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III. Organisation de la Société

J'ai rappelé, il y a un instant, comment la Société de Saint- Vincent de Paul était sortie, en mai 1833, d'une modeste conférence de Charité; (1) et la conférence ''en est demeurée l'unité fondamentale". Mais l'autonomie de cette dernière est complète. Néanmoins, afin de participer à l'œuvre commune et aux indulgences de la Société, la conférence doit en observer les règlements à la lettre, se conformant particulièrement à ces deux prescriptions: 1° Pratiquer la visite des pauvres à domicile, qui est demeurée l'œuvre essentielle de la Société; 2° Envoyer chaque année une statistique de ses œuvres, au Conseil dont elle rélève. En dehors de ces obligations, "qui ont pour but d'assurer l'unité dans les pratiques et dans la direction", la conférence agit comme elle l'entend, toujours sous les auspices du Manuel de la Société, toutefois. Ce Manuel, c'est l"'arche sainte" des conférences, l'évangile pratique de la charité, le code par excellence des œuvres de bienfaisance. C'est en suivant à la lettre les instructions du Manuel, approuvé et béni par quatre Souverains Pontifes, que les

(1) Le nom de Conférence a été adopté par suite des traditions de la Société des Bonnes Études qui désignait sous ce nom ses diverses sections. Cette Société des Bonnes Études, qui existait à Paris, vers la fin de la Restauration, était fréquentée par des étudiants, parmi lesquels on remarquait Ozanam. Le Taillandier, Lamarche, Clavé, Devaux, Lallier, les six jeunes gens qui fondèrent notre Société, avec le concours du vénérable M. Bailly, journaliste catholique. En dépit du titre de Conférence, nos séances hebdomadaires ne comportent aucune discussion académique.

conférences du monde entier, depuis quatre-vingts ans, sont restés fidèles à l'esprit primitif de l'Œuvre et ont maintenu son unité parfaite, sous les climats les plus divers et malgré de nombreux obstacles.

Au-dessus de la Conférence, il y a le Conseil particulier^ rattachant entre elles les conférences d'une même ville ou d'une même région. Ce conseil a pour but de maintenir entre les conférences un lien qui assure l'unité du fonctionnement, tout en respectant l'indépendance de chacune. Les présidents des œuvres spéciales établies par la Société font partie, de droit, du Conseil particulier qui se réunit chaque mois.

''Grâce aux contacts créés par des réunions périodiques, toutes nos institutions conservent ces traits généraux communs qui leur donnent, comme on l'a dit, ''un air de famille" caractéristique de notre Société. "(1)

Les Conseils particuliers s'étant multipliés dans les différents pays, il devint nécessaire de créer des rouages intermédiaires entre ces conseils et le Conseil général de Paris. On constitua alors un Conseil central par diocèse et un Conseil supérieur par pays, parfois deux ou trois, comme en Italie, en Allemagne, dans le Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande et aux États-Unis.

Le Conseil central a pour mission de se tenir en relations avec tous les Conseils particuliers et les conférences isolées de son ressort, de stimuler leur zèle et de les aider dans les difficultés qui peuvent surgir. Chaque Conseil central a son bureau, ses réunions périodiques et son budget. Une des missions les plus importantes des Conseils centraux est de provoquer la fondation de nouvelles conférences.

(1) La Société de Saint-Vincent de Paul, par Louis Rivière. — Paris 1912.

Au Conseil supérieur est confié la direction des conférences de tout un pays; ce conseil est, de plus, l'intermédiaire entre le Conseil général de Paris, centre de la Société toute entière, les conseils locaux et les conféren,ces, séparées de lui par les distances, le langage et les coutumes locales. Il existe au-delà de cinquante conseils supérieurs, distribués dans les cinq parties du monde, tous étroitement unis au Conseil général de Paris.

IV Les Œuvres

Il serait trop long d'énumérer les œuvres entreprises par la Société de Saint- Vincent de Paul. Ces œuvres ont pu varier quelque peu au cours des années et suivant les pays, mais toujours elles ont eu pour objet immédiat le bien moral des pauvres et la sanctification personnelle des confrères des conférences. Les œuvres de la Société de Saint- Vincent de Paul sont innombrables. A l'occasion des noces d'or de la Société à Paris, en 1883, le R. P. Monsabré les énuméra ainsi en présence de plusieurs milliers de confrères réunis à Notre-Dame. ''Au début de votre ministère de charité, messieurs, vous ne vous étiez proposé que la visite des pauvres; et Dieu seul connaît tout ce qu'ils vous doivent en cela. Mais dans son contact avec la misère, l'amour chrétien cède à des entraînements qui débordent les premiers dessins. En parcourant vos annales de ce demi-siècle, que n'y vois-je pas ? Fondations de crèches et d'asiles, patronages, adoption et formation des orphelins, protection des délaissés, instruction des Savoyards, des apprentis, des enfants des manufactures, des libérés; étabhssements de , vestiaires et de lingeries; caisses d'épargne, caisses de loyers et , de secours; fourneaux économiques; dispensaires; secours médi- , eaux; secours judiciaires; cercles et réunions récréatives; dis-

tributions et encouragement; bibliothèques, écoles, catéchismes et lectures. Enfin la famille, la maison, le travail, le mariage, les affaires, la maladie, la mort, les funérailles des pauvres ; à quoi ne s'applique pas votre sollicitude ? Chaque fois que les calamités publiques ont fait entendre leurs grandes voix, toute votre société s'est émue, et c'est par centaines de mille francs qu'elle a envoyé ses aumônes aux victimes des inondations du Rhône et de la Loire, de l'incendie de Limoges, des crises industrielles, des massacres de Syrie, et des famines d'Algérie."

Cette énumération, si longue et si éloquente qu'elle est, n'est cependant pas complète. Il y faut ajouter: l'œuvre des marins et des militaires, celles des prisonniers, celle des malades, celle des voyageurs et des réfugiés, les hospitalités de nuit, celle du rapatriement, du compagnonnage chrétien; le secrétariat du peuple, les étrennes des pauvres, les Saintes-Familles, les maisons de familles, les colonies de vacances, etc. Puis, en Europe, particulièrement, la Société s'est faite l'initiatrice, l'inspiratrice ou l'auxiliaire de plusieurs œuvres religieuses, morales ou sanitaires, telles que les cercles catholiques d'ouvriers, la presse catholique, les ligues de prières et de défenses religieuses, les pèlerinages en Terre Sainte, le denier de Saint- Pierre.

A Québec seulement, elles sont nombreuses les œuvres établies par la Société de Saint- Vincent de Paul depuis 1846. Rappelons seulement le Patronage, aujourd'hui si prospère sous la direction des dévoués Frères de Saint- Vincent de Paul ; l'œuvre du Bon-Pasteur, devenue une institution de tout premier ordre; la Caisse d'Économie Notre-Dame, qui rivalise maintenant d'importance avec les plus solides institutions financières du pays; l'Hospitalité de nuit, le Patronage Laval, et enfin l'Œuvre des Marins cathohques.

' 'L'Œuvre de Saint- Vincent de Paul, telle qu'Ozanam l'avait conçue, telle qu'elle fonctionna durant trois-quarts de siècle n'est pas une œuvre particulière c'est l'œuvre générale de la charité; et la Société de Saint- Vincent de Paul la mère inépuisablement féconde de toutes les œuvres." (1)

Cette œuvre a su mériter la confiance des Papes. Le 5 janvier 1855, Pie IX disait à quatre cents confrères arrivés depuis quelques jours à Rome pour assister aux solennités de la promulgation du dogme de l'Immaculée Conception de Marie: ''Mes fils, mes fils, je vous sacre chevaliers de Jésus-Christ. Le monde ne croit pas à la prédication, au sacerdoce: mais il croit encore à la charité. Marchez à la conquête du monde par l'amour du pauvre."

Cet auguste témoignage du vicaire de Jésus-Christ, nous avons eu le bonheur de l'entendre tomber de nouveau des lèvres de Sa Sainteté Pie X, le 16 avril 1909. Ce jour-là, le Souverain Pontife daignait admettre à son audience douze cents membres de la Société venus à Rome de toutes les parties du globe, à l'occasion du jubilé sacerdotal du Pape. Répondant à l'adresse lue par notre Président général au nom des conférences du monde entier, Sa Sainteté, avec une bonté vraiment paternelle, définit le rôle de notre Société, en ces termes: "Lorsque Notre-Seigneur Jésus-Christ donna à ses apôtres la mission de prêcher l'Évangile, il confia aussi aux soixante-douze disciples le soin de guérir les infirmes et de leur annoncer la prochaine venue du règne de Dieu. L'institution des Conférences de Saint- Vincent de Paul répond admirablement à ce dessein du divin Rédempteur pour la conversion du monde. Si l'apôtre revêtu du caractère sacerdotal a pour office d'enseigner les vérités de la foi et de les confirmer par les pro-

(1) Ozanam, d'après sa correspondance, par Mgr Baunard, page 594.

diges de la charité, il trouve dans l'apostolat laïque des simples fidèles un puissant secours, qui prépare ses voies, et par le soulagement des misères corporelles, ouvre les âmes à la vérité évangélique/'

Voilà, chers confrères, la plus belle récompense que notre Société pouvait désirer sur la terre, en retour de ses humble s efforts. Et si nous considérons que tous les évêques du monde entier bénissent et encouragent ces efforts, combien ne devons-nous pas redoubler de zèle et d'ardeur pour correspondre aux faveurs insignes dont notre Société est l'objet de la part de l'Église. Mais ce zèle et cette ardeur ne doivent s'exercer que conformément à l'esprit primitif de nos conférences, esprit qui a pour base une profonde humilité.

Notre vénéré fondateur Ozanam, l'année même de sa mort, nous a rappelé que jamais, dans nos œuvres, nous ne devions rechercher ni les récompenses, ni les éloges, rapportant tout à Dieu, qui a bien voulu dans sa bonté protéger si visiblement notre Société.

Gravons profondément dans nos cœurs, chers confrères, les dernières volontés d'Ozanam, exprimées dans une lettre aux confrères de Paris, quelques mois seulement avant sa mort: "Loin de trouver dans ces accroissements (ceux des conférences) un sujet d'orgueil, mes chers confrères, nous y prendrons l'occasion de nous humilier.

"La gazon des champs se propage rapidement, il ne cesse pourtant pas d'être petit, et parce qu'il couvre beaucoup de

terre, il ne dit pas: "Je suis le chêne " Puisse Dieu nous

conserver dans cette simplicité de nos commencements? Et saint Vincent de Paul, a ce caractère, nous reconnaîtra pour ses disciples.

Un moraliste a dit que '^l'homme bien élevé, c'est celui qui se gêne ou se contraint pour les autres". Permettez-moi de

vous dire avec le Manuel: ''Le confrère de Saint- Vincent de Paul, vraiment digne de ce nom, est celui qui se sacrifie et se dévoue pour les autres, et ce n^est pas un acte isolé de sacrifice et de dévouement qu'on attend de nous, c'est le sacrifice et le dévouement continus et passés à Tétat d'habitude". Telle doit être, mes chers confrères, la seule manière dont nous devions chercher à nous distinguer de ceux qui nous entourent, n'ambitionnant ici-bas d'autres récompenses que la satisfaction d'avoir accompli notre devoir de chrétien et fait honneur à notre foi.

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