‹ Au service de l'AllemagneChapitre 25 sur 40 · MA PREMIÈRE JOURNÉE 1)1 CASERNE I H I · texte numérisé non relu

MA PREMIÈRE JOURNÉE 1)1 CASERNE I H I

Mes compagnons l'admiraient beaucoup. Eux et lui servaient le même idéal.

Tous ces gens-là étaient emboîtes dans le même ordre social. Notre lieutenant était exposé à fréquenter 1rs familles de ces volontaires, à faire danser, voir à époua ■ leurs sœurs : aussi était-il enclin ;i se montrer homme du monde; mais eu même temps il prenait un ton rude, parce qu I une habi-

tude traditionnelle, parce qu'il devait s'imr à plusieurs d'entre nous qui étaient ses aînés, et enfin parce qu'il entendait réagir contre la secrète mésestime des hommes d'étude pour lc< militaire

Sa première phrase fui sèche :

— (Test moi qui suis chargé de faire votre instruction. .Je pense que nous nous enten drons bien. Nous allons commencer par vous enseigner le salul .

I n (-norme maréchal des logis, aux yeui

infiniment bleus, l'assistait. Pour se donner de l'autorité, il bombait sa poitrine, ce qui ne l'empêchait point de paraître bossu, car se? omoplates saillaient dans son vaste dos. Ce géant osseux à la grosse moustache broussailleuse semblait puéril à cause de son inhabilité a manier ses formidables mains et ses pieds. Il avait mis cinq ans a gagner son grade ; quel ton devait-il prendre avec ces inférieurs riches et instruits, qui allaient devenir si rapidement ofhciers? Il était irrité contre ces heureux volontaires, en même temps qu'intimidé par le petit lieutenant qui le surveillait en se pavanant : de là, un zèle maladroit et de la dureté.

Nous apprîmes à saluer, puis il y eut des exercices de marche et d'assouplissement, enfin une heure d'équitation. J'avais le sang à la tête, j'étais affaibli de n'avoir pas déjeuné, mais dans mon extrême malaise, mêlé de

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froid et, le dirai-je, d'une étrange peur conje m'eff de me dominer, de ne

me mettre en colère, d'être attentif à tous exercic» lowns <ju<v nous recommen-

cions indéfiniment. C'était un orage dans mon cœur. Parfois, car je sui< violent de caractère, j adm de rompre brusque-

ment rc cauchemar. c< Vi-je vraiment bien fait, n m disais-je, de rester en Usace? Suprai-jc cel esclavage? » J'aurais voulu réfléchir ;i ma misère; cet homme qui la il m'en détournait. De minuit' en minute, j entendais sa \ <

— Volontaire Elirmann, vous n'êtes plus, ici, dans la vie civile; tâchez de faire atten-

Je calculais qui être déplaisant Soi

vu' ' sentir am '■ pleins |)ou\ oirs,

ma révolte ne montrerait rien que l'imaut dune âme trop

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Ce long exercice, auquel mes muscles n'étaient pas assouplis et contre lequel je me cabrais, me mit au point que je pensai à me déclarer malade. Je demeurai pourtant au service d'écurie, où l'odeur des chevaux, les lampes fumeuses, la grossièreté des soldats, la rude voix du fourrier portèrent au paroxysme ma nausée.

Vers neuf heures du soir, harassé de fatigue et sans doute d'inanition, je quittai la caserne et regagnai ma chambre.

J'enlevai, j'arrachai mon uniforme pour m'habiller en civil.

Telle était mon horreur de mon nouvel état que je pensai à M. Le Sourd pour lui donner raison. Il me sembla que j'avais méconnu où était la vraie virilité. Je vis mon devoir dans la désertion. Je commençai à garnir de vêtements et de linge une valise L'Orient-express traverse Strasbourg à mi nui

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\ inut ; on une heure, sans risques réels, il nie mènerait à la frontière. J'allais être a Lunéville, libre de toute contrainte, la p<>;trine (1 jouissant de la beauté du

monde, rendu à ma dignité aussi bien qu'à ma véritable pairie Cette perpective m'enivrait plus qu'une convalescence. J'étais le qui repousse le fond où les herbes, quelques secondes, le retinrent.

Mon premier soin serait d'écrire à mon ... Mais cette lettre, puisque je disp< de trois heures avant le départ du train, j'al- ! i- la rédiger, .le la dé] lis à la boite

même de la gare.

I ne véritable fièvre me dictait mes mots et mes phrases ; il ne me fut pas difficile d'exprimer avec force mon horreur de < nauséabonde journée; mais une réflexion me gêna, c'est «pie mon père et moi, noua n'avions jamais supposé <pie cette i -cvn^ put

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m Vire agréable, et cependant les raisons d'y entrer nous avaient paru les meilleures. Je vis bien qu'il ne suffisait pas de dire : a Je vais passer six mois abominables. » Je devais, en outre, lui démontrer que nous nous étions exagéré les inconvénients d'une désertion.

Mon père, dans la vie, n'admet pas le caprice. S'il me plaignait d'être soldat allemand, jamais il n'accepterait que j'eusse, d'un coup de tête, abandonné l'Alsace et ruiné son projet de m'établir médecin à Colmar.

J'ai vu des familles s'acheminer en groupes, à de certains jours, vers Belfort, Baie ou Nancy. « Où allez-vous?» leur disait-on. ce Nous allons voir le fils qui a passé la frontière. » Deux années, trois années, cinq années, on reste fidèle à ce pèlerinage ; puis la vie efface les traits; on devient des étrangers.

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\ul moyen de nier ce fait: à minuit vil ■itot monté dans l' Express-orient, je pour toujours dr ! Usace el de ma famille.

Mon père me soutiendrait-il t*n France i n'y complais guère. Il a uni il d'abord à payer une lourde amende. . .

Eli bien, je m'embarquerai... Uepi : rieuz rêves aventureux, je me voyais médecin sur un vaisseau. M;us là encore, un îcle. La loi française m à refaire

en France toutes mes étud I lie-

Ion par échelon, et même il faui que je j calaur : s

L efforl n 0 1 aye pas el . d'ini tinct,

j'aimerais les risques, m le

(iui nais constructeurs : j éprouve

âne invincible répugnance ù détruire quoi que ce soil . ,1 >ai que j'a\ ais déjà

solides !>I(M-- pour l'édifice d * ma \ i que, dans une minute, j'allais tout jetei bas.

Sur un inconvénient personnel, j allais ruiner une édification soeiale, une famille.

Un vrai désespoir moral vint accroître la fureur physique dont cette journée m avait empli.. .

C'est alors que mes yeux tombèrent sur une lettre que le facteur avait apportée dans la journée. Je l'ouvris sans curiosité; elle était de Mme d'Aoury. Je me rappelle exactement ses paroles, parce que, bien des fois, au cours de ce semestre, je me les suis répétée^ : << Monsieur, m'écrivait— elle, je viens vous donner des nouvelles de votre adversaire. Il est guéri. Je sais que c est le jour où vous entrez au régiment, je tiens à vous assurer de notre sympathie dans cette épreuve d'où vous sortirez certainement avec succès. »

Ce que j'éprouvai ne peut être compris que si l'on se représente dans toute sa force

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niMii angoisse. Vous n'imaginez pa» le bien que cela fail, quand on se sent un prisonnier abandonné aux Allemands, do recevoir an mol de s> mpathie française.

« Je tiens à vous assurer de notre sympathie dans cette épreuve d'où vous sortirez certainement avec succès. » Celle dernière phrase, si claire el si modérée, alla très profond dans mon âme pour \ ébranler ma fierté.

Si je passe la frontière, pensai— je, e1 91 je vois à Paris M1 <l \i»iu\. me félicitera-t-elle d'avoir modifié mon projet? C'esl possible, mais elle arrivera nécessairement à me «lire . < Vous voyez, monsieur, que mon frère, bous une forme trop \iv<\ étail dans le vrai quand il vous blâmait <lr rester en Usace. lujourd liui nous vous rangez à son opinion. » Cette phrase, <>ù je n aurais rien ;i répondre, me mortifierait. Je serais un petit garçon <lr\.ini cette I ' i risienne.

L'heure du train arriva el je n'avais pas pris de décision.

Vers une heure, sans défaire ma valise et demi-vêtu, je m enfonçai dans une espèce de sommeil brutal et désespéré.

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