MES RELATIONS LVEC LES SOLDATS, - VOLONTAIRES ET LES SOI — OFFICIERS
Octobre passa, \e< recrues arrivèrent. Notre
;e fut très allégé : nous étions dispensa de soigner nos chevaux et nous quitons la caserne h six heures. Il n \ eul plus î peloton des volontaires; on nous restitua
- diverses batteries. Le hasard me laissa ai- les ordres du lieutenant et du sous-offi-
uixquels, depuis un mois, j'avais affaire.
\<>us aidions les officiers à instruire les
ouveaux venus. < >u m'attribua cinq de ces
is », pour que je leur enseignasse le ^.ilul i l'assouplissement. L'un d'eui se pendit.
lf)(> AU SERVICE DE L'ALLEMAGNE
Huit jours après, dans une autre batterie, il y eut un second suicide. Je n'imagine pas que ces malheureux souffraient plus que moi du mal du pays, mais ils n'avaient pas su se faire un moral. C'étaient des êtres mous, des esclaves. Peut-être aussi des pauvres, incapables de payer leur bienvenue.
De temps à autre, un volontaire doit oflrii aux sous-officiers une petite beuverie. Ji signais de nombreux papiers pour la cantine « Bon pour tant de bouteilles et de saucisses.) Plusieurs fois la cantine me présenta de faux : ma signature avait été imitée par ui sous-officier. J'avais d'autres soucis que d protester contre cette vilenie. Mais les volon taires à qui la même i;hose advint refusèren de payer. Je dus me régler sur leur conduite Le faussaire irrité jura que nous ne saviou pas faire le pas de course en cadence, et durant une longue heure, le sabre dans 1
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main gauche (vrai supplice par un temps glacial), nous dùmc^ courir en (lie dan-> La cour de la caserne.
J'eus la gorge enflammée, au point <juc j'entrai à l'hôpital militaire.
.le passai six jours dans une grande salle de soixante lits. J'a\ai< [mur voisin un de ce* Éaysans de la Poméranie qui sont nalurellement trapus. Larges d'épaules, avec de grosses Pgures naïves. Mais celui-ci. c'était pitié de Noir, quand Le docteur L'examinait, sa maigreur, son dos voûté, sa poitrine défoncée. Depuis quatre mois, une pleurésie le tenait au lit. Il avait subi plusieurs interventions chirurgicales. Bien que le pauvre diable chancelai ci se plaignît de souffrir à chaque respiration, le médecin-major le prétendait guéri. Chaque mutin, je L'entendais
— Il ne tient qu'à vous de rentrer dans foyers, à condition toutefois <|ue vous
ne prétendiez pas à une pension, car je ne sais pas s'il serait possible de vous la faire accorder.
Le Poméranien, n'en étant qu'à sa première année de service, pouvait être tenté par une proposition qui le libérait d'une année (1), et pourtant, une fois le médecinmajor parti, il pleurait comme un enfant et , me disait :
— Je ne pais pas rentrer dans mon pays, si faible et sans pension, car nous sommes très pauvres. Chez nous, celui qui ne travaille pas n'a pas droit à la nourriture, et je suis bien sûr que malgré l'affection de ma mère on m'écai'tera, si je reviens comme une bouche inutile. Mais je n'ai pas le courage d'exiger ma pension du médecin-major qui a un regard si terrible!
C'est vrai que le major était un grand
(1) Voir la note VI, page 2 7 3.