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SOCIÉTÉ DE SAINT-VINCENT DE PAUL

Allocution du Président du Conseil supérieur (1)

A Vassemhlée générale des Conférences de Québec, du 30 avril

Monseigneur, (2)

Messieurs et chers Confrères,

La Providence permet que je succède au vénéré M. Hamel, que je devienne le président du Conseil Supérieur au Canada. Comme il est de tradition dans la Société de Saint- Vincent de Paul de ne jamais rechercher les postes supérieurs ni de les fuir lorsque le vœu unanime les impose à un de ses membres, je m'inclinerai donc humblement et docilement devant la volonté de Dieu qui s'est manifestée par la voix des Conseils et des Conférences du Canada, comptant uniquement sur les secours du ciel et la collaboration de mes collègues pour remplir la tâche qui m'est confiée.

Ma première pensée, mon premier devoir, chers confrères, c'est de me faire ici l'écho de notre Société tout entière pour

(1) "Le 30 avril, dimanche du Bon Pasteur et anniversaire de la translation des reliques de saint Vincent de Paul, les Conférences tenaient leur assemblée générale dans la grande salle du Patronage. L'assistance était nombreuse. Sa Grandeur Monseigneur Bégin, archevêque de Québec, présidait la réunion, et nommait officiellement le nouveau Président général des Conférences du Canada. Personne ne fut surpris de la nomination de M. C.-J. Magnan. Tous les confrères de saint Vincent de Paul connaissent depuis longtemps son zèle et son ardente charité, aussi cette nomination fut-elle accueillie par de nombreux applaudissements.

"Nous donnons ici le discours prononcé à cette occasion par le nouveau Président général des Conférences de St- Vincent de Paul du Canada." {Les Fleurs de la Charité, mai 1911.)

(2) S. G. Mgr L.-N. Bégin, archevêque de Québec.

redire de nouveau le profond regret que lui a causé la mort si soudaine du regretté M. C.-N. Hamel. Bien qu'il ne soit pas dans l'esprit de nos règlementsde faire l'éloge même de nos confrères défunts, il est cependant des vies qu'on ne peut taire sans indifférence, qu'on ne peut oublier sans ingratitude.

Tous ceux qui ont eu le bonheur de connaître intimement M. Hamel, d'être les témoins de ses labeurs, du dévouement inaltérable qu'il a toujours porté à nos œuvres, savent combien ce disciple de saint Vincent de Paul était animé du véritable esprit de charité, de cette charité qui fait beaucoup de bien et peu de bruit, charité enseignée par le Divin Maître, prêchée par l'Église et préconisée avec fidélité et simplicité dans les admirables règlements de notre Société.

Depuis quelque temps, nous étions privés de sa présence à nos assemblées générales, car le poids des années lui imposait bien des sacrifices. Mais il a toujours été avec nous de cœur et d'âme, et rien de ce qui touchait aux intérêts de nos conférences ne le laissait indifférent. Entre ses mains, les affaires les plus difficiles trouvaient une solution simple et sage.

C'est le 15 décembre 1895, que le vœu unanime des conseils et des conférences du Canada l'appela à la présidence du Conseil Supérieur. Et jusqu'au 10 janvier 1911, M; Hamel fut fidèle à tous ses devoirs et supporta avec bonheur le fardeau de la lourde responsabilité dont on avait chargé ses épaules. Notre vénéré prédécesseur était humble autant que dévoué; aussi toute sa vie fit-elle l'édification de ses confrères. Dès ici-bas, par les mains de son Vicaire, Dieu l'avait déjà récompensé de ses saints labeurs, de son grand amour pour les pauvres, (l) Nous avons le ferme espoir que désormais M.

(1) En 1910, M. Hamel reçut de Rome le titre de Commandeur deSaint- Grégoire-le-Grand .

Hamel jouit du bonheur du ciel, de la présence de Celui qui a dit : ^^ Venez les bénis de mon Père; venez posséder le royaume qui vous a été préparé avant l'établissement du monde. Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger." (1)

Monseigneur, soyez remercié de votre condescendance à regard de notre Société; soyez béni pour la nouvelle marque de gratitude que vous lui donnez ce soir. Votre Grandeur a bien voulu assister Elle-même à la proclamation du nouveau président du Conseil Supérieur et lui adresser dès le jour de son élection des paroles empreintes de la plus paternelle bonté. Je prie Dieu de correspondre à tous les désirs de mon Ordinaire et de servir toujours fidèlement l'Église de Jésus-Christ, Je souhaite voir la Société de saint Vincent de Paul exercer de plus en plus son influence dans notre jeune société afin de la préserver des maux qui afîligent certaines nations où les faux principes sociaux régnent en maîtres. C'est là le noble rôle que l'Église a assigné à notre Société en confiant à sa sollicitude ^^les œuvres de la charité chrétienne".

Aujourd'hui, trois grands dangers menacent la famille; ce sont les mauvaises lectures, les buvettes e;t les théâtres ou spectacles. Ces trois foyers d'erreurs et de vices sont les ennemis de la famille, des écoles de mauvais goût et très souvent de mauvaises mœurs, les adversaires nés de l'école catholique. C'est donc un devoir pour les confrères des Conférences d'opposer un front uni à ces trois ennemis et de seconder l'Église dans ses efforts pour combattre les mauvaises lectures et propager les bonnes, détruire l'intempérance et préserver les fidèles des spectacles dangereux.

(1) Matth., XXV, 34.

Monseigneur, votre Grandeur peut compter sur l'entier dévouement des confrères de la Société de saint Vincent de Paul, qui toujours se feront un devoir d'obéir fidèlement aux autorités religieuses.

Mais, chers confrères, n'oublions pas que pour rester fidèles aux grandes et chrétiennes traditions de notre société : que pour réaliser les espérances que les Papes ont mises en elle depuis Grégoire XVI jusqu'à Pie X, il nous faut connaître les règlements qui régissent nos conférences, suivre ces règlements à la lettre, avec humilité et sincérité.

Nos fondateurs savaient que l'Évangile fait de l'aumône un impérieux devoir, qu'en cessant d'être miséricordieux on se met hors de l'Évangile. Mais ils se rappelèrent, en outre, que si le précepte est accompli lorsque l'on confie à des mains intelligentes la distribution des aumônes auxquelles on est tenu, des grâces spéciales sont attachées à cette distribution elle-même. Ozanam et ses compagnons, imitant en cela le patron universel de la charité, saint Vincent de Paul, se souvinrent combien Jésus-Christ avait exhorté ses disciples à assister ceux qui souffrent, à visiter les malades, à consoler les affligés, et Ton voulait surtout, mettant de côté toute autre préoccupation, se conformer à ses conseils, pour avoir droit aux récompenses que promet Notre-Seigneur. Ce caractère fondamental de notre Société demeure intact et, suivant l'expression du ^'Manuel", a fait de nous, avant toute chose, "une association chrétienne voulant aider les pauvres pour conquérir les mérites qui sont attachés à ces œuvres pieuses, et désireux de soulager la misère, pour mettre, suivant l'expression profonde d'un prédicateur célèbre, "la chasteté de ses membres" sous la protection "de la

charité' \ En d'autres termes, le but véritable de la Société de Saint Vincent de Paul est la sanctification de ses membres. La visite des pauvres, la coopération aux œuvres multiples des conférences, ce ne sont là que des '^moyens" de sanctification, ne l'oublions pas".

C'est ce caractère primitif et fondamental de notre Société qui en a fait toute sa force et lui a donné sa rapide expansion.

Donc, chers confrères, quand nous nous réunissons pour servir ^'nos seigneurs les pauvres", comme disait saint Vincent de Paul, nous ne devons pas seulement nous proposer de soulager les misères matérielles, ce qui est déjà très louable, mais nous devons aspirer plus haut. Ce que nous devons surtout rechercher, ^^c'est nous rendre nous-mêmes meilleurs, plus fervents chrétiens, et faire entrer nos pauvres dans cette voie, si possible."

Il faut l'admettre, pour s'élever ainsi au niveau où Dieu nous veut, le zèle est nécessaire: le zèle, c'est toute la vie des œuvres chrétiennes. Mais il s'agit ici d'un zèle vraiment chrétien, tempéré par l'humihté et guidé par l'amour de Jésus-Christ.

Ce tempérament et ce guide sont, tout à la fois, contenus dans le ''Manuel" de notre société, livre incomparable que tout véritable confrère de la Saint- Vincent de Paul doit Hre et relire très souvent.

Là nous verrons que les séances de nos conférences commencent invariablement par une courte prière et se terminent de même ; que la prière est suivie d'une lecture de piété ; que les délibérations suivent l'ordre prescrit par le Règlement. Pas de discussions inutiles, franche cordiahté, humiUté de bon aloi, zèle éclairé pour les pauvres, en qui on voit l'image de Divin Crucifié, enfin obéissance absolue aux Règlements, voilà bien l'esprit qui préside à nos réunions de conférences, j'entends nos conférences qui sont pénétrées des vrais principes de la Société.

Jamais un confrère ne cherchera à tirer profit ou avantage de son titre de membre d'une conférence. Il ne recherchera pas les charges, mais il les acceptera docilement si elles lui sont imposées. Il sera zélé, ponctuel, affable. Jamais il ne manquera à la réunion hebdomadaire, hormis de circonstances graves. Sa place ne sera jamais vide aux assemblées générales, où, quatre fois par an, lorsqu'on se conforme au Manuel, les membres actifs, et honoraires, après avoir prié au pied des saints autels le matin, reçu la Sainte Communion, se réunissent sous la présidence de vénérables ecclésiastiques ou religieux, souvent même, comme ce soir, autour du premier pasteur du diocèse, pour présenter au public charitable le résumé de leurs travaux.

Au sein de la conférence comme au milieu de l'assemblée générale, les confrères éprouvent la joie et le bonheur qu'on ressent dans une famille bien unie. '^Quam bonum est fratres habitare in unum! ^'Qu'il fait bon pour des frères d'habiter ensemble!" se dit-on.

Des frères! combien la récente consultation du Conseil Supérieur de Québec a prouvé que les six mille membres actifs de nos conférences au Canada n'avaient qu'un cœur et qu'une âme! De HaHfax à Vancouver, de Québec à Toronto, à Montréal comme à Winnipeg, à Trois-Rivières comme à Ottawa, à London comme à Saint-Bonif ace, tous ont eu la même penséee : respecter le vœu de celui qui fut notre père et notre guide pendant vingt-cinq ans, et se rendre au désir du Conseil Supérieur. Au sein de notre société, il n'y a pas de place pour les préjugés, l'intrigue, encore moins pour la haine et l'injustice. Tous ses membres sont vraiment frères, et ne veulent qu'une chose, servir Dieu et ses pauvres, afin d'acquérir des mérites pour le Ciel. Ce miracle social, c'est la charité chrétienne qui l'opère

au sein de notre Société. Rendons grâces à Jésus-Christ saas nous enorgueillir, car nous n^ sommes pour rien.

Redoublons de zèle, en attirant à nos conférences un plus grand nombre de jeunes gens, pour qui elles ont été fondées; efforçons-nous de mériter les nombreuses indulgences dont les papes Grégoire XVI, Pie IX, Léon XIII et Pie X ont enrichi notre Société.

Et pardessus tout, soyons des fils soumis et affectueux de r Église, de vrais catholiques aimant sincèrement et profondément le Vicaire de Jésus-Christ. Servons TÉglise comme une mère et tenons-nous pour les plus humbles de ses enfants.

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