‹ Au service de mon paysChapitre 5 sur 84 · LE 27 JUIN · texte numérisé non relu

LE 27 JUIN

M. le Chanoine,

Cher Frère Provincial, (1)

Mesdames et Messieurs.

C'est avec le plus vif bonheur que je me retrouve à Louiseville aujourd'hui, dans ce coin de pays qui me rappelle tant de souvenirs. Et les bonnes paroles que le vénéré curé de cette paroisse et le cher Frère directeur de cette belle Académie

(1) M. le Chanoine J.-N. Tessier, curé de Louiseville, présidait, ayant à ses côtés le révérend Frère Louis- Arsène, Provincial des Frères de Tlnstruction chrétienne.

viennent de m'adresser, m'ont été droit au cœur.(l) Me reportant à trente-six ans en arrière, je me revois, à l'âge de quatorze ans, sous-maître à l'école modèle, située, à cette époque, non loin d'ici, dans la rue Sainte-Marie. L'école modèle de Louiseville était alors dirigée (1881-82) par l'un des plus distingués élèves de l'École normale Laval, M. Élie Tremblay. L'année suivante, M. Deléglise, un Suisse français catholique, un excellent maître, succédait à M. Tremblay. C'est donc sous l'égide de ces deux éducateurs remarquables que je débutai dans l'enseignement comme instituteur-adjoint. La tâche fut rude parfois durant les deux années que j'exerçai l'emploi de sous-maître à l'école modèle de Louiseville.

Instituteuk à quatorze ans

Ma classe débordait d'élèves de six à douze ans: j'en comptai parfois au-delà de quatre-vingts. Maintenir le bon ordre parmi ce petit peuple remuant et mutin, c'était déjà toute une affaire, mais il fallait aussi lui enseigner les prières et le catéchisme et lui apprendre à lire, à écrire et à compter. Et je n'avais que quatorze ans! Ce fut un rude et salutaire apprentissage professionnel. Grâce aux conseils de l'inspecteur d'écoles du temps, M. Tétrault, grâce à l'appui de l'instituteur en chef, et grâce surtout à la grande bonté et à l'intérêt que le vénérable curé d'alors. Monseigneur Boucher, me témoigna durant ces deux années d'épreuves, je donnai satisfaction et aux autorités scolaires et aux parents des enfants. En 1883, âgé de seize ans, j'entrai comme élève-maître à l'Ecole normale Laval de Québec, où la Providence me dirigea.

(1) Voir à l'Appendice, sous le titre A V Académie de Louiseville, le texte des adresses présentées.

L'École d'autrefois

Depuis cette date, trente-trois ans se sont écoulés, un grand laps de temps allègrement parcouru en dépit d'un labeur de tous les instants. Et ce n'est pas sans émotion que le petit sous-maître de 1881-82, 1882-83, vous adresse aujourd'hui la parole, mes chers enfants, dont plusieurs sont les fils de ceux à qui naguère j'appris à lire. Je revois aussi avec un vif bonheur, dans cet auditoire, quelques-uns de mes anciens camarades d'écoles. Leur présence ici évoque en mon âme tout un monde de souvenirs. C'est d'abord l'ancienne école, qui se tenait alors dans l'antique maison de pierre qui servit depuis de salle pubHque, à côté du vieux cimetière, de 1875 à 1879. Dans cette ancienne école, je revois notre maître, M. Gariépy, très sévère, se promenant constamment avec un martinet sous le bras; je revois aussi son assistant, sous-maître de la petite classe voisine de la nôtre. M. Vanasse, c'était son nom, portait comme emblème de l'autorité, une règle de bois franc. Chaque jour, et le martinet et la règle étaient mis au service des élèves les plus turbulents ou les plus négligents. Notre salle de classe n'avait pas l'aspect des vôtres aujourd'hui, chers élèves. A cette époque déjà éloignée, les murs de l'école étaient dénudés, seul le tableau noir y avait droit de cité; et parfois une vieille carte géographique partageait cet honneur avec lui. Ah ! si nos vieux maîtres venaient aujourd'hui reprendre leur place d'autrefois, ils seraient bien étonnés de voir tout ce que les éducateurs actuels s'ingénient à faire pour rendre l'école attrayante, agréable et utile. Ils seraient plus étonnés encore si on leur disait que la discipline la plus sévère ne suffit pas pour élargir la cervelle de l'enfant et lui ouvrir le cœur; qu'il importe non seulement que le maître connaisse ce qu'il enseigne, mais qu'il sache surtout comment

renseigner. En dépit des lacunes de ce temps dont j'évoque devant vous le souvenir, je n'en conserve pas moins dans mon cœur une sincère reconnaissance pour mes maîtres d'autrefois.

Souvenirs d'enfance

Chers jeunes gens, permettez-moi d'insister sur mes souvenirs d'enfance. En les rappelant, j'éprouve de la joie, et j'espère, en même temps, vous faire un peu de bien.

Les souvenirs de la famille, de la vieille église que l'on vient de démolir, et de tout ce coin de pays qui comprend la Rivière-du-Loup, Maskinongé, Sainte-Ursule, me reviennent à la mémoire nombreux comme ces volées d'hirondelles que l'approche de l'hiver rassemble avant qu'elles quittent le pays qui les a vues se multipher. Ces souvenirs ont conservé toute leur fraîcheur en mon âme ardemment éprise du culte du passé. Je revois comme si c'était hier le modeste toit de mes grands parents maternels où je passai les courtes années de mon enfance. On la nommait, cette maison, la maison jaune, et elle était située en face du vieux moulin, ici, à deux pas, au bout de la Petite rivière du Loup, sur la route qui conduit à Sainte-Ursule. Jusqu'à l'année dernière, alors qu'on l'a démolie, je la revoyais toujours avec une joie attendrie, chaque fois que je me rendais en chemin de fer de Québec à Montréal. C'est sous ce toit rustique, sous la garde d'une grand'mère incomparable, que j'appris de bonne heure à aimer le travail, l'étude, le ^ ^devoir" en un mot. L'âpre sentier qu'il me fut donné de suivre à un âge où les autres enfants s'amusent sans aucun souci par les routes bordées de verdure et les champs parsemés de fleurs, ne fut pas sans attraits pour moi. Il m'ouvrit des horizons que mes camarades ne soupçonnèrent que plus tard. Obligé par une pressante

nécessité d'être homme avant Tâge, je pris contact très tôt avec les réalités de la vie. C'est ainsi que tout jeune je parcourus en voiture ou à pieds toutes les routes de la région, excellente leçon de géographie locale. Les beaux rangs qui longent la Grande et la Petite rivière du Loup, la vaste commune baignée par l'admirable lac Saint-Pierre, la route du Petit- Bois, le rang de Beauséjour, la route de la Carrière, le rang des Gravel, Chacoura, et bien d'autres endroits m'étaient familiers pour les avoir souvent visités à l'époque des semences ou des foins, des récoltes ou de la mouture des grains. Quand on est enfant, on n'admire pas assez les spectacles ordinaires et quotidiens de la nature, qui offrent tant de jouissances à ceux qui savent voir. Oh! ce beau coin du comté de Maskinongé que vous habitez, vous, mes chers enfants, sa figure m'apparaît avec des traits précis, comme si c'était hier que j'en avais battu les sentiers pour aller aux fraises, aux framboises, au balai ou pour marcher au catéchisme] Tout le charme de sa sobre mais délicate beauté fut goûté par ma jeune âme, il y a quarante ans.

Jamais je n'oublierai l'impression profonde que me laissèrent les nombreux voyages que je fis dans l'été de 1878, dès le petit matin; ^'au moulin de Stintenne", comme l'on désignait alors la scierie de M. Stanton, située dans le haut de la Grande rivière du Loup. En compagnie de mon oncle Denis Béland, conduisant moi-même une voiture, nous nous mettions en route vers 4 heures du matin, afin d'être de retour assez tôt pour me permettre d'être en classe à 9 heures. Le trajet était joli: après avoir traversé le village encore endormi, nous longions, jusqu'au moulin, la grande rivière dont les eaux noires et profondes coulaient entre deux rangées de grands arbres où les oiseaux annonçaient sur tous les tons le retour du jour. L'air vif et pur du matin, bientôt tempéré par les éclatants

rayons du soleil levant; l'aspect des riches fermes qui bordent le chemin de la Grande-Rivière et qui s'éveillaient l'une après l'autre, semblait-il, sur notre passage; la riche verdure des champs bordant la route; les vaches ruminant dans l'enclos en attendant la traite du matin; les autres bêtes se remettant à paître dans les friches, enfonçant leurs pieds dans le vert des pâturages; le parfum des fleurs s' échappant des jardins au premier contact du soleil; les cheminées des maisons laissant échapper en délicates volutes une fumée embaumée de cèdre, annonçant ainsi qu'une mère vaillante et dévouée préparait le repas du matin; la tranquillité des choses contrastant avec la splendeur de la renaissance d'un beau jour, tout me révélait les beautés infinies que Dieu a répandues dans la nature, beautés, hélas! que trop peu savent admirer. Quand les clochers de Louiseville et de Saint-Léon sonnaient les notes pieuses de TAngelus, nous étions sur le point d'arriver dans la grande cour du moulin, où l'odeur du bois fraîchement scié nous annonçait que nos grand' charettes ne pourraient, en dépit de leurs hautes '^haridelles", épuiser le monumental tas de croûtes qui servit naguère à réchauffer tant de modestes foyers à Louiseville. Et le retour se faisait, sous un soleil ardent, avec une sage lenteur que nous imposait les lourdes charges. Durant le trajet, je pouvais, tout à loisir, goûter le charme du paysage qui se déroulait sous mes yeux. Les fermes en pleine activité, le va-et-vient des gens, le bruit joyeux des faucheuses, le chant des cigales, la brise parfumée des senteurs des trèfles blancs ou des sarrazins en fleurs, tout m'enthousiasmait, élevait mon esprit au-dessus du terre-à-terre et transportait mon âme dans cette région de l'idéal qui double le prix de la vie.

Lo. vieille église de Saint-Antoine-de-la-Rivière-du-Loup, {en haut), aujourd'hui Louiseville, comté de Maskinongé.

(Voir page 9).

La vie paroissiale. — La vieille église

De tous mes souvenirs d'enfance, ceux qui me rappellent la vieille église et la vie paroissiale d'il y a quarante ans, occupent une place spéciale en ma mémoire.

L'église de Louiseville, que l'on vient de démolir, était l'une des plus vieilles du diocèse des Trois-Rivières. Après celles du Cap-de-la-Madeleine et de Maskinongé (qui vient de tomber, elle aussi, sous les coups du temps), l'église de Saint- Antoinede-la-Rivière-du-Loup était la plus ancienne. Depuis 1804, elle dressait fièrement ses deux clochers qu'aimaient tant à revoir ceux que la Providence avaient appelés à vivre loin d'eux. L'église de la Rivière-du-Loup contenait des souvenirs précieux provenant du vieux temple desservi naguère par les Récollets, église qui se trouvait à environ à mi-chemin du village de la Rivière-du-Loup et du lac Saint-Pierre, sur la rive ouest de la Grande rivière. L'église qui vient de tomber sous le pic du démoUisseur était ornée de sculptures, sur bois de grande valeur. Avec elle disparaît un long passé très cher au cœur de ceux qui eurent le bonheur d'apprendre à connaître, aimer et à servir Dieu dans cette antique maison de la prière. En contemplant désormais d'un regard attendri la photographie de la chère vieille église, le souvenir de la première communion et celui des cérémonies religieuses auxquelles ils furent participants comme petits servants, reviennent — avec quel charme mêlé de tristesse! — à l'esprit des anciens enfants de chœur qui connurent le vénérable curé Boucher.

Ah! que nous regretterons longtemps la chère vieille église de la Rivière-du-Loup! Si l'on pouvait sauver de la ruine les quelques monuments rehgieux que nous ont légués les siècles passés Avec Barrés, disons bien haut! "L'é-

glise n'est pas un bibelot. Elle est une âme qui contribue à faire des âmes!''

Pour des motifs que je respecte, on a fait disparaître la vieille église, mais les souvenirs de la vie paroissiale d'autrefois ne subiront jamais le même sort, car ils sont gravés dans l'âme des anciens en caractères ineffaçables. Qui, parmi eux, a pu jamais oublier les dimanches et les jours de fête d'autrefois de la vieille église, auxquels le pasteur zélé et distingué. Monseigneur Bouclier, savait donner un cachet remarquable de grandeur et de solennité! Ce vénérable curé aimait, pour son église, l'éclat et le faste des cathédrales. Aussi, fêtes et dimanches, comme nous étions fiers, les servants de mon temps, de revêtir la soutane rouge, d'accompagner Monseigneur Boucher à l'autel, d'offrir l'encens au peuple, de '^passer" le Pain bénit aux fidèles Je revois, dans cet ofl&ce,

mes compagnons d'enfance: les Béland, les Caron, les Désaulniers, les Laflèche, les Clermont, les Héroux et autres.

Je me rappelle aussi les vieux maîtres-chantres de ce temps : les Gravel, les Ringuette, les Teasdale. Chacun leur tour, à vêpres, ils entonnaient une antienne et un psaume avec une gravité qui nous impressionnait, nous, les jeunes; et nous avions hâte d'être hommes pour avoir le privilège "d'entonner", nous aussi.

Mais c'est à la visite de l'Ëvêque que la vieille église se faisait la plus belle, s'efforçant de rajeunir à la faveur des décors somptueux dont on l'habillait à cette occasion. Il nous semblait, à nous les enfants, qu'aucune église au monde ne pouvait être plus riche, plus somptueuse que la nôtre. Et puis, comme nous étions fiers de notre saint évêque. Monseigneur Laflèche! combien son éloquence nous enthousiasmait et nous édifiait tout à la fois! Quand Monseigneur Laflèche abordait la question nationale canadienne-française,

la survivance de notre nationalité par Tunion intime des sentiments religieux et patriotique, par la conservation des traditions familiales, par l'agriculture, l'économie domestique, l'épargne, la tempérance, il s'élevait à la plus haute éloquence et jetait en nos âmes d'enfants et de jeunes gens une semence incorruptible.

Mes chers jeunes gens, soyez fidèles aux offices de la paroisse, aimez-les et efforcez-vous d'en comprendre toute la haute signification. Plus tard, ils constitueront le meilleur de vos souvenirs et resteront toujours pour vous un enseignement salutaire que ni le temps ni les épreuves ne sauront détruire.

Mes PÏIEMIÈRES LECTURES

Après mes souvenirs de la famille, de l'école et de la vieille église, ceux qui se rattachent à mes "premières lectures" sont restés les plus vivaces. J'aimai de bonne heure à lire, aux heures libres, les dimanches et jours de congé, et au cours des longues soirées d'hiver. La lecture de bons et beaux livres était de tradition famiUale. Le premier petit livre dont je me rappelle le titre et le contenu, c'est la Dame Noire, Miniscule bouquin français, renfermant la plus touchante histoire et que je relus bien des fois, vers l'âge de 7 ou 8 ans. Ce furent ensuite les admirables contes du chanoine Schmid, que l'inspecteur de notre temps, M. Pétrus Hubert, distribuait dans ses visites aux écoles du district. A l'époque de ma première communion, le bon M. Boucher, dont je servais souvent la messe sur semaine, m'ouvrit les trésors de sa bibliothèque. Parmi les nombreux livres que j'apportais du presbytère à la maison, il m'en souvient de deux: Le Vieillard de la Montagne et Mes Prisons de Silvio PeUico. Ces livres eurent grands succès dans le cercle de la famille et des voisins qui se réunis-

saient, les soirs d'hiver, pour entendre lire à haute voix de belles histoires, qui édifiaient, intéressaient et faisaient souvent pleurer. Deux autres livres conquirent aussi le suffrage de mes fidèles auditeurs: ce sont les: Soirées Artésiennes, imprimé à Lille, chez Lefort, 1832, et la Captivité de Louis XVI, sans nom d'auteur, imprimé également à Lille, en 1841. Je conserve pieusement ces deux vieux volumes, souvenirs précieux de la modeste bibliothèque de mon vénéré père.

Je ne liai connaissance avec les auteurs canadiens que vers l'âge de douze ans. En 1875, la librairie J.-B. Rolland & Fils publiait la Nouvelle Série de Livres de Lecture, en cinq parties, préparée par A.-N. Montpetit. Ces excellents livres contenaient plusieurs jolies pages canadiennes qui éveillèrent chez moi le goût des choses de chez nous. Ma curiosité ainsi piquée me fit remarquer, dans la bibhothèque de Monseigneur Boucher, la collection du Foyer Canadien, en quatre volumes, publiée à Québec de 1863 à 1866. C'est là que je lus pour la première fois les belles pages de l'abbé Charles Trudelle sur les Bois-Francs; le plus canadien de nos livres, Jean Rivard r Economiste, de Génn-IjSiioie; les Chansons historiques du Canada, de Hubert Larue; la Biographie de F.-X. Garneau, par l'abbé H.-R. Casgrain. Deux autres livres firent les délices de notre petit cercle au cours de l'hiver de 1880; les Anciens Canadiens de M. de Gaspé, publié à Québec en 1877, et le Grand Vaincu (Montcalm) d'Henry Cauvain, qui parut à Paris, chez Lecoffre & Fils, en 1878. Ah! les bonnes soirées que nous valurent ces deux beaux livres. Nous nous rappelons avec une vive émotion la joie intense des veillées de la ''maison jaune". Groupés autour de la table de la grande cuisine réchauffée par un énorme poêle à deux ponts, l'auditoire habituel de nos lectures pouvait jouir tout à la fois du charme des belles pages lues à haute voix et du bien-être de

la tiède atmosphère du dedans, quand, au dehors, il faisait froid à pierre fendre ou que la ^'poudrerie rafalait" dans les fenêtres.

De ces jours lointains de mon austère enfance, qui ne furent pas sans consolations, je conserve un souvenir qui m'est bien cher: la vieille horloge de ma vénérée grand'mère maternelle. Elle-même avait reçu cette relique de famille de ses parents. Chaque fois que j'entends ses longs battements et son timbre grêle, je songe à ces heures heureuses de mes lectures d'enfance.

Oh! les vieilles horloges, combien elles savent dire des choses touchantes au cœur de ceux qui se souviennent.

Le devoir présent

Chers jeunes gens, je vous ai parlé assez du passé. Causons maintenant du présent. Mais de vous avoir dit un peu ce que furent mes premières années, je me sens plus apte, et peut-être plus autorisé, à vous parler du présent, et aussi de l'avenir, puisque la jeunesse c'est l'espérance.

Pour vous préparer un avenir honorable, chers jeunes gens, il faut que dès maintenant vous sachiez bien remplir les devoirs du moment, les obligations de chaque jour. En vous, vous sentez déjà les ardentes poussées de la jeunesse vers l'avenir. Cette ardeur a été mise en votre cœur par Dieu lui-même. Il ne faut donc pas l'étouffer, encore moins l'éteindre; au contraire, il faut savoir la soutenir, la guider en suivant la voix de la conscience qui rappelle souvent au devoir ceux qui s'en écartent. Et cette voix de la conscience vous dit, enfants: ''Ayez un bon esprit, c'est comme un bon air: dans un pays où l'air est excellent, les santés sont florissantes, les tempéraments faibles eux-mêmes se fortifient: un bon esprit c'est la santé, c'est la vie d'une maison

^^11 a les mêmes caractères que la charité, dont il suppose la douce et pénétrante influence. L'enfant qui a un bon esprit aime le bien, il ne pense pas et ne cherche pas le mal; il ne s'en réjouit pas, mais il se réjouit du bien; tout ce qui est bon et aimable, il l'aime et y applaudit. Il regarde tout du bon côté et est disposé à donner à toute chose une interprétation favorable. Il accepte toute direction, toute mesure sans critiquer, sans murmurer, avec une simplicité docile. Il croit à la parole d'un supérieur, au bon vouloir, à l'afïecti'on au dévouement. Il a de touchantes confiances, de sincères ouvertures, des épanchements pleins d'abandon. C'est à la fois un esprit de foi et de piété sincère, un esprit de travail, de régularité, un esprit de confiance, de respect affectueux." (1)

Le mauvais esprit, c'est tout le contraire: il n'a ni affection, ni reconnaissance pour ses parents; il est ni pieux, ni poli, ni obéissant; il critique, il murmure, la vue du bien l'attriste et le mal le réjouit; il n'aime pas le travail, et la paresse ou l'oisiveté le conduit à la perversion du cœur, et par le cœur à la perversion de l'esprit et du caractère. Alors il ne respecte plus rien: piété filiale, amour du Créateur, respect du prêtre et de la candeur chez le petit enfant, affection et reconnaissance envers ses maîtres; charité envers les vieillards, les infirmes et les pauvres, tous ces nobles sentiments qui élèvent l'homme jusqu'à Dieu, il les méprise. Le mauvais esprit devient vite un ^'insoumis", un révolté.

Ah! j'espère qu'il n'y a pas de ces mauvais esprits parmi vous, et que tous vous acceptez franchement les obligations de votre vie d'écoliers, et que vous vous soumettez en toute confiance à la direction de vos bons parents. C'est ainsi que vos cœurs s'ouvriront au bien et au hon^ et votre esprit sera par le fait même mieux préparé à goûter le beau qui se trouve

(1) Mgr Dupanloup, de VEducation.

partout dans la nature et que Dieu a semé avec profusion afin de nous rendre la vie agréable.

Si vous avez un bon esprit, si vous profitez bien des leçons de vos excellents maîtres, les dévoués et distingués Frères de l'Instruction chrétienne, que je connais depuis longtemps et que j'ai vus à l'œuvre sur plus d'un point de la province, vous réussirez dans la vie et vous saurez vous créer un avenir honorable pour vous et utile à votre famille et à votre patrie.

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