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CHAPITRE

TABLEA1 DE MES JOURNEES A LA CASERft

A quatre heures, je fus réveillé par des coups »lc poing dans ma porte.

— Monsieur le volontaire, il es! temps! Je sentis à la fois mon ùmo encore brû-

,mi! ' <lt>< images de la veille, <vl mon corps lou! glacé.

— Entrez ! criai-je.

Le soldai qu'on m'avait donné pour ordonnance apparut. Il portait, sur sa face animale, une prodigieuse expression (K4 respect.

Que ccilt' brute lût un des instruments de ma sujétion, cela m attendrit et courba mes épaules sous l'universelle nécessité. .'< \

un verre de kirsch à cet humble vainqueur.

Nous partîmes pour la caserne dans la nuit.

En chemin, il me parla du service, et la multiplicité des petits détails me cachait mon vaste horizon d'ennuis.

A travers les couloirs obscurs, les mains devant moi, je le suivis jusqu'à la chambrée close toute la nuit, où vingt-cinq malpropres mettaient une odeur effroyable. De la porte à mon armoire ils avaient semé des écuelles, des bottes, et, quand j'y tréhuchai, leurs rires ignobles éclatèrent.

Parmi leurs grossières malices, j'avais l'impression d'être, pieds et poings liés, un otage de la France au plus épais de la populace ennemie.

Je changeai mon uniforme de ville contre la tenue de caserne, je chaussai de lourdes bottes et je pansai mon cheval jusqu'à sept

MES JOURNÉES A LA CASERNE l~'.\

heures du matin. C est le moment du déjeuner : je me précipitai à la cantine. Depuis vingt-quatre heures, je n'avais pas mange.

Je n'ai pas l'intention de vous donner des peintures pittoresques, non plus qu'une documentation technique sur L'armée allemande. I que vous attendez, n'est-ce pas. c'est une lumière sur les sentiments successifs d'un Usacien à la caserne allemande. Vous voulez

rmaitre ma dure expérience. Il suiïïl que

vous dise en bref les soins monotones où ■'écoulaient mes journées.

Après le repas du déjeuner, non- eûmes une heure d'équitation. A huit heures et

mie, je passai le pantalon aux petites bottes comte-, et à neuf heures commença l'exercice, terminé à onze heures et demie. V midi, appel : nous reprenons noire tenue de ville.

C'est l'usage que les volontaires d'une même batterie mandent ensemble. Les trois Allemands et moi, nous allâmes dîner à cenl mètres de la caserne, dans un hôtel de troisième ordre, A la Ville de Baie. Des occupations courtes et pressées, faites pour rompre l'esprit et nous divertir continuellement sui des vétilles, m'avaient écarté depuis le révei de mon idée de désertion. Au restaurant, ji dus regarder, entendre et suivre mes trois compagnons. Chie leurs voix m'arrivaien lointaines î

Dès Line heure et demie, chacun de nous était remonté dans sa chambrée pour revêtu des effets d'intérieur. A deux heures moins le quart, les volontaires de toutes les batteries attendaient dans la cour ; à deux heures moins cinq, le sous- officier nous rangeait; à deux heures précises, le lieutenant instructeur survint. L'exercice, qui dure jusqu'

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rjuatre heures, se décompose en une heure d'assouplissement el une heure d'exercices h canon. A quatre heures ou quatre heures et demie, une heure d'instruction. \ ers six -•s, le pansage du che\al jusqu'à huit ou neuf heures.

Toute cette deuxième journée, je fus comme une machine, au poinl que je n'entendais pas ommandements. Uors, la rude voix du lous-oflicier criait : c< Hé, là-bas! le volontaire!... »

Le soir, je rentrai chez moi pour remâcher mes plans de désertion, et pour m'endormir, cette fois encore, désespérément...

J'ignore si je subirai jamais autan! de misère que dans ers premiers jours de calerne, m;ii<. rfuoi que la vie me réserve, je sui- sur «le ne plus glisser ;i une pareille démoralisation.

Mu répugnance de principe ;i servir l'Aile-

l'ji) Al SERVICE DE L'ALLEMAGNE

magne se doublait d'une sorte d'incapacité physique à causer avec mes « camarades x>. .l'éprouvais un état général de crispation et d inquiétude haineuse, en même temps que je cédais à l'implacable nécessité d'obéir.

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