CHAPITRE III
l SE PARISIENNE in \l .S M E— 1 0RB MM
Deux jours se passèrent à Lhadre— Basse, sans que personne, en dehors de Mmed'Aoury, ont un soupçon de l'aventure. Le Sourd ramena lui-même de Nancy des épées, des pistolets et deux jeunes Parisiens accourus pour lui servir de témoins, ('/est à \ane\
aiement que nous prîmes le médecin, car il eûl t'vt»; malhonnête de compromettre dans cette affaire aucune personne du pays annes
Le mercredi matin, réunis tous quatre autour d un feu de bois dan- un salon du rezde-chaussée, nous attendions M. Ehrmann, qu une voiture du château étail allée prendre
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à la gare. Heureux d'une bataille, Le Sour et ses deux témoins s'ébrouaient comme s'i étaient nés pour mordre et pour déchirer ; ils s'amusaient à se porter a tour de rôle dans leurs bras et faisaient mine de se jeter par la fenêtre.
— Pierre, disaient-ils, j'espère que tu vas lui donner un joli coup d'épée, à ton Allemand querelleur.
Je fus enchanté, quand le bruit des roues sur le gravier du parc les interrompit.
Selon le désir de Mm< d'Aoury, je reçus au perron M. Ehrmann. A ma grande surprise, il n'avait avec lui qu'un seul ami. Il me le présenta.
— M. le docteur ANerner... Le second témoin, sur qui je comptais, est depuis deux jours dans la montagne ; on n'a pas pu le rejoindre... Vous vouliez le secret, je n'ose madresser à personne d'autre... En Alsace-
i \| PARISIENNE IN ALSACE-LORBAINE \~
Lorraine, c'est une des tristesses, nous sommes obligés de nous défier. Mais vous ave/ bien, ici, quelque jardinier sur. un ancien soldat...
— Pardon ! lui dis-je, c'est pour moi que vous vous êtes mis dans cet embarras : si vous yconsenlez, j'aurai L'honneur de vous assister.
Je conduisis M. Ehrmann dans ma cham- . et les quatre témoins se réuniront.
Quand les cbances étaient déjà fort mil une solution pacifique, une circonstance fini tout aggraver. Les témoins de Le Sourd iraienl que leur ami n'avait pas pu vouloir offenser M. Ehrmann, dont il Ignorait la situation militaire: qu il s'était borné a formuler une opinion générale... Là-dessus, M. Werner interrompit, li s'écria qu'il avait fait -ou temps à la caserne allemande et que ■ < l'opinion >> de M. Le Sourd, parfaitement injustifiée, oflensait tous les Alsaciens. — Si
nous ne voulions pas d'un second duel, il fallait hâter le premier.
C'est parfois plus désagréable d'assister un ami que de se mettre en ligne. Celui qui va sur le terrain pour son propre compte n'a pas le temps d'avoir de l'imagination. Et s'il déteste son adversaire, il tient, ou tout au moins il cherche un magnifique plaisir.
Nous avions décidé de gagner le lieu du combat par petits paquets, pour ne pas attirer l'attention du château. Tandis que je traversais le parc au coté de M. Ehrmann, moi et les autres Français mêlés à cette affaire, nous me paraissions de fort vilaines gens, des gens à la fois corrects et injustes, ce qui est le pire. Il me semblait qu'en pourchassant un Alsacien, nous aggravions d'une manière odieuse le traité de Francfort.
Nous arrivâmes les premiers au rendezvous. C était, sur la lisière des bois du parc,
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une allée assez large, qu'une simple porte de lattes basses séparait des champs. Appu à cette barrière et fumant des cigarettes, nous ipions le haut d'une faible ondulation.
terres sablonneuses de Lorraine sont si dures (ju'à trente mètres de no> ., cinq buufs. \achcs et chevaux attelés ensemble traînaient péniblement une charrue. Mors ce groupe laborieux, rien ne vivait sur la triste plaine. Cette terre d efforts faisait un digne cadre à pensées mécontentes : elle m'aidait si bien à les sentir que je ne doutai point qtrVlle m' provoquât chez Le Sourd un sentiment large et vague de respect pour un vaincu alsacien-lorrain.
Au dernier moment, et comme <>n llambail les épées, je le pris à part cl lui di< avec / de violence :
— S'il arrive malheur à ■ ;e garçon, je ne vous reverrai de ma \ ic.
5o AU SERVICE DE L'ALLEMAGNE
— Bah! dit-il, je suis trop bon frère pour mettre un revenant dans le parc de ma sœur.
Plutôt qu'humanité, n'était-ce pas fatuité d'homme de sport? Il se persuadait qu'un provincial devant son épée ne serait qu'une mazette. Eh bien! ce ne fut pas long. A peine avais-je dit le sacramentel : « Allez, Messieurs! y> que j'eus le plaisir de les arrêter. Le Sourd avait une piqûre au bras.
Ses deux camarades s'amusèrent un peu, tant son dépit paraissait. Pourtant il dit d'un fort bon air qu'étant à Lindre-Basse et en quelque sorte chez lui, il voulait tendre la main à M. Ehrmann, qui n'y lit pas de difficulté.
Je me hâtai de prévenir au château Mme d'Aoury. Elle revint avec moi vers le kiosque où l'on pansait son frère.
— Monsieur, dit-elle au jeune Alsacien..
(M PARISIENNE EN \l.s \CE-LORH \ï.\ I. .)I
non fr<Ve s'est conduit comme un étourdi. *our sa punition, il ira se coucher, et vous nous ferez le plaisir, ainsi que votre ami, de léjeuner ici.
M. Ehrmann parut plus troublé par la tonne grâce de la sœur qu'il ne l'avait été )ar la mauvaise grâce du frère. C'était décilément un très aimable jeune homme.
Il fut convenu qu'on ne souillerait mot
levant les autres invités. On inventa toute
fable pour expliquer que Le Sourd
it foulé le poignet. Elle prêta, durant le
léjeuner, à mille fantaisies amusantes pour
es personnes qui étaient dans Le secret. Cette
ténible histoire tournait à la mystification
bateau. L'Alsacien devint tout naturel-
at i»1 héros de la journée et, ma foi, il
e méritait, car il éleva tri lisiblement le
on uY La causerie.
Dans re déjeuner, comme depuis trois
jours, M"" d'Aoury m'émerveilla par le génie réaliste que j'aperçus derrière ses grâces el ses lassitudes. Quel regard juste et de petite bête de proie peuvent lancer de beaux yeux qui semblent faits seulement pour l'amour I Jusqu'alors, je ne l'avais vue qu'à Paris où nous sommes trop divertis pour bien apprécier les êtres. Eux-mêmes, d'ailleurs, ils y sont atténués, mal en valeur. Mais dans cette vieille ferme, ennoblie par de méchants portraits de généraux et qui n'évoque que des activités simples, une telle jeune femme, par son isolement même, prenait de l'accent. Dans la série des propriétaires de Lindre-Basse, elle faisait un épisode de beauté. Vu cours de ce repas, les ondulations de son esprit, son tact, sa souplesse en un mot, son art, que des Allemands eussent méconnu et traité de frivolité, se faisaient encore plus sensibles