MES RELATIONS AVEC LES SOLDATS
— Vous m'entendez? Je \eu\ connaître celui qui \ ous pous
Le soldat tourna la télc de mon côl J'étais debout au pied de mon lit. dans l'attitude fixe qui i élémentaire, durant
la visite, pour les malades non alii
Toute la colère du major se porta sur moi. Il - t les bras et «lit :
— Comment! le volontaire, vous venez ici
gaillards à la révolte? Mais de <juoi s mêlez— v< >us
! fui un Uni de vociférations, un scandale au milieu de ces triâtes lits de (iévreui el de délirants. Il eut quelque |>«ii tenir de
ni«i prendre îi la
Mais le soir, l intendant apporta une feuille où était indiquée la pension que t
lit le soldat, ane centaine de marks par an. Vprès un pareil esclandre, on n'a va il pas osé persister à lui refuser son
dû. 11 prit congé de moi avec des larmes.
A ma sortie de l'hôpital, quand je racontai cetle histoire aux trois volontaires de ma batterie, ma conduite leur parut incompréhensible.
— Qu'est-ce crue vous aviez à vous occuper de cette brute-là? (Ils voulaient dire le soldat.) Ça n'est pas votre affaire.
Ils ajoutèrent que je ferais mieux de les accompagner à la « brasserie des officiers ».
Chaque soir, tandis que je m'asseyais seul à la table où nous avions tous diné le matin, ils allaient manger des saucisses au raifort et boire de la bière, sous l'œil de nos chefs :
— C'est la coutume, disaient-ils. Xos officiers nous en voudraient si nous ne paraissions pas à leur brasserie, et sûrement que votre absence est mal interprétée. Vous vous faites du tort.
MES RELATIONS iVEC LES SOLDATS >.()■)
L'argument ne me touchait point. Je m'obliiais à être un soldat appliqué, et je nie (fendais de paraître un courtisan. Je leur pondis qu'entre si\ et sept heures du soir.
ne l)uvais pas de bière. Mais ils me pi renl si fort qu'à la fin je ne pouvais pluh- impolitesse, éluder leur invitation, Je les ivis. Quelle soirée, monsieur!
IL me firent asseoir auprès de la porte întrée. ^.u tond dune enfilade, dans une ûsième salle, nous apercevions La grande ►le où. chaque soir, se retrouvaient Les iciers. Mes camarades étaient convaincus
un local fréquenté par des Lieutenants et
apitaines devenait un lieu d'anobliss :n1 : à contempler I»1- chefs, fût-ce de loin, ir petitesse pensai! participer de cette graniii ( !es satisfactions toutefois leur doni«*n t (\i)s regards inquiets et une conver ion hachée. Toul en vidant leurs verres de
bière et en mangeant du porc fumé, sur L table mouillée, avec une serviette en papie sur les genoux, ils gardaient une correctioi militaire, dont ils se seraient, je pense, repo ses dans toute autre brasserie. A chaque foi qu'un officier entrait, de quelque régimen qu'il fut, il s'agissait de nous lever, de repous ser nos chaises bruyamment avec nos jarrets de porter nos mains aux coutures du pantalon, de fixer le survenant et de l'accompagne; du regard cinq mètres avant son arrivée ; notre hauteur et t cinq mètres après son passage. L'officier quelconque saluait avec deu doigts, s'inclinait légèrement et, tout de suite faisait un geste : « Asseyez- vous donc ! Gela avec froideur. Mais notre capitain s'inclina un peu davantage, et bien qu'il r se déridât point, son geste : ce Asseyez-vous fut plus marqué. Quant à notre lieutenan il dit :
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— Ali ! bonsoir !
El il marqua un petil étonnement aimable
►ir le volontaire alsacien.
Servilité avec les supérieurs el arrogance les inférieurs, \«>ilù, pour nous autres Usacicns, deyw cj u;j 1 1 1«'-^ constantes des A I le— OMnds. Notez (\uc mes camarades appartenaient à de bonnes familles. Mais je dois les présenter avec plus de détails, car onl vraimenl trois types classiques de La plus récente Allemagne.
Le premier était un Prussien de vingt-trois ans, d une famille originaire de Neu-Ruppin, là-bas, diins la Marche brandbourgeoise.
Il faut savoir d'une façon générale d'où terribles Prussiens, raides et arrogants, (jui triomphent el donnent aujourd'hui 1 I Ulemagne -.1 forme. Sur de grandes plaines grisâtres, où de maigres pâtur tlternenl avec des étants endormis et d<%
sévères forets de pins, vivent des paysans à peine affranchis. Ils possèdent l'esprit d'association, car ils ont conscience d'être un troupeau, et puis, dès leur bas âge, on les dresse à la discipline. Chez eux, l'instinct de reproduction ne crée pas, comme chez nos Français, des vices ou des vertus compliqués. Sans fièvre ni enthousiasmes, mais aussi sans intermittences ni chutes, leur volonté demeure constamment tendue vers le but qui est le pain quotidien. On voit à ces serfs l'hypocrisie des paysans, une jalousie mesquine, une étroitesse de cœur, qui se trahissent chez les simples par des lettres anonymes, par des dénonciations à la police, par de l'espionnage, mais peu de mensonges grossiers et conscients: ils recourent à des biais. Le commerçant prussien tient un engagement écrit, seulement il use des sous-entendus, profite sans scrupule d'un oubli dans le contrat. Tous les Prus-