pays qui compte une telle rédemptrice

ne peut pénr, car « le mot de cette énigme est dans l'essence même de la France. »

Vers le Rhin !

Le roi Charles VII reprit la marche vers l'Est ; il exerça ses droits sur plusieurs pays, seigneuries, cités et villes, (( étant en deçà la rivière du Rhin qui d'ancienneté avaient fait partie du royaume des Gaules ». Dans ce but, alhé à l'empereur d'Allemagne et au duc de Lorraine, il mit le siège devant Metz révolté.

Mais les Messins ne pouvaient ouvrir leurs portes à l'allié de leur tyran : ils résistèrent si bien que le roi abandonna le siège et reporta ses efforts contre les Anglais.

Plusieurs fois les gens de Metz envoyèrent des ambassadeurs à Charles pour lui représenter qu'ils ne pouvaient savoir pour quel motif il leur avait déclaré une si mortelle guerre; qu'ils n'étaient ni de son royaume, ni de sa seigneurie. Les conseillers du roi répondirent qu'il serait facile de prouver les droits de la France par les chartes et les chroniques; (( qu'on connaissait la fraude accoutumée (des gens de Metz) qui était de n'obéir ni à l'empereur d'Allemagne, en disant qu'ils étaient de France, ni au roi, en disant qu'ils étaient de l'Empire. »

Le règne de Louis XI est dominé par la lutte de la royauté contre la maison de Bourgogne dont les ducs avaient à peu près reconstitué, moins l'Italie, la

LA LUTTE SUR LE RHIN

Provence et la Haute-Lorraine, l'ancien empire de Lothaire. L'habileté du roi et plus encore la mort de son ennemi Charles le Téméraire, sauvèrent l'unité nationale. « Oncques puis ne trouva le roi de France, dit Commines, homme qui osât lever la teste contre lui ni contredire à son vouloir. » Mais le duc laissait une fille, Marie de Bourgogne, qui, par haine de la France, épousa l'archiduc d'Autriche Maximilien. Leur petit-fils devait être Charles-Quint, doublement notre ennemi comme Bourguignon et comme Allemand.

norme conflit qui mit aux prises d'un côté la France sous François ï^ et Henri II, de l'autre côté l'Autriche, l'Allemagne, la Savoie, l'Italie, l'Espagne et l'Angleterre coalisées dans la main de Charles-Quint.

A la suite du traité de Passau signé entre l'Empire et Maurice de Saxe, qui assurait à l'allié de ce dernier, le roi de France, la possession des villes impériales de langue française, Henri II, afin de profiter du traité, pensa reprendre tout l'ancien royaume d'Austrasie et ne s'arrêter qu'au Rhin.

La Pacelle d'Orléans à la butte Saint-Roch d'après un manuscrit du temps.

Toujours vers le Rhin !

Reprise de la Lorraine.

Au lieu d'attaquer en face ce redoutable adversaire, Charles VIII et Louis XII dispersent leurs forces dans de chevaleresques expéditions en Italie. Les Français y combattent pour le plaisir, comme ils s'étaient jadis lancés d'enthousiasme dans les Croisades ; les Allemands soutiennent par intérêt l'Italie.

C'est en Lorraine que se termina l'é-

Fait curieux et bien caractéristique, le projet du roi fit naître dans le royaume un enthousiasme quasi national : des enrôlements volontaires se produisirent dans toutes les provinces, tant « la nation françoise estoit curieuse de voir la rivière de Rhin ».

L'armée se présenta devant Toul dont elle reçut les clés, s'empara de Metz, l'antique capitale des rois austrasiens, avec l'intention d'en faire un boulevard de France. Metz était alors république vassale de l'Empire. Henri II entra à Nancy et s'empara de la Lorraine, les ducs de cette maison devenant ses vas-

saux : ainsi s'effectua presque sans coup férir la reprise de cette province. Le roi marcha ensuite vers l'Alsace qui était de langue allemande, mais il échoua devant Strasbourg, et s'en revint après que l'armée eut seulement « abreuvé ses chevaux dans l'eau du Rhin » pour faire face à un ennemi qui menaçait sa ligne de retraite. La conquête de la Lorraine fut achevée par la prise de Verdun que le roi enleva en s'en retournant en France.

Cependant, la perte de Metz était un coup terrible au prestige de l'Empire.

C'était un coin qui entrait au cœur des Etats de Charles-Quint. Ce prince résolut de la reprendre et en août 1552, il franchit le fleuve avec 67.000 hommes et 114 canons.

Le siège en fut commencé le 19 octobre.

Il y avait alors dans la place, que défendait François de Guise, la fleur de la

noblesse et de l'armée, et 5.000 hommes de troupe. Les bouches inutiles ayant été évacuées, l'élite des habitants, et le médecin célèbre Ambroise Paré demeurèrent.

Charles-Quint assit son artillerie sur un plateau au sud, François fit construire un boulevard qui résista aux attaques, les artisans de la ville réparant les ouvrages endommagés avec un héroïsme

Le Défenseur de Metz. — D'après le portrait de Clo

et une habileté admirables. Les Français, par de nombreuses sorties démoralisèrent l'assiégeant : celui-ci n'osa même pas donner l'assaut, tellement l'attitude de la petite garnison était formidable.

Enfin, au cœur de l'hiver, son armée réduite d'un tiers, Charles-Quint dut lever le siège dans des conditions désastreuses. (( Je vois bien que la Fortune est femme, dit-il : mieux aime-t-elle un jeune roi qu'un vieil Empereur. » Les assiégeants malades et blessés qui furent abandonnés autour de la place, au lieu d'être nclu^.vés, furent soignés avec. Juimanité, fait exceptionnel pour l'époque et, dit Bertrand de Salignac, (( la courtoisie de Metz demeura longtemps un proverbe honorable aux François ».

Quelques années plus tard, une paix durable intervenait à Cateau-Cambrésis (3 avril 1559) : les Trois Evêchés : Metz, Toul et Verdun, restaient à la France.

Henri IV, d'après une estampe du dix-septième siècle

LA LUTTE SUR LE RHIN

Henri IV» Empereur des Gaules.

Pendant le demi-siècle qui suivit, la France s'épuisa en guerres intestines.

Henri IV, plus sage, se hâta d'apaiser les querelles religieuses pour faire face aux véritables ennemis de la France.

(c Henri IV avait été dans de grandes nécessités au commencement de son règne et s'était vu roi sans royaume, mari sans femme, faisant la guerre sans argent ; mais depuis Dieu lui avoit fait tant de grâces qu'en montrant son Arsenal, il se pouvoit vanter qui! y avoit de quoi armer cinquante mille homm.es avec toutes les munitions, et dans sa Bastille, qai est toute contre, de quoi les payer pour trois ans. »

Il semble que la vie de ce roi ait été marquée par des signes surnaturels ; son étoile triompha d'abord des destins contraires, qui écartaient du trône celui qui né dans la religion réformiée était en outre le troisième fils d'Antoine de Bourbon.

Son règne devait comprendre trois périodes :

Dans la première, de pacification, Henri trouve la France envahie, divisée, déchirée, ruinée : en six ans, il chasse l'étranger et rétablit la paix.

Dans la deuxième, de préparation, le pays, grâce à une sage administration, atteint, en douze ans, un degré de prospérité inconnu au reste de l'Europe, Les voies terrestres et fluviales sont restaurées et complétées, la sécurité reparaît dans les campagnes, l'industrie naît, l'agriculture se développe, les charges et impôts sont réduits, m ieux répartis, cependant que la couronne am.asse un fond de 40 millions d'extraordinaire, somm.e im.mense pour l'époque.

La troisièm.e période devait être de réalisation. Le roi a préparé une grande guerre ; il va reconquérir tous les pays de langue française, reporter les frontières au delà de la Franche-Comté et de la Belgique, et reconstituer le Véritable Empire des Gaules que bornera Is Rhin. Trente mille hommes et cinquante canons font déjà route vers le duché de Clèves : le roi va se mettre à leur tête. Il vient de faire sacrer la reine Régente à Saint-Denis. Lesdiguières conduit quatorze mille combattants dans le Milanais, et prépare une diversion : « On n'avait jamais vu en France et peut-être n'y verra-t-on jamais, un équipage plus complet et mieux fourni », dit Sully qui devait rejoindre l'armée avec 8 millions d'argent monnayé.

Il n'est pas sans intérêt de rapporter ici une conversation célèbre qui eut lieu

à l'Arsenal, vers la fin de l'année 1609, entre le roi et son ministre :

« Il reste à considérer, (c'est Sully qui parle à Henri IV), si vous avez des moyens suffisants pour continuer la guerre sur le même pied que vous allez la commencer, tant qu'il sera nécessaire qu'elle dure... Sur quoi, je vous dirai, poursuivis- je, que pour le principal qui est l'argent, pourvu que votre guerre ne dure que trois ans et que vous n'ayez pas besoin de plus de 40.000 hommes, je vous en fournirai suffisamment sans rien imposer de nouveau sur vos peuples. Quant aux autres choses qui sont les munitions de bouche, d'artillerie, etc., je vous en montrerai tant que vous direz : C'est assez... — Mais encore, sans vous interrompre, dit Henri IV, combien ai-je bien d'argent ? car je ne l'ai jamais bien su. — Que pensez-vous bien avoir. Sire ? lui dis-je. — Ai-je bien 12 millions comptant ? reprit-il. — Un peu davantage, répartis-je. — Combien ?

Quatorze ? Il alla ainsi, en augmentant toujours de deux millions, parce que je ne faisais à chacune de ses questions que la même réponse : Un peu davantage, jusqu'à ce qu'étant venu à trente millions : (( Oh ! je ne vous en demande plus, s'écria-t-il en m'embrassant avec un véritable transport de joie. — J'ai dressé, lui dis-je, un état par lequel Votre Aîajesté verra qu'elle peut s'assurer d'un nouveau fonds de 40 millions d'extraordinaire en trois ans, sans rien prendre sur les dépenses de votre maison et de l'Etat, supposé que mon bon ménage ne soit pas traversé. — Et où est cet état, reprit Ilenri avec précipitation ? — Je vous le donnerai, lui répondis-je, quand il vous plaira, écrit de ma main. »

De la Baltique aux Grisons, il n'était question de rien moins que de faire Henri IV Empereur des chrétiens.

Un habile système d'alliances avec les Princes et protestants d'Allemagne et de Hongrie, avec le Danemark et la Suisse, mettait l'Empire à deux doigts de sa perte. La France allait rapporter de cette guerre la couronne impériale d'occident. Le Béarnais, secondé par les premiers hommes de guerre de son temps, devait triompher aisément des Impériaux : notre politique étrangère se précisait dans ses grandes lignes, la France retrouvait l'antique unité de sa masse, derrière ses lignes fluviales, comme au dedans elle avait recueilli les fruits d'un règne prévoyant et paternel. C'était la paix, la tolérance religieuse, le progrès, le peuple allégé de ses lourdes charges, et élevé à une condition plus heureuse : toutes les semences fécondes allaient lever sous ce régime libéral et novateur, qui faisait de la France, un jardin, et de la nation une famille : tout esprit de révolte était désormais aboli, et la bourgeoisie sagement dirigée prêtait à la

couronne un appui précieux. Que de sang, que de malheurs allaient être épargnés !

Tout l'avenir était en germe dans le vaste cerveau de Henri IV. A l'extérieur, c'est la politique de Richelieu et de la Convention. A l'intérieur, c'est la France moderne, détournée des voies révolutionnaires, conduite doucement et sûrement vers ses destinées :

« Je vous ay faict assembler pour recevoir vos conseils, pour les croire, pour vous suivre, bref pour me mettre en tutelle entre vos mains, envie qui ne prend guère aux roys, aux barbes grises et aux victorieulx. n

Ainsi s'exprimait en un langage tout constitutionnel ce monarque de droit divin, haranguant les notables commerçants de sa bonne ville de Rouen, en l'année 1596.

Au regard de ses contemporains, Henri IV commit la faute de devancer les idées de son siècle. .11 aimait le peuple : non seulement il avait été élevé parmi les humbles, mais il se mêlait souvent aux marchands et aux paysans, dont il voulait connaître et satisfaire les aspirations ; ses ennemis lui firent un double grief de porter trop d'intérêt au Tiers- Etat, et d'en être trop aimé.

La hardiesse des vues démocratiques du Béarnais, plus encore que la menace de ses armes firent trembler les souverains sur leurs trônes. Aussi, les maisons d'Espagne et d'Allemagne conspirè-

rent la mort de ce roi et appostèrent de nombreux assassins sur ses pas. C'était raffermir leurs couronnes et écarter tout danger de guerre.

Le vendredi 14 mai, sur les deux heures après-midi, un fanatique qui s'était embusqué rue de la Ferronnerie, derrière une échoppe ayant pour enseigne « Au Cœur couronné percé d'une flèche )), frappa mortellement Henri de deux coups de couteau.

Cette fin prématurée est, après la mission de Jeanne d'Arc, l'événement le plus considérable de notre histoire.

(( Les Français, avait coutume de dire le roi Henri IV, ne me connaissent pas assez bien ; ils sauront ce que vaux quand ils m'auront perdu ! »

(( Seigneur, disait-il encore, je suis prêt à partir quand il te plaira, mais que deviendra ce pauvre peuple ? »

Ces paroles d'une bonté si émouvante sont toujours actuelles.

Elles ne sont pas seulement d'un souverain sans égal, mais d'un pasteur de peuples. Sur cette rive du Rhin nous porterons toujours le deuil du plus français de nos rois, de celui qui a incarné tout le génie de la Gaule, et qui eut au plus haut degré l'intuition des destinées de la France.

Les Français s'honoreraient en consacrant un jour à la mémoire du Béarnais, comme à celle de la Bergère Lorraine. Comme elle, immolé sur l'autel de la patrie, Henri IV fut encore, et dans l'acception la plus moderne du mot, un Grand Citoyen.

LA LUTTE SUR LE

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