‹ Au service de l'AllemagneChapitre 35 sur 40 · MES RELATIONS \\ I < LES SOLDATS · texte numérisé non relu

MES RELATIONS \\ I < LES SOLDATS

cédaient la faculté de généraliser, furenl conjuises par la c< gentillesse » française.

Dan-* ce temps-là, au cours de l'exercice, m sous-officier arracha l'oreille d'un simple soldai. Elle pendait, retenue par un lambeau. .' malheureux hurlait et saignait.

Son bourreau, épouvanté, lui dit :

— Monte \ ite te faire soign

Le lieutenant survint et. mis au courant, «'ordonna de suivre le blessé. \u boul de ring! minutes, le médecin-major accourul :

— Colossal! colossal! soufflait-il.

Il se mit à noter la plainte du pauvre liahlc Puis, se tournant n ci ^ moi cl vers lcu\ éclopés présents, il nous dil avec I i pression la plus sévère :

— Que l'un de VOUS ail le malheur do raconter quoi <jue ce ^«>«t. dans la caserne ou bien en ville, il esl 9Ûr de son affaire... Vous

2l8 AU SERVICE DE L'ALLEMAGNE

surtout, volontaire Erhmann, je vous rends responsable si rien s'ébruite dans la presse.

Les brutalités sont traditionnelles dans l'armée allemande, ce qui s'explique par la servilité des basses classes : où manque le ressort de l'honneur, on essaye nécessairement le ressort du bâton. L'empereur les réprouve. Nos chefs craignaient donc deux fois le scandale : à cause du public et à cause de l'empereur. Il m'était facile d'avertir les journaux sans me compromettre. Devais -je saisir cette occasion de jeter du discrédit sur mon régiment?... Au milieu des difficultés que le service allemand propose a un AJsasacien, je pense que la règle, c'est d'abord de nous attacher à tout ce qui entretient et augmente notre propre sentiment de notre dignité. Je résolus de ne point faire en fraude un rapport où je ne voyais qu'une petite utilité et, par suite, quelque vilenie. Si Ion

mi - m i \ 1 1« «s ATi inh a i 9

était ''ii guerre, je tirerai- gi -se

depuis h- = sur La batterie alle-

nde où j ai sen i i. ; que je coutj

i ouvert un risque, mais, dans L'état dea

.•h »ses, je n'accepterais pas de communiquer

état-major français ce que j'ai pu voir et

à ma qualité de volontaire alsa-

En vérité, ce n'es! pas par Lr<»ùf que j mine des problèmes aussi subtils. Nous autres, Alsaciens, nous ne sommes pas faits pour coupei I - cheveux en quatre. Ni la maison mon père, ni mes études médicales ne m ont [H a la casuistique. Si Le sort

m'avais permis de mener L'existence facile <l un étudianl de Nancj ou du Quartier Latin, je

sûr de dialectique

intérieure. Mais i est une conséquence de La

Liéance politique et milil rue des gens

tples ni leur bonneur, on bien,

pour le sauver, doivent raisonner et distingue] — Cette obligation, voilà le véritable toui ment d'un vaincu.

Un Parisien formé par des scènes d< tbéâtre se figurera que ma pire souffrance était, au cours des longues sorties, quand ma batterie entonnait le chant : La garde sur le Rhin (die Wacht am Rhein) .

Un appel résonne comme l'écho du tonnerre, Comme un cliquetis d'armes et comme le bruit des

[vagues :

Vers le Rhin, vers le Rhin, vers le Rhin allemand! Qui veut être le gardien du fleuve?

Chère patrie, n'aie crainte, La garde est fidèle et sûre, La garde le long du Rhin.

Qu'importe que mon cœur se brise dans la mort,

Tu ne deviendras pas Français, Car l'Allemagne est riche en sang de héros,

Comme ton cours l'est en eau.

Chère patrie, n'aie crainte, etc.

\n 18 lii i \ l ion- \\ i < i i - SOLDATS 221

Ou bien si l'on chantait : O toi, ille-

'it(if//te :

) toi, Allemagne, il faut que je me mett»* en marche! J \llernagnc, tu m'emplis de cours

Je veux brandir mon l'pée.

Mes halles vont siffler.

Je les destine au sang français !

J'allais, muet, au rythme de leurs chansons. Nulle bouffée <l<1 sang no montait à mon visage et mon cœur demeurait calme. Vies pas étaient emboîtés dans leurs pas mes bras dans leur balancement, mais mon fine se fermait à leur cadence ennemie. << Ils peuvent, disais-je, m'enchaîner, nu1 traîner et faire de mon corps un chiffre dans les Ijordes qu'ils animenl contre ma patrie: leur captif ne s'inventera pas d'inutiles scrupules ». Ma raison, jamais, ne perdit -.1 magistrature, roujours elle me répéta c'est ici le malheur et la faute d<i la France, ce

n'est point ton péché. Et parfois elle introduisait dans l'hymne germanique le serment séculaire de l'Alsace a la France :

Chère patrie, n'aie crainte, La garde est fidèle et sûre, La garde le long du Ilhin.

CII\PIÏT»K Mil

I \ l ETE Dl l l.MI'i lil I R

Dans les premiers jours «I»' janvier, un man. îi peine I exercice était-il commencé que : lieutenant cria :

— \ olontaire Ehrmanri !

Toute hi nuit j'avais prévu cet appel... ►unis, je m arrêtai à trois [>;i-, et, les eux mains sur la couture tlu pantalon, j at— «mli-.

— Je \«»iis ai rencontré bier en civil. M<ti-vous, -i je \mi- rencontre une deuxième os, je \«ms dénonce. Cela vous rapportera ■ois jours <l<v prison.

Il aurait pu ajouter que je perdrais mon

privilège de médecin et devrais servir une année entière comme simple soldat.

Avant de s'éloigner, plein d'un orgueilleux mépris, il ajouta :

— Vous n'êtes donc pas fier de porter cel uniforme ?

Ah! non, je n'en étais pas fier!... Au sortir de la caserne, — et depuis novembre nous sortions presque toujours à six heures, — j( ne vivais pas que je n'eusse repris mes vêtements civils. L'uniforme m'aurait privé de toutes mes relations. Il n'y a point une digm famille alsacienne qui descende à recevoii un individu habillé en soldat allemand. Ces d'une haute moralité. On désire que le; jeunes gens demeurent au pays et, par suite qu'ils se soumettent à la loi militaire, mai; on les prie de cacher cette nécessité hon teuse. Moi-même, je me préoccupais que per sonne ne me vît en tenue; je voulais' que

I \ I I I I M II MPER1 l R

ion temp- p ss nul honnête homme ne ardât du docteur Ehrmann une image prusîenne. Qu'il s agit d'une réception entre Uidiants. d un.1 -ninV U la brasserie alsaienne, voire d une emplette chez un fourniseur, mes pieds eussent refusé de me porter vaut que je me fusse dévêtu. Je m'habillais D civil, même pour rester toul seul dans ma bambre.

Sur i e point, quelles < j u . • fussent les mes de l'officier, je n<i pouvais pas céder. e vis tout de suite que j«i touchais à la prinipale difficulté d<> mon volontariat...

Mais avant de vous raconter le dotai! de

«tte crise je dois vous décrire, pour que

Dus connaissiez mieux le monde grossie]

>ù je vivais, la journée caractéristique du

- m\ ici. qui est la fête de l'empereur.

I religion fail une partie principale de la

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discipline de 1 empire ; niais il faut s entendre : à 1 école, la figure du Christ demeure au second plan derrière la figure impériale; les petites gens satisfont leurs besoins religieux avec les croyances socialistes ; les universitaires et les officiers s'en tiennent a. une indifférence, que leur souci des convenances masque. Seule la morale protestante conti nue de vivre, parce qu'elle est adaptée étroitement à la race ; elle prône l'application au travail, le sentiment de la responsabilité devant Dieu et devant les hommes, l'horreur des péchés grossiers : elle laisse sommeiller J esprit de générosité, de sacrifice et d'héroïsme. Tous les dimanches, musique en tête, le.' soldats protestants sont menés au temple e les catholiques a léglise. Le jour de la fêto de l'empereur, nous avions été convoqué* pour dix heures à la caserne, et, vers di> heures moins le quart, quelques soldat;

i.\ îiVn-: de i. iMi'i nu i i.

commençaient seulement d Apparaître dans our, quand le lieutenant accourul tout iilllc :

— Le service est avancé d'une demi- heure. Fait cendre rapidement les hommes.

Quand non- fûmes sur deux rangs, d'un coup d'oeil il qous mesura et, coupanl d main l'ensemble à peu près par le milieu, il

nmanda :

— \ilr droite : protestants; aile gauche : jatholiques. Pur file à droite, marche!

Il cria au SOUS-officier :

— Conduisez les catholiques!

Lui-même, il se mil sur le flanc des a prolestants », el le tout partit avec des rires Itoufles.

L'événement de la Fête, c'est une représentation théâtrale et un bal organisés par l«v

ment.

Nous nous réunîmes à huit heures du soir, dans le quartier de Neudorf, à l'Alcazar, énorme salle, construite en bois pour contenir deux mille personnes. On commença par une pièce en vers, où les volontaires jouaient les principaux rôles. La fanfare du régiment servait d'orchestre. Le colonel, les capitaines, les lieutenants et leurs femmes occupaient une vingtaine de chaises au premier rang. Mais une surprenante incongruité vint tout gâter.

Notre « camarade » le Saxon tenait le rôle de jeune premier. Gomme il s'agenouillait devant une bergère pour lui déclarer son amour, son maillot, qu'il avait loué chez un fripier, brusquement creva sur sa cuisse gauche, face au public. La femme du colonel, qui occupait le premier des fauteuils d'honneur, se leva, en rougissant d'indignation, et, après une incertitude, se dirigea vers la porte. Sa

LA FET1 ni l EMPEREUR

oisine, la femme du commandant, hésita, uis comprit et suivit, avec le colonel et le Immandant. La femme du capitaine ne juea pas pouvoir demeurer. Le lieutenant ortnisateur, qui se tenait a la droite de la Bène, rougit terriblement et se jeta dans îur sillage. Les acteurs s'interrompirent. Ce il une confusion générale l o instant api ! lieutenant revint.

— Vous m'avez joué un vilain tour, dit-il

i Saxon. Le commandanl m'a interpellé à

ause de votre maillot. Quelle sotte histoire!

Il me semble «jue des Françaises auraient i plus convenable de ne rien voir.

Le beau monde ayant disparu, la re] citation ne fut pas reprise. Les soldai- enivèrent les chaises. L<" bal commença.

Les lieutenants premiers valsaient avec les immes des maréchaux des logis chefs, ci les olontaires avec les femme- des autres sous

oificiers. Au bout d'une heure, chaque lieutenant s'installe sur un banc devant une table. Autour de lui s'asseyent les sous-ofïiciers et leurs femmes, les soldats et leurs «fiancées». Le lieutenant reste digne, boit, fume et, par instants, se lève pour un nouveau tour de danse.

Quant aux volontaires, leur mission officielle est de payer du vin dune certaine qualité aux sous-officiers et à leurs femmes, de la bière et des cigares aux soldats et à leurs « fiancées ». Je plus beaucoup en offrant un petit repas : des saucisses avec du raifort.

Je ne me fais pas plus délicat que la moyenne des hommes, mais quelle plate trivialité! A Paris, vous avez, j'en suis sûr. des bals publics charmants de vivacité. E sans aller à Paris, nos petites Strasbour geoises sont fines, nerveuses, et, près de;

LA I T if DT L'BMPEfU

Ulemandes, des aristocrates. S'il arrive p - que l'une d'elle laisse séduire |

un professeur, par un officier, elle le civi— li-.\ 1 in. Une vers la France, mais de tels >rds -ont tirs raie-, et ce bal ne réuu le- Ulemandes. Le- braves époui s sous-olîîciers \ coudoyaient, -ans en souffrir, des filles de la pluie.

femme d.- notre maréchal de- uni

un se blonde, les yeux très blancs et les

;\ violemment tir chignon.

v noire, elle portait un

•leur- s iolet, ;>\ «v«- un des ont

• j.iun mi . ( ' était son costume de

noir d'abord <vt *\r\i\ fois élargi de

riolct. puis de jaune. Encore allait— il craquer.

Liants de j>e.m rouge, à un -<^ul

bouton, elle avait dû choisir la plus foi

pointure masculin* S - jambes, vêtues de

bas blancs, semblaient terminées contre terre par deux sacs noirs. Mais, tout de même, qu'elle s'arrêtât de danser, de s'empourprer et d'éclater, c'était une Walkyrie. Ce type lui vient-il d'un nez charnu qui tombe assez droit, de narines pas du tout retroussées et d'une lèvre supérieure qui ne s'arrondit point? L ensemble est militaire. On lui voudrait, plutôt que l'éventail, la cuirasse, la lance et le bouclier.

Ce n'est point à dire que dans ce bal toutes fussent laides. Mais, dans l'atmosphère germaine, un Alsacien éprouve des sensations indéterminées qui viennent gâter son plaisir.

Le fourrier avait une jolie jeune femme él quand je la faisais danser, elle me pressait contre son cœur. Après la valse, elle s'assit à ma droite. Son mari, à ma gauche, me couvrait de compliments, pour que je lui versasse à boire. Cependant, avec ses yeux

I \ I III DE l I Ml'l RI » H

ndres, elle me disait, en me saisissant l«> 'non :

— Attention, il est très jaloux. Demandez icore des bouteilles. S'il e^l une fois uris,

,i inoffensif.

Mais pouvais-je offenser un homme de qui

dépendais pour le service d*écurieP

Tous les officiers étaient partis. Les soldats,

ros cigares à la bouche, vociféraient

\<>missaient. (lelte personne blonde pou--,)

>u intérêt pour mes cheveux brun-- d'Alsa-

icien, jusqu'à esquisser une syncope. J'en

rofîtai pour gagner la porte et le grand air.

(il \nriu: \i\

.il Mi: l M- \< « BPTER Di Hl'j.lMl \ l

L'obscurité et le froid de l'hiver m'avaient permis de cireuler en civil, presque chaque is nouvel accident. Mais, au début d • mars, comme j'accompagnais au théâtre des dames de ma famille, je me renconu nez à nez i\ ec mon lieutenant.

Pendant un quart de seconde, j'hésitai à le saluer : un liomme en bourgeois relève-t-iJ de la hiérarchie militaire? Hais à feindre de l'ignorer complètement, je l'aurais trop exaspéré. .1»' lui tirai mon coup de chapeau \r plus poli.

Mi nuit fut détestable, Je supputais tes

conséquences de cette rencontre : une année, douze mois de service! Vous pensez si je me reprochais mon audace !

La journée commença par les exercices du manège. Le lieutenant me regardait d'une façon sévère, il me reprochait la moindre faute; ses expressions étaient dures tout en restant polies. Je sentais qu'il nourrissait sa colère et qu'elle allait éclater. Moi-même, de minute en minute, je m'énervais, tout en m'efïbrçant de le satisfaire. Sur ces entrefaites arriva le commandant.

— Eh bien! Monsieur le lieutenant, vos hommes ont-ils déjà commencé la voltige?

— Oui, Monsieur le commandant, un peu.

Ce n'était pas exact. Nous n'avions fait

aucune voltige.

— Je vais voir cà, dit le commandant.

Alors le lieutenant appela un soldat qui

ratissait la sciure du manège et lui dit de

JE ME FAIS \< I I PT1 R Dl RÉGIM1 ni ■

nener un cheval nu pclit l rot en le tenant

ar la bride.

Chacun des quatre volontaires devait sucessivement sauter la bête par derrière.

Le juriste prussien et l'industriel saxon se laussèrent jusqu'à la croupe sans atteindre i l'enfourcher. Quant au gros petit Bavarois, I fut pleinement ridicule. Le commandant ivait pris un air plutôt rogue, et Le lieutelant s'inquiétait. C'étail mon tour. Uors, sentant la nécessité de montrer ma bonne volonté et «Tailleurs aidé par mon énervenent, je pris un élan qui me mena jusque iur I encolure, si rudement que l' animai céda 't que je culbutai sur la tète dans la pous- • mmandaiit mit son cheval au petit trot, en même temps que le Lieutenant accourut, et le soldat lâcha tout pour m'aider. Mais

étais déjà sur mes pieds.

Il le commandant dit :

— Sacrédié ! ceci a été un saut !

Le lieutenant rougit de satisfaction. Le

commandant n'ajouta plus un mot, il me regarda une nouvelle fois avec sympathie et prit congé du lieutenant par un sourire gracieux :

— Merci beaucoup, Monsieur le lieutenant. Il tourna son cheval et partit.

Le lieutenant, bientôt, se trouva auprès de moi, comme par hasard, et d'une façon raide très militaire, il prononça :

— En civil, il sait sortir, mais sauter, il sait aussi.

Cela voulait dire : je te pardonne.

Et de plus belle je sortis en civil.

Les autres volontaires me rencontrèrent souvent. Ils étaient jaloux et ils disaient avec une ironie dangereuse, assez voisine de La perfidie :

.11 Mi: I US \< I I l'T! R IH RÉGIMl M

— \h! oui, Ehrmann, celai qui sort tou- - en ci\ il.

En tant <jue loyaux Germains, ils finis- :l par sentir là 1 1 1 1 * - I auront.

— Nraiment, hrmann, disaient-ils, 'uniforme semble par trop lui déplaire.

h Je m'appliquais

turner toute familiarité, en même temps Leur donnei par chacun de me- prm dus \i\.' idée '!<• la courtoisie fi

\u cours (I un où nous a\ ions, au*

mêmes t. par

nèmes s, dans une machine

jiii nous mettait tous sous les mêmes rou-

Cini\. et bien que nous fussions du même

âng social, pas h ri«" minute |<4 u<- cessai de

i©n naître qu'ils étaient des étrangers. El chez

néme - obsession. \ des rap-

nt devant moi, à il

2r\() W SERVICE DE L'ALLEMAGNE

« Je te l'avais dit... nous l'avions deviné » je me voyais l'objet inépuisable de leurs entretiens. Parfois leurs sentiments émergeaient en ma présence :

— C'est égal, Ehrmann, il est difficile d'imaginer un homme aussi peu militaire que vous.

,) exécutais les divers exercices d'une manière très satisfaisante, mais ils ne pouvaient accepter mon allure sans raideur, mettons le mot qui éclaire tout, ma souplesse de troupier français. Leur groupe m'observait quand je venais les rejoindre, et, comme on dénoncerait un scandale, ils s'exclamaient :

— Non, Ehrmann, cette manière de traverser la cour!...

Ils souriaient, mais en même temps, ils étaient agacés, et moi j'étais fier, car ce qu'ils voyaient de différent dans ma manière d'être,

JE MB FAIS ACCEPTER DU RÉGIMEN1 '.> 'j l

3 disaient à chaque fois que c'était français. insi j'étais invité à me surveiller de t

pour être digne dune si magnifique délation que les circonstances me donnaient, ujour le jour et dans le train-train de la e, il me sembla (jne le- Français se distinjent des Allemands par L'urbanité, le goût ?s nuances, la générosité, entin l'altruisme, n Français est un individu pour qui les aues individus existent.

urellement. il ne m est rien arrivé d h/nque ou simplement de mémorable: non- >mme- sur le médiocre terrain d'une caserne i temps de paix : m titre d'indication,

pin- vous rapporter quelques menus inciiots qui produisirent un grand effet sur n camarades •> allemands. Par exemple, un atin. quelques secondes avant l.i revue, j<* i que l'un d'eux s Y-tant appuyé contre un ur avait le dos poudré de plâtre. Le temps

manquait pour qu'il courût à sa chambré prît sa brosse et se dévêtit. Il allait et puni. En quelques coups du plat de ma ma et puis en frottant sur le drap avec me mouchoir, je fis envoler cette poussière bla che. Mon obligeance les stupéfia, et cornu il n'était pas question, je puis le dire, que manquasse de fierté, ils doutèrent de lei rogue sans-gêne.

Aussi bien, sans que je recherche si c'e un manque d'âme ou un défaut de cultur il y a, chez les Allemands de la meilleu bourgeoisie, une rudesse de mœurs, une m nière pesante qui semblerait d'une muflei scandaleuse aux Français les moins dégrossi

Dans ce temps-là, le roi de Saxe anoblit père du Saxon. C'est une des pensées l'empereur de faire entrer les industriels les banquiers dans l'aristocratie, d'attach à l'état des choses les gens qui ont de l's

JE Mî FAIfl ACCEPTES DU RJÊGOfElfl J|.'i

ent. Dernièrement, un marchand de cuir erni a ('té nommé baron. Notre camarade èçut de son père un panier de vin du Rhin. I voulut que les volontaires de sa batterie inssent le boire cbez lui. Ce qui vous semlera moins naturel qu'à des estomacs allelands. il mit cette dégustation à onze eures. c'est-à-dire immédiatement avant le éjeuner. Je n'avais pu décliner sa polîtes* îais comme je me souciais peu de l'inviter

mon tour, j'apportai un gros pâté de lande. Ils n'en revenaient pas et ils disaient :

— Voilà comme nous imaginons le Fran- H- aimable.

Les pauvres faits que je rapporte se planent dune façon plus naturelle dans la ttte de n<>s rapports qu'aujourd'hui dans K>n récit. Ils ne contenaient rien où personne ùt voir des avances, rien qui diminuât un îen. J'étais un camarade loyal, j'aimais

2^i AU SERVICE DE L'ALLEMAGNE

à rendre des services et, pour tout dire, à prendre barre sur les autres en leur devenant utile; certes je n'étais point le compagnon avec qui l'on se déboutonne pour des beuveries et des bavardages. Je rendais impossible toute familiarité, mais puisqu'il fallait qu'il y eût entre des Allemands et un Alsacien des rapports, ne convenait-il point que je les forçasse à m'estimer et que, par une série de faits, je les convainquisse de la qualité supérieure de nos mœurs ?

Dès le quatrième mois, je puis dire que la France avait partie gagnée au régiment. Ma situation fut consacrée lors de l'inspection de ma batterie par le général.

\ous lui fûmes présentés au manège. Tandis que le colonel, le commandant et le capitaine faisaient le cercle pour écouter le général, notre lieutenant, un peu rouge, très raide et d'une voix plutôt étranglée, com-

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