RHIN
Richelieu et le Rhin.
Pour répondre aux rois de France qui, après quatre siècles de lutte s'étaient emparés du plateau de Lorraine et allaient pouvoir facilement s'étendre vers le Rhin, l'empereur d'Allemagne suscita ce qu'on appela par la suite la guerre de Trente Ans.
La moitié de la guerre et les deux premières périodes furent favorables à l'Allemagne. Les succès des armes impériales devenaient une menace pour l'Europe.
Gustave-Adolphe, roi de Suède, protecteur des protestants allemands et allié de France, débarque à Stralsund à la tête d'une armée de valeur exceptionnelle, envahit l'Allemagne et inflige trois grandes défaites à l'Empereur, mais une imprudence, qui le fit combattre sans armure, à la suite d'une blessure récente, lui coûta la vie à la victoire de Lutzen (1632). L'élan des Suédois en fut décuplé et les Impériaux essuyèrent une série de défaites.
Richelieu négocia avec les petits princes allemands et les protestants afin d'étendre le protectorat français sur la rive gauche du Rhin ; le roi Louis XIII, ayant trouvé Charles de Lorraine opposé à ce projet, s'empara du duché de Bar son fief (1633).
« La suzeraineté du duché de Lorraine n'appartient à l'Empereur que par une antique usurpation faite sur la couronne de France, et le roi entend rétablir sa monarchie en sa première grandeur », dit Richelieu.
{( Nos ancestres, écrit un conseiller du <( Roi, en l'année 1644, ne dévoient point
« souffrir, du moins parmi les François, (( que les terres de l'ancien royaume de (( Lorraine, qui bornent la France, fus- « sent appelées Terres de VEmpire, à « cause du préjudice qu'elle en recevoit. (( Il n'y a point de doute que cette dé- (( nomination a osté de la mémoire des (( peuples, que ces terres ayent été usur- « pées sur la France. La pluspart de ceux <( qui oyent nommer l'Empire se persua- « dent que l'Empire Romain ou celuy de « Charlemagne subsistent encore, en la « souveraineté desquels chacun sçait que (( la Gaule Belgique estoit. Au lieu que la « vérité est, que cette estendûe de (( pays que Ton a connu sous le nom <( de Royaume de Lorraine, qui est la (< plus grande partie de cette Gaule (( Belgique, estoit une des provinces du (c royaume de France, qui estoit sépa- « rée de celuy de Germanie par le Rhin. (( D'ailleurs nos rois ne pouvoient rien « entreprendre sur ce royaume de Lor- « raine qui leur a esté usurpé, n'y tirer (( raiL.in des injures et offenses receuës « des princes qui possèdent les terres de « ce royaume sans choquer les rois de (( Germanie, que les Allemans font pas- « ser pour empereurs...
(c Maintenant que nostre monarque...
« a reconquis plusieurs provinces, villes, (( cités et places d'importance de son ance cien royaume de Lorraine, il faut ban- <( nir cette appellation de Terres de VEm- <( pire, lorsqu'il sera question de dési- « gner celles qui sont entre la Meuse et <( le Rhin. »
Le roi s'empara de Nancy, de deux villes d'Alsace, racheta Philippsbourg aux Suédois, tandis que le maréchal de La Force prenait Colmar et Schlestadt, et que plus loin le cardinal de La Va-
lette et Bernard de Saxe-Weimar arrêtaient sur le Rhin une armée impériale qui avait pris Spire etWorms, enlevaient Bingen, débloquaient Mayence et se repliaient sous Metz.
Richelieu, ayant apprécié à sa valeur Bernard de Saxe-Weimar, l'attacha à la Fi'ance. Le 25 octobre 1635, il traita avec lui, et le faisait landgrave d'Alsace.
Poursuivant cette même politique de diversion en Allemagne, la France, Fannée suivante, accordait aux Suédois un
de l'un de ses meilleurs disciples, de Guébriant. En 1639, au cœur de l'hiver, Guébriant franchit le Rhin à Baccarat, les chevaux à la nage, les hommes sur des barques. Cette opération audacieuse mérite une mention dans les annales dé rhistoire du fleuve : elle nécessita huit jours et huit nuits, encore ne put-on passer les canons.
Il dut d'ailleurs bientôt revenir sur 1 rive gauche, car avant de mourir, Richelieu voulut délivrer le pays des char-
GV^TAVEHORN GENERAL Des Armées ^vedoises.
secours de 8 millions pour entretenir la guerre en Bohême et en Silésie (traité de Wismar). En 1638, Bernard, qui venait de guerroyer en Allemagne et hivernait dans le Jura badois, s'élance sur le Rhin, enlève audacieusement trois villes, et secouru par Guébriant et le jeune Turenne, il assiège et prend la ville de Brisach après un siège héroïque.
A la même époque, une opération était dirigée contre le même Charles, duc de Lorraine, pour lui arracher la Franche- Comté.
Bernard de Saxe-Weimar mourut à 33 ans, laissant une armée petite, mais formidable qui fut mise sous les ordres
ges de la guerre, et passer à regret à 1| défensive.
(( A l'extérieur, Richelieu réalisa lej plans de Henri IV autant que l'ont pe; mis les circonstances... Le principe dej frontières naturelles, complément de c lui de l'identité de langue et d'origini détermina pour lui les bornes de Texte: sion territoriale. Plus de conquête de h, sard, d'expansion sans règle et san frein ! Il a systématisé à la suite d» Henri ÏV, la vraie politique française e^ repris une partie des provinces en vahies par les Germains sur la Gaule... w
« La politique de l'équilibre telle qu l'avait conçue Henri IV et pratiquée Ri-
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LA LUTTE SUR LE RHIN
chelieu, a été la forme première de la politique des nationalités.
J'ai voulu rendre à la Gaule les limites que la nature lui a destinées, identifier la Gaule avec la France et partout où fut Vancienne Gaule y restituer la nouvelle. (Testament politique du cardinal de Richelieu.)
En 1643, après l'éclatante victoire de Rocroi, le duc d'Enghien s'empara de Thion ville et de Sierk, opéra sa jonction avec Guébriant qui périt au siège de Rothwill.
Ayant rassemblé divers corps épars, il marche vers le sud et le 3 août 1645, un an après Freybourg, il bat les impériaux à Nordlingen dans la Haute-Allemagne, bataille dans laquelle le général Mercy trouva la mort. Profitant de cette victoire, allié au général suédois Wrangel, il enlève Landsbourg et arrive presque aux portes de Munich : c'était au milieu des laborieuses négociations du Traité de Westphalie, qui durèrent quatre ans et demi. Les victoires des Franco- Suédois à Susmarschausen, en Bavière,
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Son successeur, le maréchal de Rantzau fut remplacé bientôt par Turenne qui maintint la guerre en Allemagne en y soutenant l'offensive. Devenu chef des bandes franco-weimariennes, Turenne, avec le jeune duc d'Enghien, enleva Freybourg et Brisach : il prit pied dans la Haute-Alsace avec le projet de s'emparer des villes du Rhin en aval. L'année suivante, Turenne franchit le fleuve à Spire, mais défait à Marienthal par l'intrépide Mercy, à la suite d'une faute commise par l'un de ses lieutenants, il bat en retraite sur la Hesse au lieu de se rapprocher de France, afin de maintenir la guerre en Allemagne.
à Lens sur la Lys, assurèrent la paix.
La France, qui avait enfin conquis la frontière du Rhin, conservait les Trois Evêchés, la Lorraine, l'Alsace et la ville ds Brisach ; l'Empereur s'interdisait d'élever des forts sur le fleuve, de Bâle à Philippsbourg ; la navigation du Rhin demeurait libre.
La fin glorieuse de la Guerre de Trente Ans couronne l'œuvre de Henri IV, de Richelieu et de Mazarln.
Le Traité de Westphalie est le premier où apparaît la politique laïque et internationale : l'honneur en revenait à la France.
Le Rhin franchi.
Trente ans plus tard, au cours de la campagne de Hollande, le Rhin est franclii par nos armées. Le roi Louis XIV assiste en personne au passage du Wahl, tandis que le prince de Condé, commandant en chef, monté sur une barque dans laquelle ont pris place son fils, le duc d'Enghien, et son neveu, le duc de Longueville, dirige le passage de la cavalerie, en un point (Zolhuis) où le
il revient, il retourne, il revient encore ; enfin il trouve la queue d'un cheval, s'y attache ; ce cheval le mène à bord ; il monte sur le cheval, se trouve à la mêlée, reçoit deux coups dans son chapeau et revient gaillard. »
Le passage du Rhin n'avait pas laissé que de préoccuper fortement le prince de Condé, témoin l'anecdote suivante :
(( Il lui vint l'autre jour une manière de fou assez plaisant qui lui dit qu'il savait faire de la monnaie. — Mon ami,
Rhin (( est quatre fois large comme la Seine au Pont-Neuf ». Le héros de l'aventure est le comte de Guiche qui passe à gué, en tête.
« M. le comte de Guiche a fait une action dont le succès le couvre de gloire, car si elle eût tourné autrement, il eût été criminel. On l'envoie reconnaître si la rivière est guéable. Il dit que oui, elle ne l'est pas ; des escadrons entiers passent à la nage sans se déranger : il est vrai qu'il est le premier. Cela ne s'est jamais hasardé, cela réussit : il enveloppe des escadrons et les force à se rendre... Un chevalier de Nantouillet était tombé de cheval : il va au fond de l'eau,
lui dit M. le Prince, je te remercie, maïs si tu savais une invention pour nous faire passer le Rhin sans être assommés, tu me ferais un grand plaisir, car je n'en sais point. »
Campagne d'Alsace de Turenne.
En 1674, Turenne sauve l'Alsace dans une admirable campagne d'hiver contre les forces austro-germaniques. Il poursuit le duc de Lorraine, l'arrête à Strasbourg, bat les Impériaux à Sinzheim, en les rejetant au delà du Neckar.
Il reçoit un renfort de France et revient à Philippsbourg. Le Palatinat
Là LUTTE SUR LE RHIN
abandonné par les Impériaux est mis, malgré Turenne, à feu et à sang. Vingtsept bourgs et villages sont brûlés. Turenne châtie quelques incendiaires et détruit toutes les ressources de la rive gauche du fleuve.
Cependant 35:000 Impériaux franchissent le Rhin à Mayence, envoyés par l'empereur sous le commandement des électeurs de Saxe et de Brunschwig. Turenne, avec 22.000 hommes, tient l'ennemi en échec quinze jours, dans un
leurs, que Turenne se rapproche de France, l'adversaire hésite davantage à livrer bataille. L'hiver arrive ; les Impériaux prennent leurs quartiers d'hiver dans la Haute-Alsace, comptant envahir la Lorraine et la Franche-Comté au printemps. Or, le 27 décembre, toutes ses troupes concentrées à Belfort, ce capitaine marche droit sur Mulhouse par le ballon d'Alsace, coupe la ligne de retraite de l'ennemi surpris et le bat à Ensisheim, puis à Colmar le 5 janvier, où
pays épuisé. Les Impériaux s'emparent de Strasbourg le 25 septembre. Turenne fait front et couvre l'Alsace entièrement dépourvue de ressources, attaque et bat l'ennemi à Ensheim avant l'arrivée des renforts de Brandebourg :