MARS
Êminence,(l)
Chers confrères,
Nos jeunes amis de Jésus-Ouvrier célèbrent, ce soir, le vingt-cinquième anniversaire de la fondation de leur active et prospère conférence. C'est avec le plus vif bonheur que les autres conférences de la ville ont répondu à Tappel qui leur avait été fait de prendre part à la belle et réconfortante célébration des noces d'argent de la première conférence de jeunes gens établie au Canada, et peut-être en Amérique. C'est avec une joie non moins vive que le Conseil supérieur assiste à cette fête qui coïncide avec l'assemblée générale régulière de la Société. Il est heureux, au nom des autres conseils du Canada, de porter à la conférence jubilaire l'hommage de sa sincère admiration et le témoignage de sa profonde gratitude.
Et votre présence ici ce soir, Éminence, double la joie de tous les confrères en honorant, comme prince de l'Église, l'une des conférences qui leur est le plus cher. Cette nouvelle marque de bienveillance envers la Société de Saint- Vincent de Paul, Éminence, nous touche vivement et restera pour nos jeunes confrères, l'un des plus agréables, souvenirs de leur carrière charitable. Si, au sein de la conférence de charité, le disciple d'Ozanam évite avec soin la recherche de toute récompense humaine, il n'en est pas de même des marques d'encou-
(1) Son Éminence le cardinal L.-N. Bégin.
ragement et des témoignages de gratitude qui lui viennent de r Église. C'est que F Église est, à ses yeux, la mère aimante qui seule sait, qui seule peut, par un mot affectueux, par une approbation opportune, ranimer le courage de ses fils militants, exciter leur zèle et reconnaître leurs humbles mérites. Merci donc, Éminence, pour toute la sympathie que vous accordez si généreusement aux membres de la Société de St- Vincent de Paul et particulièrement aux confrères de la conférence Jésus-Ouvrier.
La première conférence de jeunes gens, à Québec
Il y a un instant, Éminence, le secrétaire de cette conférence a esquissé en termes d'une simplicité charmante l'historique du premier groupe de jeunes gens, réunis en conférence de charité, au Canada. L'on a bien voulu dire que je fus le premier président de Jésus-Ouvrier. Ce souvenir, si délicatement rappelé, me reporte au 15 mars 1891, où, à huit heures du soir, dans l'ancien petit salon de lecture de l'Union Notre-Dame, à deux pas d'ici, au N° 62 Côte d'Abraham, le Père Lasfargues, deux bons Frères de Saint- Vincent de Paul, une dizaine de jeunes gens de l'Union Notre-Dame et moi étions réunis autour d'une modeste table. Après la prière d'usage, nous étabHssions la conférence par le choix des officiers, conformément au Manuel. Et tout de suite nous nous mettions à l'œuvre en adoptant quelques familles pauvres (des vieillards) recommandées par le bon Frère Tardé! Ah! la belle, la bonne veillée que nous passâmes ce soir-là en tête à tête avec les jeunes membres de la nouvelle conférence! Avec quel enthousiasme nous nous proposâmes d'imiter Ozanam et ses jeunes compagnons, en donnant aux pauvres non seulement le pain dont ils ont besoin, le bien-être dont ils sont pri-
vés, mais en donnant aussi la nourriture à leur âme. En lisant le Manuel, le Bulletin de la Société, les Méditations de M. Legentil, un monde nouveau nous apparaissait, un chemin jusque-là inconnu s'ouvrait devant nous, mes jeunes compagnons et moi. Ces chers confrères de la première heure, j'en ai conservé le pieux et fidèle souvenir dans ma mémoire et dans mon cœur. Ensemble, huit années durant, nous avons vécu la joyeuse et active vie de la conférence. Que de souvenirs j'aurais à rappeler sur la visite aux familles et les industries créées pour améliorer le sort des pauvres ou garnir la caisse de la conférence! Ce serait trop long. Mais, une souvenance domine toute les autres, c'est la salutaire impression que la vue de la misère du pauvre, notre frère en Jésus-Christ, créa en nos jeunes âmes, mes compagnons et moi. A l'école de la charité, nous apprîmes la valeur de la souffrance et Tincomparable bonheur de consoler ceux qui pleurent. Et depuis que j'ai quitté la conférence Jésus-Ouvrier pour la présidence du Conseil particulier, que l'on m'imposa en 1899, j'ai suivi avec un vif intérêt les travaux de la première, et il m'est particuUèrement agréable d'affirmer que les successeurs des fondateurs de 1891 portent vaillamment son drapeau.
Les conférences de Jeunes Gens se multiplient k
Québec
L'exemple donné par les jeunes confrères de la conférence Jésus-Ouvrier fut bientôt suivi par un petit groupe de membres de l'Union Saint-Louis, une autre société de jeunes gens, également établie au Patronage par les dévoués Frères de Saint- Vincent de Paul. La nouvelle conférence fut fondée le 9 mai 1892, et prit le nom de Saint-Clément. Comme Jésus-Ouvrier, elle a son siège au Patronage de la Côte d'Abraham.
Elle a été formée au sein de l'Union St-Louis de Gonzague et en font partie les jeunes gens de 14 à 17 ans. A 17 ans ces jeunes confrères passent à la conférence Jésus-Ouvrier où ils restent jusqu'à l'époque du mariage.
La troisième conférence de jeunes gens fut celle de l'Université Laval, fondée le 9 février 1897, l'année même qui suivit celle du congrès de toutes les conférences du Canada, à Québec (décembre 1896). L'établissement d'une conférence parmi les jeunes étudiants avait été suggéré, lors de ce congrès, et la réalisation si prochaine de ce vœu fut une grande consolation pour le Conseil supérieur.
Puis successivement, furent fondées les conférences :
Saint-Stanislas de Kostka, parmi les jeunes congréganistes
de la paroisse de Saint-Sauveur, grâce à l'initiative des RR. Pp.
Oblats, 30 décembre 1901.
Saint-Ignace de Loyola, parmi les jeunes gens de la Banlieue
de Québec, aujourd'hui quartier Belvédère, 1902.
Saint- Jean-Berchmans, parmi les jeunes congréganistes de la Haute- Ville, (RR. PP. Jésuites, directeurs), 4 janvier,
Saint-François de Sales, parmi les externes du Petit Séminaire, 30 novembre 1906.
Saint-Maurice, parmi les anciens des conférences Jésus- Ouvrier et Saint-Clément, fondée au Patronage, le 15 décembre
Saint-Nazaire, parmi les anciens étudiants de l'Université Laval, exerçant une profession à Québec, fondée le 20 décembre, 1914.
Saint- Emile, parmi les jeunes gens de l'Union du Patronage Laval, fondée le 21 décembre, 1914.
Travaux des jeunes conférences
Ces conférences de jeunes gens, dont quelques-unes sont en activité depuis vingt-cinq, vingt-quatre, dix-neuf, quinze, douze et dix ans, ont-elles fonctionné conformément au Manuel et fait des travaux qui vaillent la peine d'être mentionnés ? Au nom de Conseil particulier de Québec, qui a été témoin du zèle des jeunes conférences depuis l'établissement de chacune d^elles, je suis h.eureux de pouvoir déclarer que les jeunes conférences n'ont donné que des consolations aux directeurs de la Société et qu'elles ont suivi les règlements de cette dernière avec une fidélité et un zèle qui ont édifié plus d'une fois les anciennes conférences.
Les jeunes confrères des conférences exercent leur zèle et leur activité par toute la ville. A l'exception de Saint-Ignace de Loyola, les conférences de jeunes gens n'ont pas de quartier attitré. Mais, pour éviter tout malentendu, les jeunes conférences s'entendent, au préalable, avec les conférences paroissiales avant de visiter une famille pauvre dans un quartier. Chaque mois, à la réunion du Conseil particulier, les noms des familles secourues par les jeunes conférences sont proclamées en présence des présidents des conférences paroissiales. De cette façon, il ne peut y avoir double emploi de la visite.
Voici un bref sommaire des œuvres de chacune des conférences de jeunes gens, en activité à Québec:
Conférence Jésus-Ouvrier (au Patronage)
Depuis vingt-cinq ans:
Recettes $8,849. 10
Dépenses 8,826.86
Familles visitées 281
Personnes secourues 871
Enfants et orphelins patronés 194
Malades visités 43
Mourants assistés 20
De plus, les membres de la conférence Jésus-Ouvrier se sont fait un devoir de faire dire deux messes privilégiées pour le repos de Tâme de chacun de leurs pauvres décédés et d'assister aux funérailles de ces derniers.
Depuis 25 ans, 726 membres actifs ont fait partie de cette conférence.
CONFÉEENCE SaINT-ClÉMENT (aU PaTRONAGe)
Depuis 24 ans:
Recettes $6,550.23
Dépenses 6,450.23
Familles visitées 230
Personnes secourues • 702
Écoliers patronés 63
Malades visités 42
Mourants assistés 16
Fimérailles de pauvres (frais) 5
Membres actifs depuis 24 ans 492
Conférence Laval (Université)
Depuis 19 ans:
Recettes $4,900.00
Dépenses 4,809.06
Familles visitées 74
Personnes secourues (environ) 370
Funérailles (frais) 1
Distribution de brochures et revues aux protégés, et soins donnés aux malades par les étudiants en médecine. Depuis la fondation de la conférence Laval, 603 universitaires en ont fait partie comme membres actifs.
Conférence Saint-Stanislàs de Kostka (1 St-Sauveur)
Depuis 15 ans:
Recettes $21,347.00
Dépenses 21,048.87
Familles visitées 398
Personnes secourues 1 , 194
Écoliers patronés 141
Vieillards placés dans les hôpitaux ... 23
Funérailles de pauvres (frais) 29
Conférence de Saint-Ignace de Loyola (paroisse St-
Je an-Baptiste)
Depuis 14 ans :
Recettes $4,006.09
Dépenses 3,929.54
Familles visitées 150
Personnes secourues 597
Enfants et orphelins patronés 63
Malades visités 19
Ouvriers patronés 3
Mourants assistés 1
Conférence Saint-Jean-Berchmans {Chez les RR. PP. Jésuites, Haute-Ville)
Depuis 12 ans:
Recettes $3,000.00
Dépenses 2,945.46
Familles visitées 37
Plusieurs familles ont été visitées pendant 2, 3 et même 4 ans.
Personnes secourues (environ) 175
Pauvres placés dans les hôpitaux .... 4
Funérailles (frais) ,2
Conférence Saint-François de Sales (Petit Séminaire)
Depuis 10 ans:
Recettes $3,200.00
Dépenses 3,144.70
Familles visitées 84
Personnes secourues (environ) 252
Funérailles de pauvres (frais)
S^est aussi intéressée à la bonne fréquentation scolaire des enfants des familles visitées.
Conférence Saint-Maurice (au Patronage)
Depuis deux ans et dix mois :
Recettes $1,874.94
Dépenses fâ 1,854.24
Familles visitées 40
Personnes secourues 156
Écoliers et orphelins patronés 30
Malades visités 2
Mourants assistés 2
Membres actifs, depuis la fondation . 66
Conférence Saint-Nazaire (à Notre-Dame de Québec)
Depuis un an et deux mois:
Recettes $ 200.00
Dépenses 197.63
Familles visitées 9
Personnes secourues (environ) 50
Écolier patroné 1
Conférence Saint-Émile (au Patronage Laval)
Depuis un an et deux mois :
Recettes $ 300.00
Dépenses 289.84
Familles visitées 8
Personnes secourues (environ) 25
Écoliers patronés 5
Une gerbe de fleurs de charité
En réunissant les chiffres ci-dessus, tous d^une scrupuleuse exactitude, nous formons la gerbe que voici, et que nous sonmies heureux de vous offrir, Éminence, au nom des deux cent cinquante membres actifs des jeunes conférences de votre ville épiscopale.
Ces conférences, au nombre de dix, ont accompli sans bruit, avec une générosité admirable et une persévérance qui étonne chez des jeunes gens, les œuvres suivantes:
Familles visitées 1 ,311
Personnes secourues 3,910
Écoliers et orphelins patronés 490
Vieillards placés dans les hôpitaux 27
Malades visités 106
Mourants assistés 39
Funérailles de pauvres (frais) 38
Argent recueilU (recettes) {$54,227.36
Argent dépensé pour les pauvres 53,495.43
Qui pourrait dire toute la délicate bonté et la chrétienne affection qui a présidé aux travaux des jeunes confrères, eux qui savent que le pauvre a plus besoin encore de l'aumône spirituelle que du secours matériel.
Voici en quels termes Tune des jeunes conférences, celle de Saint-François de Sales, du Séminaire, s'excuse de n'avoir pu faire plus, en réponse à certains renseignements demandés, à l'occasion de la fête de ce jour. Dans les lignes charmantes qui suivent se trouve le véritable esprit qui anime toutes les conférences de jeunes gens à Québec:
'^11 vous sera peut-être intéressant, sinon agréable, monsieur le Président, d'apprendre que, depuis la fondation de notre conférence, nous avons toujours conservé la tradition d'aller scier, fendre et corder le bois chez nos pauvres, surtout chez les veuves et les vieilles demoiselles que nous secourons.
'^Chaque fois que s'en présente l'occasion, nous aidons à nos pauvres, dans la mesure du possible, pour leur déménagement au mois de mai.
''Depuis environ sept ans, nous avons l'habitude, le dernier jour de Tan, de faire la tournée, dite de Noël, chez nos familles pauvres. Nous faisons la visite des salles de malades d'enfants, etc., de THôtel-Dieu du Précieux Sang, et, depuis deux ans, allons aussi visiter les malades, les épilep tiques, etc., dans les salles de THôtel-Dieu du Sacré-Cœur.
''Quelques membres vont jouer aux cartes chez les vieux que nous visitons.
"A la demande d'un confrère, nous faisons la communion journalière pour la Saint- Vincent de Paul, en particulier, pour notre conférence et nos pauvres.
"Quelques-uns de nos anciens membres se sont aussi employés auprès de certains de nos pauvres, tentant de les rapprocher de Dieu, les préparant et allant avec eux à la Sainte Table pour les Pâques.
"Nous avons aussi, par l'intermédiaire de MM. les curés et aumôniers, procuré à quelques-uns des pauvres ivrognes, des remèdes pour tenter de les guérir de leur fatale maladie.
"Enfin, nous avons demandé et obtenu qu'un des étudiants de la dernière année, en faculté de médecine de l'Université, aille voir nos malades et s'intéresse à eux pour leur procurer les remèdes convenables.
"De toutes façons et avec l'industrie que nous suggère l'expérience de nos aînés, nous cherchons à apporter à nos pauvres la consolation, l'exemple de la piété et nous voulons, en nous édifiant par la visite des malheureux, nous rendre nousmême meilleurs."
Voilà, Éminence, ce que deux cent cinquante à trois cents jeunes gens de votre ville épiscopale, enrégimentés dans l'armée de la charité, font avec autant de modestie que de discrétion. Ces jeunes gens ne se contentent pas d'avoir une foi inactive — ils font des œuvres. Au lieu de perdre leur temps
dans des amusements futiles, quand ils ne sont pas mauvais, ils se dévouent aux pauvres, les consolent, leur viennent en aide. Ils trouvent dans Fexercice des œuvres de charité un moyen admirable de satisfaire le besoin d'activité propre à la jeunesse et une occasion incomparable de satisfaire la soif de dévouement et d'affection qui est l'heureux apanage du jeune homme dont le cœur est resté pur. En plaçant leurs rêves et leurs aspirations sous la protection de la charité, ils s'avancent joyeusement dans la vie en suivant la noble voie tracée au jeune chrétien par le Divin Maître dans son Évangile. Ils se préparent ainsi un heureux avenir et. Dieu aidant, ils ne connaîtront jamais les lamentables chûtes qui ne laissent après elles que déboires et amertume.
Conférences de jeunes gens au Canada
La fondation de la conférence Jésus-Ouvrier, suivie de l'établissement de neuf autres conférences de jeunes gens à Québec, a stimulé le zèle d'une élite parmi la jeunesse catholique de Montréal. Depuis quatre ou cinq ans, sept conférences de jeunes gens se sont formées à Montréal, sous les auspices du Conseil central de cette ville. Voici comment sont réparties les sept conférences de jeunes gens à Montréal: une à l'Université Laval, une au collège Sainte-Marie; les autres dans la paroisse de Saint-Georges, l'Enfant-Jésus, Saint-Jacques et Saint-Pierre. La conférence Vianney de la paroisse de l'Enfant-Jésus, est une conférence d'écoliers, agrégée comme conférence d'aspirants.
Il existe aussi à Ottawa une conférence parmi les jeunes catholiques de langue anglaise, la Saint-Patrick Junior. (1)
(1) Une nouvelle conférence de jeunes gens a été fondée au collège de Saint- Boniface, Manitoba, en 1916. Cette conférence, sur la recommandation du Conseil supérieur de Québec, a été aflSliée à la Société par le Conseil général de Paris, en juillet 1917.
Il y a donc maintenant au Canada 18 conférences composées exclusivement de jeunes gens: 10 à Québec, 7 à Montréal, 1 à Ottawa. En 1890, il n^ en avait pas une seule.
En moyenne, vingt-cinq à trente membres actifs fréquentent assidûment chaque conférence. O^est donc un effectif de cinq cents jeunes gens enrôlés sous le drapeau de la charité; de vaillants chrétiens qui veulent s'unir de prières avec leurs confrères du monde entier et participer aux mêmes œuvres de charité, en quelque ville qu'ils se trouvent.
Nous les avons souvent vus à l'œuvre les jeunes confrères et, toujours, nous avons été édifiés de leur sincérité, de leur dévouement et de leur zèle. Qu'elle est belle cette valeureuse armée de jeunes chrétiens qui donnent leurs plus belles années à Dieu, en les dépensant au services des membres souffrants de Jésus-Christ, plaçant ainsi leur vertu sous la sauvegarde <le la charité.
Le Conseil supérieur se réjouit de l'augmentation du nombre des conférences de jeunes gens. Il se rappelle que c'est pour ces derniers surtout que la Société de Saint- Vincent de Paul a été fondée.
Hommages aux Frères de Saint- Vin cent de Paul
Avant de terminer ce modeste exposé des œuvres des conférences de jeunes gens à Québec, il est de mon devoir, au nom <lu Conseil supérieur de la Société Saint- Vincent de Paul, de remercier en votre présence, Éminence, les Frères de Saint- Vincent de Paul, qui ont été les véritables initiateurs des jeunes conférences et qui ont su maintenir dans ce Patronage, depuis un quart de siècle, les deux premières conférences de jeunes étabUes au Canada. Ces conférences sont deux modèles du ^enre sur lesquelles se sont guidées celles qui les ont suivies.
Établies à Paris par Tun des compagnons d^Ozanam, M. Le Prévost, la congrégation des Frères de Saint- Vincent de Paul a rendu d'immenses services à la Société de Saint- Vincent de Paul et à ses œuvres, depuis son arrivée à Québec, en 1884. Depuis cette date, avec un dévouement inlassable qui n'a été égalé que par la plus profonde humilité, les Frères de Saint- Vincent de Paul de Québec ont développé l'œuvre du Patronage d'une façon vraiment merveilleuse et secondé constamment les efforts des conférences. Honneur donc et reconnaissance à cette belle et utile congrégation qui a fait l'édification de tout le monde au Canada, depuis au-delà de trente ans, et à qui nous souhaitons de se développer de plus en plus, pour le plus grand bien des œuvres de jeunesse ouvrière.
BIENVENUE Â M. LE CHANOINE THELLIER DE PONCHEVILLE
Allocution prononcée devant une assemblée spéciale des
CONFÉRENCES DE SaINT-ViNCENT DE PaUL DE QuÉBEC ET
des environs, tenue au patronage de la côte d'Abraham, dimanche soir, le 15 avril 1917.
Monseigneur, (l)
M. le Chanoine,
Bien chers confrères.
Vous avez été convoqués ce soir en réunion spéciale, afin d'avoir le bonheur d'entendre une voix bien sympathique, voix française qui enthousiasme et voix apostolique qui édifie et réconforte. Cette voix, c'est un écho magnifique de la France chrétienne, de la France qui souffre aujourd'hui pour la justice et qui demain sera victorieuse de la barbarie allemande.
Vous avez répondu avec empressement à l'invitation du Conseil supérieur, soyez-en remercié, chers confrères. La Société de Saint- Vincent de Paul devait ce témoignage d'admiration et de sympathie à M. le Chanoine ThelHer de PonchevîUe, dont notre vénéré président général, M. le vicomte d'Hendecourt, me parlait en termes si chaleureux dans une lettre en date du 1er février dernier.
(1) S.-G. Mgr P.-E, Roy, archevêque de Séleucie.
M. le Chanoine, vous êtes le bienvenu sous ce toit du Patronage, siège principal de la Société de Saint- Vincent de Paul, au Canada. Vous êtes ici parmi des confrères, puisqu'au temps de votre première jeunesse vous avez appartenu à une conférence de jeunes gens, et qu'en 1913 vous prêchiez la retraite spéciale des confrères des conférences de Paris. Mieux que ça, vous êtes ici parmi des frères! Ne venez-vous pas de cette France, notre mère commune, toujours chère à nos cœurs de Français d'origine, et qui nous est encore plus chère depuis trois ans, puisqu'elle voit couler le sang le plus pur de ses fils, nos frères, qui se sont dressés dans une union superbe pour repousser des envahisseurs sans scrupules qui mettent leur orgueil au-dessus du droit, et méprisent les lois les plus élémentaires de la civilisation.
Oui, cher M. Thellier de Poncheville, vous êtes ici bien en famille, au miUeu des confrères de la Société de Saint- Vincent de Paul de Québec, rameau français transplanté en terre canadienne dès 1846, onze ans avant que le premier navire français, la Capricieuse^ sillonnât le Saint-Laurent depuis 1760. Il restera à l'honneur de la Société de Saint- Vincent de Paul d'avoir, après la cession de notre pays, renoué les premières relations suivies entre l'Ancienne et la Nouvelle-France. Ces relations, depuis 1846, alors qu'un ancien élève du Petit Séminaire de Québec, à son retour de Paris, établit la première conférence de Saint- Vincent de Paul, au Canada, dans la sacristie de la vénérable Basilique de Québec, église mère de toute la catholicité de l'Amérique du Nord, ces relations, dis-je, ont été suivies sans interruption. Et c'est le privilège du Conseil supérieur de Québec d'être l'intermédiaire entre tous les conseils et conférences des neuf provinces du Canada, et Paris, siège du Conseil général.
Aujourd'hui, M. le Chanoine, la Société de Saint- Vincent de Paul du Canada comprend — je donne ici les chiffres de 1915, les statistiques de 1916 n'étant pas encore terminées — 228 conférences, 20 conseils particuliers, deux conseils centraux et un conseil supérieur. Il existe des conférences dans toutes les provinces du Canada: celle de Québec en possède 149, avec 13 conseils particuliers, un conseil central et un conseil supérieur; celle d'Ontario, 52 conférences, avec 5 conseils particuliers et un conseil central; celle de la Nouvelle- Ecosse, 4 conférences et un conseil particulier; le Nouveau-Brunswick, une conférence; rile-du-Prince-Edouard, 2 conférences; le Manitoba 2 conférences; la Colombie Anglaise, 8 conférences et 1 conseil particulier. Les 228 conférences du Canada renferment 7,349 membres actif s, qui ont visité et secouru en 1915: 7,641 familles. Les recettes de ces conférences se sont élevées à 8332,616.14 soit 1,663.080 francs.
Les différents conseils ont créé et soutiennent des œuvres multiples, suivant les besoins des lieux ou des temps. C'est ainsi que nos conseils et conférences du Canada soutiennent ou dirigent cinq Patronages; deux Colonies de vacances; deux Fourneaux économiques; deux Ouvroirs; un Hospice; un Orphelinat; une Hospitalité de Nuit; une Œuvre de Marins catholiques; un Comité pour l'Éducation des sourds-muets; un Comité Hôpital et Prison; un Refuge; un Bureau de renseignements; un Comité de Garde-robe; une École. D'autres œuvres fondées par nos dévoués prédécesseurs ont pris un tel essor qu'elles se sont détachées du vieil arbre, le fruit étant mûr. Ces œuvres, telles que la Caisse d'Économie Notre- Dame et le Bon-Pasteur, vivent de leur vie propre et font un bien incalculable à la population de Québec et des environs.
Je ne saurais taire l'existence, à Québec même, de dix conférences composées exclusivement de jeunes gens, sur un total
de trente-huit conférences. L'Université, le Petit Séminaire un groupe d'anciens étudiants de l'Université, les Unions des Patronages, un groupe d'anciens des Unions, et les jeunes Congréganistes de la Haute- Ville, de Saint-Jean-Baptiste et de Saint-Sauveur, constituent l'effectif de ces dix conférences, qui sont la joie et la consolation des ainées.
Dans cette salle même, dimanche prochain, à l'occasion de l'assemblée générale réglementaire des conférences, l'une des jeunes conférences, celle de Saint-Clément, dont le siège est au Patronage, célébrera le vingt-cinquième anniversaire de sa fondation, en présence de Sa Grandeur Monseigneur l'Archevêque de Séleucie, qui a bien voulu accepter la présidence de cette réunion.
Et ce soir, M. le Chanoine, vous êtes au centre même d'une des œuvres les plus vivantes et des plus bienfaisantes de la Société de Saint- Vincent de Paul, à Québec: j'ai nommé le Patronage. Cette œuvre a déjà plus d'un demi siècle d'existence: elle est plus prospère que jamais, ayant, au cours des années, multiplié ses moyens d'action suivant les circonstances. C'est ainsi que dans ce Patronage, il y a l'œuvre spéciale de l'École gratuite pour les petits enfants des familles visitées par les confrères des conférences ; des Unions pour les jeunes gens au nombre de trois; une Maison de Famille pour les apprentis; une Caisse d'épargne; une Hospitalité de nuit. Je pourrais aussi mentionner le grand Noviciat et le petit Noviciat des chers Frères de Saint- Vincent de Paul, les directeurs expérimentés et zélés de cette belle oeuvre du Patronage. Cette congrégation des Frères de Saint- Vincent de Paul est chère à plus d'un titre à nos conférences. Elle a eu pour fondateur le bon M. LePrévost, ami d'Ozanam, l'un des membres de la première conférence de charité établie à Paris en 1833. Puis cette congrégation nous vient, comme la Société de Saint- Vincent de
Paul, du pays de l'apostolat, de la patrie par excellence de la Charité, de la France, plus grande que jamais dans l'épreuve et plus digne d'amour et d'admiration qu'à aucune autre époque de son histoire.
Toutes ces conférences, ces conseils et ces œuvres que je viens d'énumérer, M. le Chanoine, donnent libre cours à leur activité sous les auspices du Conseil supérieur de Québec, constamment en rapport avec le conseil général de Paris, et conformément aux prescriptions du Manuel, l'évangile du confrère de la Saint- Vincent de Paul. Au Canada comme en France, comme dans tous les pays où elle exerce sa bienfaisante influence, la Société de Saint-Vincent de Paul n'est plus une œuvre particulière, mais suivant l'heureuse expression de Monseigneur Baunard : ''C'est l'œuvre générale de la charité". Elle sait s'adapter à tous les temps et à tous les lieux, avec une souplesse remarquable; mais elle est demeurée intransigeante quant aux principes qui l'animent depuis son origine, aux traditions de piété, d'humihté, de désintéressement et de prudence consignées dans ses règlements, et qui la soutiennent et dirigent depuis près d'un siècle.
Et ce soir, combien mes confrères et moi sommes particulièrement heureux d'avoir au milieu de nous un prêtre de France, un apôtre de la Charité, un vaillant aumônier militaire, un des glorieux mobilisés de 1914 qui porte sur sa poitrine avec autant de pieuse modestie que de fierté patriotique l'insigne de la Légion d'honneur et la Croix de guerre! M. le Chanoine, suivant un désir exprimé par notre vénérable président général — désir que nous avions prévenu, je dois l'avouer — vous allez nous parler de notre chère Société de Saint- Vincent de Paul, vous qui avez eu l'honneur et le bonheur de prêcher naguère une retraite à nos confrères de Paris. Avec quelle joie les confrères de Québec, réunis en si grand nombre ce soir,
vont écouter vos paroles d'apôtre; avec quelle bonheur ils vont recueillir les nobles et fiers accents de votre voix toujoursjsi profondément chrétienne et si fièrement française. M. le conférencier, au nom du conseil supérieur de Québec et de toutes les conférences de la cité, je vous remercie avec une profonde émotion et une sincère reconnaissance pour l'incomparable plaisir que vous nous procurez à tous, ce soir, et pour tout le bien que vous nous ferez en nous faisant mieux comprendre encore le beau rôle qui incombe aux confrères d'une conférence de Saint- Vincent de Paul.
Chers confrères,
Conformément à une tradition aussi ancienne que notre Société, une quête sera faite parmi vous dans un instant. Ç| Le produit de cette quête, que je souhaite très abondante, sera remis au distingué conférencier de ce soir, M. le Chanoine Thellier de Poncheville. L'aumône que nous allons déposer avec bonheur dans le plateau qui va nous être présenté incesssament, est destiné à une œuvre qui doit nous être particulièrement chère, à nous Canadiens: celle de la reconstruction des égUses du nord de la France, temples séculaires que la barbarie allemande n'a pas voulu respecter. Ces églises pillées, incendiées, démolies, ce sont celles de plusieurs des antiques provinces d'où sont venus jadis nos pères, telles l'Artois, la Picardie, la Champagne. C'est dans ces églises que furent baptisés nos aïeux; c'est dans les vieux cimetières qui les environnent que reposent leurs restes bénis, profanés sans doute :dans bien des cas par l'envahisseur. Nulle œuvre ne saurait donc être plus chère à nos cœurs; aussi je n'insiste pas, sachant que votre générosité saura le prouver dans quelques minutes. î
Monseigneur,
Permettez-moi, au nom du Conseil supérieur, de vous offrir notre bien vive gratitude pour avoir accepté la tâche de remplacer Son Eminence le Cardinal Bégin, qui n'a pas pu être ici ce soir pour des raisons de santé. Cette démarche honore hautement la Société de Saint- Vincent de Paul, que vous comblez de bonté et à qui vous avez témoigné tant de fois une affection toute particulière. Merci, Monseigneur, de cette nouvelle faveur, et soyez assuré que la Société de Saint- Vincent de Paul s'efforcera de mériter de plus en plus la confiance que vous lui témoignez.
Dans ces temps troublés que nous traversons, où la haine semble avoir détrôné, pour un temps, l'amour chrétien, le rôle de la Société de Saint- Vincent de Paul est tout indiqué. C'est celui de rapprocher les âmes par la charité et de hâter si possible, le retour de la paix "après laquelle, disait Benoît XV le 6 décembre 1915, toutes les nations soupirent, une paix basée sur l'impartialité, et durable". Et après la guerre, qui se terminera bientôt par le triomphe de la justice sur la force brutale, les conférences de Saint-Vincent de Paul redeviendront les agents pacificateurs par excellence qui devront commencer par abattre les remparts d'inimitiés qui séparent les peuples, afin que le règne de l'amour succède à celui de la haine. Ce programme, c'est celui-là même que Sa Sainteté Benoît XV vient de tracer dans une récente lettre adressée au président général de la Société de Saint- Vincent de Paul: "Si un champ à peu près illimité s'ouvre dès maintenant à la charité chrétienne, ce champ paraît devoir être bien plus étendu encore quand, les hostilités terminées, il faudra relever toutes les ruines de la guerre (l)".
(l) Lettre du Souverain Pontife à M. le Vicomte d'Hendecourt, 3 février 1917.
Nous sommes heureux de déposer ces vœux aux pieds de votre Grandeur, dont nous implorons pour toutes les conférences du Canada les plus ardentes bénédictions.