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MES RELATIONS WI.C LES SOLDATS

riens sont sous L'action de La bière : elle étourdit, endort et berce, elle calme la colère ou la passion, elle rend bonasse et fait oublier. kussi le tempérament autrefois querelleur Jfest assagi. Mais cette bière assoupit, sans la changer, une àme brutale où manquenl la politesse innée et la culture héréditaire.

Notre « camarade » prussien, bien que fils de fonctionnaire et membre d'une corporation à Bonn, où il étudiait le droit, portait Ja n- sa chair toute cette barbarie germano- Bave. Il se destinait au fonctionnarisme, mais miii aspect, ses mœurs, étaient d'un puissant àuerrier brandbourgeois. Ouel mangeur !

Quel buveur ! Quel fumeur ! Rien n'embariasse de tels estomacs, Très grand, très la

raide, le geste saccadé, la \<>i\ basse et Brave, la moustache blonde en croc comme celle de l'empereur, il portait ses cheveui coupés ras et brossés violemment en arrière :

son nez s'avançait droit ; ses yeux d'un bleu d'acier avaient des reflets fauves et froids : son maxillaire supérieur était proéminent, ses joues plutôt creuses. Toutefois, dans le menton, il avait une fossette ; sur cette figure brutale, cette fossette adoucissante semblait un non-sens.

Le second de mes a camarades v> venait de Munich. 11 étudiait l'histoire. Les Bavarois diffèrent du tout au tout de l'espèce prussienne, si récente et exclusivement guerrière. Petit et déjà bedonnant, avec un nez épaté dans une figure bien grasse, il semblait un poupard apoplectique. Sur son crâne très gras moutonnait un léger duvet blond châtain, avec une petite houppe dans le milieu. Quand il portait l'uniforme, ses bons yeux cherchaient une expression de dureté. Au fond le service l'ennuyait, mais il ne le savait pas trop.

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Le troisième était un Savon. Jl portait une raie au milieu d heveux cosmétiqu

collés sur le C'était un - um. la

■*. les yeux un peu injectés, nerveux et sec une «ourle moustache noire fournie. Il étudiait L'économie politique pour faire le contentieux chef boa père, industriel de La

ne crois pas que j'abuse, en I ianl iDtre attention sur a trois figures de la ■ouv< Ile Alli I ►ans le P u. vous

! n naître le \ i tre et la M>lidit>

de L'empire. Il est le résultai d'une antique formation militaire <|ui ie lie aux origines Mêmes de l'Etat brandbourc --ion.

L'âme de ce |eim<- homme fut disciplinée, il I a cent cinquante ans, pai Le grand FréaN et, hier encore, ren par le- triomphes

iiillaume Le < rrand. — I ifl demi

un peu partie ulariste, mais prend mal mus-

cience de ses différences. — Quant au Saxon, il est impérialiste, parce que son père est bien tu du gouvernement et que l'essor industriel lui profite.

Ni les uns ni les autres n'étaient de mauvais garçons, mais il n'y avait aucun moyen que je m'entendisse avec eux.

Le juriste prussien, ce soir même, à la brasserie, nous raconta qu'on avait eu la preuve d'un infanticide dans son quartier. La police recherchait la coupable. Sur divers indices, il avait tout de suite soupçonné la bonne de la maison :

— Quand elle est entrée chez moi, hier ou soir, je l'ai forcée de m'avouer sa faute. C'est une fille que personne n'aurait soupçonnée. Elle s^est mise à mes genoux. Vous le pensez bien, je n'ai pas tenu compte de ses supplications, et ce matin, ù la première heure, j'ai averti la police.

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— Mais, lui dis-je, c'est abominable î

Il me pria de mesurer mes paroles. Le Saxon et le Bavarois s'interposèrent.

— Je vous jure. Lui dis-je, que j'essaye de vous comprendre. Est-il possible, qu'à dénoncer celle pauvre fille, vous n'ayez pas senti une grande honte? r»ien ne vous obligeait d'intervenir.

— Rien ne m'obligeait ! Ottc fille a commis un crime cl vous voulez que je me ta Non, Monsieur, il faut que justice <c fasse. C'était mon devoir de la dénoncer, cl j'ai Accompli mon devoir.

— N'avait-elle pas assez souffert, dans son »isse de se trahir? Elle n'eût pas recommencé, vous pouvez le croire. La peine Bera terrible, si les juges n'admettenl pas de circonstances atténuantes !

— Les circonstances atténuantes? \li I que \oila Lien une invention française, et que

ce terme m est odieux! Comme s'il pouvait y avoir des circonstances atténuantes! Mais c'est absolument contraire au sens de notre droit. Ln crime est un crime, et la loi veille pour le punir.

Le Saxon et le BaAarois ne le contredirent pas. J'étais révolté. 11 y a chez les Allemands un manque de nuances, qui offense et dégoûte une àme de formation française. Et si les circonstances, comme c'est le cas en Alsace, donnent la supériorité de fait à de tels hommes, c'est une intolérable humiliation. Je ne pouvais pas m'en expliquer à fond devant mes « camarades ». Les irritations d'un vaincu les eussent étonnés ou peut-être réjouis, sans les dominer.

Je les quittai avec le plus vif mécontentement de moi-même, qui avais inutilement laissé percer ma réprobation. Je me blâmais qu'ayant mis à jour nos générosités et nos

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délicatesses françaises, je n'eusse pas su faire éclater, de\ant eux, notre supériorité. Je me

prochais d'avoir découvert la France vainement.

Je dormis très mal. Un à un. je reprenais les incidents de la soirée. Je méprisais, à crever le cœur, ces Allemands, mais je jugeai nécessaire de purifier et de gonfler en moi— même la source française, pour ne la laisser jaillir qu'aux heures favorables. Je me promis de ne pas mettre « mes camarades » en opposition avec nos manières de sentir et de juger, qu'autantqu'elles LeurpermeUraientde

liever le lourd poids prussien el de respirer plus largement. — J'imaginais que le Bavarois et le S;i\<m pourraienl garder, d'une minute de large respiration, une tendance à lu fuite liors de la < iermanie.

Le lendemain, au réveil, en arrivant à

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l'écurie, je trouvai, sur la paille, un vaste ei sale grouillement fait de deux énormes Allemandes et de trois sous-oiïiciers ivres. L'un d'eux était celui-là qui avait imité ma signature, et de qui la rancune m'avait valu mon séjour à l'hôpital. Si j'avais appliqué les principes du juriste prussien, je n'aurais rien fait que n'attendissent ces brutes. Cependant, je les réveillai pour les avertir que je venais de croiser l'officier de ronde dans la cour.

Mon procédé me gagna leur confiance, au point qu'étant devenus malades des suites de leur débauche, et comme ils ne voulaient pas entrer a l'hôpital, qui leur aurait valu une mauvaise note, c'est à ma science qu'ils recoururent. Je les soignai, malgré le règlement.

Ils demeurèrent stupides delà magnanimité de « l'Alsacien », et je puis dire que leurs grossières âmes, dans la mesure où elles pos-

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