‹ Au service de l'AllemagneChapitre 29 sur 40 · M ME FAIS UNE RAISO> I S I · texte numérisé non relu

M ME FAIS UNE RAISO> I S I

Il me regarda attentivement. Je demeurai froid.

— C'est bien, dit-il.

Comme je regagnais mon rang, il s'écria :

— Halte! Remettez-vous en position. f\épémoi ce demi-tour.

Je dus le recommencer six à sept fois, car il me laissait partir, puis me rappelait. \ isiblement, il prenait son plaisir à me taquiner.

Dès lois, il ne laissa plus passer La moindre incorrection sans me faire répéter le mouvement à l'infini.

Voulait-il mater l'Alsacien:' Ou bien, se voyant plus jeune (jue moi et me soupçonnant d'avoir été ironique, prétendait-il marquer les avantages de son grade ? Je crois <|ii il obéissait à ce double sentiment.

Sou^ couleur de m'apprendre à faire le rapport d une commission donnée par un

U SERVICE Di: L'ALLEMAGNE

supérieur, il avait imaginé de m'envoyer au pas de course — quatre, cinq fois durant l'exercice — demander au fourrier, à l'écurie, quelle heure il était. J'y étais accueilli par des quolibets. Et toujours courant, je devais revenir, m'arrêter à trois pas, les mains sur la couture du pantalon, et dire :

— Je rapporte avec obéissance à Monsieur le lieutenant que le fourrier a indiqué comme heure : trois heures et dix minutes.

Il fallait attendre qu'il eût fait un geste : u C'est bien x>.

In quart d'heure après, il recommençait, et encore un quart d'heure après...

L'Alsacien allait-il devenir le pitre du régiment ')

Pas plus qu'à vous donner les règlements de la caserne, je ne songe à vous émouvoir avec les misères d'un jeune bourgeois au service de l'Allemagne. Passons sur ces humilités.

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e me propose (le vous faire \oir comment, l'une simple irritation de ma sensibilité. j.*ai >ii tirer une discipline.

Au bout de l;i semaine, j'avais fait le tour

le mes ennuis. Je n'attendais plus d'inconnu.

vie demeurai! affreuse ; elle avait du

noins perdu ses ténèbres. Je préfère un

mita] corps à corps aux mouvements vagues

l'un ennemi, le soir dans le taillis, .le voyais

nettement mon but, je devais empêcher qu'une

ne allemande se rît d'un Alsacien-Fran—

ist sur celle considération juc je résolus ester, .le sentis (pie si je partais, Loute ni;i \ie, dans le secret de mon cœur, je me mépriserais, el que celte décision demeurerail un point de mon <>ù j'éviterais, tou-

jours, de porter mon rd. La Lettre de

M d \<>ur\ fut la première solidité où j appuyai m. i résolution. Que penserait de moi

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celte dame qui avait bien voulu se ranger à mon opinion contre son frère, si elle me voyait me dédire ? L'attitude du lieutenant et la risée des soldats confirmèrent ma disposition. Je me vis engagé dans un duel avec la caserne allemande. Au début, je pouvais, comme tant d'autres,. le décliner, mais, une fois le contact pris, passer en France, c'était une dérobade.

Je resterai, me dis-je. Ce sera plus dur que je n'imaginais ; très dur, même. Eh bien! je me donnerai beaucoup de mal. Toutes mes révoltes que je contiendrai me tonifieront, et la haine me fera plus de virilité... Puisque ce lieutenant a sur ma personne tous les droits, parmi lesquels le droit de m'humiiier, il n'y a qu'un moyen, c'est que je sois un excellent soldat et que je conquière son estime de militaire. Je suis seul de mon pays parmi tous ces Allemands : il sera tenté de me dire :

JE Ml. FAIS i m: raison I x 5

« Prenez exemple sur vos camarades Mon ambition doit être de renverser les rôles et qu'il reconnaisse les qualités militaires de l1 Vlsac

Tout cela est chétif, monsieur, je le sais.

préférerais, comme fit mon grand-père, le soldai de la Grande-Armée, entrer dans Berlin victorieusement, mais tout ce que l'on peut exiger d'un homme, c'est qu'il se halte pour l<- mieux sur le terrain où le pose sa destinée.

Pendant huit jours, je me suis vu, senti. cepté comme un agneau de douleur. Puis

j ;ii reconnu (j ie rôle de résigné était le

moins convenable el que je devais être d'abord un militaire exact.

Celle ligne de conduite, d'après mon récit, vous pourriez croire que je I ;ii inventée, un

ide sur la table, en réfléchissant, dans ma chambre . e'esl plutôt un sentier <>ù je me

iSf>

suis aperçu que je cheminais pour éviter les embarras au jour le jour. Les circonstances mont dirigé. Du dedans et du dehors, j'avais mes empêchements : ce qui m'a soutenu, c'est une constante exaltation de l'âme.

< HAPITRE M

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l n il allemand a toujours 1 air d un

; m hattu. Les voloi eux- - se

îent huml haque détail de leur atti-

«lisait aux officiers : c< Tu es aotre

Leur née de\ les

Le lieutenant trouvait— il dans mon

: roi t une sorte d'indépendance? Plus

plemenl • uuyait-il dur

... Après s'être promené mi nu'

tir. il m appelait :

— \ i ilontaire Ehrmann, urant.

— A ous m'avez dit que vous aviez des parents dans l'armée française. Etes-vous en relations avec eux ?

— En relations très suivies, Monsieur le lieutenant.

— A ous allez souvent en France, n'est-ce pas?

— Assez fréquemment, Monsieur le lieutenant.

— Vous avez été en Allemagne, aussi.

— Lne ou deux fois, Monsieur le lieutenant.

— Alors, vous aimez aller en France?

— Oui, Monsieur le lieutenant.

Ce n'était pas un mangeur d'Alsacien, mais un brave petit guerrier du pays rhénan, fort ébahi, car il n'avait jamais imaginé une telle espèce de soldat allemand.

Le lendemain, il me dit :

— Ce sera une chose très grave pour vous,

LE IH II BS l I NGAGÉ l8<)

le jour qu'il y aura la guerre avec la France. Que ferez-vous, quand il s'agira de se battre

utre l'armée française où vou> ave/ des parent

Le règlement nous oblige, si un supérieur

nous parle, à l'immobilité la plus absolue.

\urun mouvement ne serait toléré, mais il y

a les yeux. Les miens disaient : « T'ima-

les-lu que je vais rester ici, quand il s'agira d'une guerre avec la France? o Cependant je cherchais ma v<»i\ la plus ferme cl la plus simple pour répondre :

— Je suis médecin, Monsieur le lieutenant.

— (Test vrai, lit-il en tournant sur ses talons.

Il commença de critiquer en moi plus

ouvertement 1 Usacien. Comme nous trottions

!<• long de la piste, j<' dis à mon cheval :

' Hue, te I I > ii milieu du manège, il

me <iia :

— Volontaire Ehrmann, c'est uu cheval allemand ; il ne comprend pas le français.

Le lendemain, durant l'exercice, il me dit :

— Il parait que vous vous faites envoyei à la caserne des lettres dont l'adresse est écrite en français. Priez vos correspondants d'employer l'allemand.

— Mais, Monsieur le lieutenant, mes correspondants ne savent pas l'allemand.

— Qu'ils l'apprennent ou qu ils fassent écrire leurs enveloppes par le diable !

Tous les matins, minutieusement, des pieds à la tête, par devant et par derrière, il inspectait nos uniformes, nos armes, nos munitions. Mon tour venu, il s'attardait en maugréant, et chacun voyait sa mauvaise volonté ; mais je m'appliquais à être un bon soldat, et mon regard lui disait : ce Cherche, cherche, mon lieutenant ! »

C'était d'ailleurs un bel officier, avec une

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