CONVENTION DES COMMISSAIRES D'ÉCOLES DU DIOCÈSE DES TROIS-RIVIÈRES
Discours prononcé aux Trois-Rivières le 28 août 1913.
Monseigneur, (1)
M. le Surintendant, (2)
M. le Maire. (3)
Messieurs,
Cette imposante réunion de commissaires d'écoles est la huitième du genre, depuis l'inauguration, à Laprairie, le 1er septembre 1912, de cette série de conventions régionales dont celle de ce jour est peut-être la plus importante et par le grand nombre des représentants des pères de famille ici réunis et par le nombreux clergé, son premier Pasteur en tête, honorant de sa présence ce congrès d'éducation. Vous avez, MM. les commissaires, laissé un instant vos champs tout débordants de précieuses moissons, afin de vous occuper sérieusement de cette autre moisson future, et combien infiniment plus digne de votre attention: je veux dire l'enfance et la jeunesse. Vous êtes venus ici nombreux et de loin, soyez-en félicités de nouveau. Vous êtes venus de tous les points des trois beaux comtés de Champlain, St-Maurice et Maskinongé, qui forment ce diocèse des Trois-Rivières si fécond en œuvres sociales. Vous êtes fiers de votre diocèse que le majestueux St-Laurent limite au sud et que les splendides Laurentides couronnent au nord; vous êtes fiers, et avec raison, de sa magnifique organisation
(1) s. G. Monseigneur F.-X. Cloutier.
(2) L'honorable P.-Boucher de LaBruère.
(3) M. J.-A. Tessier, M.P.P
religieuse dont la vie si bien ordonnée se répand dans quarante-huit belles paroisses et sept missions où se dévouent sans compter 132 prêtres au service de 90,000 catholiques; vous êtes fiers aussi des beautés et des richesses naturelles dont la Providence a comblé ce beau coin de la province de Québec, votre petite patrie, celle qui occupe toujours la meilleure place dans le cœur de Fhomme. Vous avez raison, messieurs, d'en être fiers, d'être fiers aussi de ceux qui Tout créée cellule par cellule, je veux dire vos vaillants évêques et votre généreux clergé. Permettez-moi ici de laisser parler mon cœur et de vous dire que moi aussi, je suis fier d'être enfant du diocèse des Tr ois- Rivières, et que jamais, là-bas, au pied des Laurentides, je ne revois le joli clocher de Sainte-Ursule, sans une vive émotion.
Et messieurs, vous voulez développer et enrichir de toutes façons ce magnifique territoire où un demi-million de nos compatriotes pourraient vivre à l'aise dans une réconfortante atmosphère religieuse et sociale. Mais vous comprenez que pour assurer le progrès moral et matériel d'une région, le concours de l'école est indispensable. Et voilà pourquoi, messieurs, à l'appel de votre vénérable Évêque, et sur l'invitation de M. l'inspecteur Beaumier, vous vous êtes rendus ici aujourd'hui en aussi grand nombre; voilà pourquoi aussi, M. le surintendant, malgré ses nombreuses occupations, vient vous rappeler, de sa parole autorisée, vos graves devoirs comme officiers de l'Instruction publique et représentants des pères de famille en matière d'éducation.
Vous avez raison, messieurs, jamais la nécessité d'une solide éducation chrétienne, renforcée d'une bonne instruction primaire, n'a été plus grande qu'à notre époque. En effet, ce n'est plus comme au temps jadis: d'une part, les théories religieuses et sociales les plus erronées circulent jusque dans nos
campagnes les plus reculées; d'autre part, le développement économique du pays réclame une instruction plus complète^ mieux appropriée qu'il y a seulement une trentaine d'années.
Nous aimons tous profondément notre province française et catholique; nous souhaitons ardemment de la voir, et à tous les points de vue, à la tête des autres provinces du Canada, et ce désir est noble et légitime. Mais pour que ce rêve se réalise, il faut savoir donner à nos filles une éducation telle que la famille canadienne se perpétue avec ses traditions de courage, d'honnêteté et de patriotisme; il faut savoir, à la campagne, attacher nos jeunes gens au sol, et, à la ville, les orienter vers les métiers, les industries et les commerces les plus rémunérateurs. Mais dans les deux cas, une solide instruction primaire est indispensable. Par elle, nous arrêterons la désertion de la campagne pour la ville, en formant des générations d'agriculteurs progressifs, des citoyens tempérants, des amis de l'épargne, en un mot, de vrais patriotes, à la condition qu'ils soient de vrais chrétiens, sincères et éclairés ; par elle nous préparerons des générations de femmes fortes qui tiendront en honneur les travaux domestiques.
Je viens de mentionner la désertion de la campagne. A ce sujet, permettez-moi de vous rappeler que le dernier recensement a mis à découvert une plaie qu'il ne nous est pas permis de néghger. Voyez plutôt ce tableau attristant:
Recens. Pop. urb. Rurale Dim. Pop. rurale
1901 37,7% 62,3% 9% en 10 ans. 1911 45,5% 54,5%, 7,8% en 10 ans.
16,8% en 20 ans.
Au lieu d'augmenter, depuis 20 ans, la population des campagnes, au Canada, a diminué de plus de 16%. Tandis qu'en 1891, la population rurale renfermait 71% de la population totale du pays, en 1911, elle ne compte plus que pour 54%. Et dans ce tableau général, la province de Québec n'échappe pas au mal, et je ne vous surprendrai pas en disant que dans cette dernière les comtés de Maskinongé, St-Maurice et Champalin ont eu à souffrir du mal dont je viens de vous parler, (l)
Voici ce qu'il en est à ce sujet:
St-Didace 1499 1463
St-Joseph-de-Maskinongé 2060 2043
St-Justin 1619 1435
Ste-Ursule 2105 2075
St-Léon 1653 1593
Pointe-du-Lac 1337 1316
St-Élie 1375 1281
St-Étienne-des-Grès 1741 1688
Ste-Flore 3144 2541
Yamachiche 2195 1845
Ste-Anne-de-la-Pérade 2550 2513
St-Narcisse 2015 ' 15''9
St-Prosper 1334 1316
St-Tite (village et paroisse) 3314 3046
Mais le progrès matériel du pays n'importe pas seul. Vous admettrez, comme moi, qu'il est encore plus nécessaire d'assurer le progrès moral et intellectuel du peuple; d'ail-
(1) De nouvelles municipalités locales formées à même les anciennes ont pu contribuer à augmenter la diminution signalée par le recensement.
leurs, le premier sans le second serait un grand mal. Mais comment, je le répète, réaliser des vœux aussi opportuns? La réponse est sur vos lèvres : par V école.