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COMMENT CULTIVER LE SENTIMENT NATIONAL Â L'ÉCOLE PRIMAIRE

Conférence donnée devant l'Association d'Éducation DU Canada, à Ottawa, le 15 août 1901

M. le président,

Mesdames et messieurs, (1)

Un des écrivains les plus en renom de la France actuelle, M. Brunetière, disait tout récemment devant une société d'éducation et d'enseignement, les belles paroles qui suivent:

Une éducation nationale ne peut avoir d'autre objet que de développer, que de fortifier ces sentiments qui font l'âme commune de la patrie, en nous rattachant non seulement entre nous, mais surtout à nos morts. (2)

(1) L'honorable M. de LaBruère, surintendant de l'Instruction publique, assistait à cette séance du 15 août. La veille, le 14, il combattit avec énergie le projet d'un Bureau fédéral d'Éducation. A la réunion du comité des vœux, le 16, où il n'y avait qu'un seul instituteur canadien-français, le directeur de \Enseignement Primaire, ce projet d'un Bureau fédéral fut retranché de l'ordre du jour, avec le consentement presque unanime des membres du comité.

(2) Extrait d'un discours de M. Brunetière, prononcé le 24 mai 1901, devant la Société d'Éducation et d'Enseignement catholique de France.

Apprendre aux enfants à aimer leur patrie, leur apprendre à vivre dans la paix et l'union avec leurs concitoyens, leur apprendre surtout à connaître et à aimer les grandes figures qui composent en quelque sorte l'histoire tout entière du Canada, voilà un des buts, et ce n'est pas le moindre, que doit se proposer l'instituteur dans l'éducation des enfants qui lui sont confiés.

La Patrie

L'idée de patrie, après l'idée de Dieu, voilà donc ce qu'il importe de développer à l'école primaire.

Il y a des écrivains qui ont combattu et qui combattent encore cette noble et féconde idée de patrie. Ils ont dit et nous disent encore que la patrie est un vieux préjugé; qu'il n'y a que l'humanité. Sous le prétexte de faire l'homme, ils suppriment le citoyen, et prétendant servir le genre humain, ils suppriment tout simplement la patrie. C'est ainsi qu'on a créé le cosmopolitisme, l'une des plus monstrueuses erreurs que nous ait léguées le siècle qui vient de finir.

Dès 1872, l'historien H. Martin combattait avec vigueur et succès tous les sans-patrie qui avaient élu domicile en France. Dans un discours prononcé à l'École normale de Laon, l'auteur renommé s'écriait :

Ceux qui font la guerre à l'idée de patrie précipitent les peuples dans la mort et dans le néant.

A vous, instituteurs, de combattre ces faux préjugés au nom de la religion de la patrie.

Je n'emploie pas à la légère ce terme de religion: la patrie n'est point une éducation arbitraire de la volonté humaine. C'est Dieu qui a institué la patrie comme la famille. C'est la sagesse éternelle qui a fondé l'ordre de ce monde sur la division du genre humain en nations diverses ayant chacune leur génie et leurs fonctxrr, propres. Les ennemis de l'idée de patrie sont en révolte contre les lois éternelles aussi bien que contre les lois hmnaines.

Le 20 de juillet 1899, le Père Didon, Fun des plus célèbres disciples de Lacordaire, prononçait à l'école d'Arcueil un beau discours, pour revendiquer la part du sentiment dans l'éducation de la jeunesse. Parmi les sentiments susceptibles de devenir ainsi des ressorts d'âmes et des pivots de vie morale, le Père Didon place au premier rang V amour de la patrie, et il adresse à un disciple imaginaire cette superbe et pathétique exhortation :

N'écoute pas, ô mon disciple, ceux qui te diront que la patrie n'est qu'un préjugé étroit, qu'il faut aimer l'humanité, que cela suflBt; non, tu sais que l'humanité est composée de patries et que les patries sont d'institution divine, comme les familles. Elles forment dans le grand ciel humain des constellations mystérieuses, immuables.

N'écoute pas ceux qui disent: les nations vieillissent et meurent

Et toi, Fils de France, pénètre-toi de cette conviction ardente que ta patrie est nécessaire à l'humanité, puisqu'elle représente, au milieu des autres pays, i^i force au service du droit, le secours toujours donné aux opprimés et aux injustement vaincus.

N'écoute pas ceux qui voudraient faire d'elle une Athènes, une académie, un conservatoire, un théâtre, un jardin de plaisir, et qui méconnaissant — lec sophistes f — le rôle sacré de la force, voudraient briser les dents du hon, couper ses griffes, énerver ses muscles.

Non, travaille à donner à ton pays la puissance matérielle qui s'impose à l'heure tragique où il faut que la force reste à la justice et au droit.

N'écoute pas ceux qui rêvent de la domination exclusive d'un parti et dont l'idéal serait une France coupée en deux, l'une esclave à merci, l'autre triomphante à merci.

Travaille à l'unité de ton pays, que ton patriotisme soit hanté par le rêve de l'unité de tes concitoyens. Si tes idées l'emportent, gouverne selon tes idées mais ne refuse jamais la tolérance à tes adversaires, respecte-les comme une opposition nécessaire Tu auras grandement agi si tu te souviens de ce mot de VercingétorJx, le glorieux vaincu:

La Gaule, unie et animée d'un même esprit, peut défier l'univers.

Changeons quelques mots, modifiions certaines pensées, et cette forte page convient à tous les pays de la terre.

L^Amour sincère de la patrie repose sur la justice

Mesdames et messieurs, permettez-moi d'appliquer quelques-uns des passages de la citation qui précède aux conditions particulières de notre patrie commune, le Canada. Travaillons à donner à notre patrie la puissance matérielle nécessaire aux jours d'épreuves; mais, de grâce, n'écoutons pas ceux qui, au Canada, rêvent la domination exclusive d'une nationalité et dont l'idéal serait une patrie coupée en deux, l'une triomphante et l'autre esclave.

Non, non ! ce n'est pas ainsi que le peuple canadien pourra devenir fort. Si nous voulons sincèrement assurer au Canada un avenir durable, il nous faut de toute nécessité créer un sentiment national dont la justice et l'amour de la patrie formeront la base; un sentiment national assez puissant pour servir de rempart aux minorités, quelles qu'elles soient, sur tous les points du Dominion; un sentiment national assez puissant pour faire remonter l'amour de notre patrie aux sources mêmes de son histoire, c'est-à-dire au XVIe siècle.

Mais pour créer un pareil sentiment national, il faut pour l'instituteur, qu'il sache, qu'il comprenne, ou plutôt qu'il sente bien ce que c'est que la patrie. Emile Souvestre a dit avec une précision charmante: ^Ta patrie, c'est le morceau du monde où Dieu a attaché notre corps et notre âme." Cette définition est très belle mais elle n'est pas à la portée des enfants. Si j'avais à expliquer ce mot de patrie à des élèves d'écoles primaires, voici, il me semble, à peu près en quels termes je leur parlerais:

— Mes biens chers petits compatriotes, jusqu'à ce jour, pour vous, la patrie, c'est tout ce qui vous entoure, tout ce

que vous aimez. La chambre où travaille votre mère, la maison paternelle, les voisins, les champs, les arbres, le vieux cimetière où reposent les parents et les camarades défunts, la petite école, le bon curé de la paroisse, le clocher du village, c'est la patrie! Vous la voyez, vous la respirez partout, cette chère et bien-aimée patrie.

''Néanmoins, la patrie ce n'est pas seulement le berceau.

Où l'on aima sa mère, où l'on connut son Dieu, "Où naissent les enfants dans la chaste demeure, "Où sont tous les tombeaux des êtres que l'on pleure.

''C'est bien plus que cela!

"La patrie, c'est avant tout l'ensemble des institutions à l'abri desquelles votre père a pu établir sa maison, y économiser le fruit de son travail, y aimer votre mère et donner la nourriture et l'éducation à ses enfants.

"La patrie, c'est encore une puissance bienveillante et sévère qui veille sans cesse à nos côtés pour faire respecter nos droits, qui nous permet de vivre paisibles dans notre maison, pour jouir du fruit de nos labeurs et du bonheur du foyer domestique.

"Si nous sommes libres, c'est-à-dire soustraits à la domination du plus fort et du plus habile; si nous pouvons accomplir nos devoirs sans entraves, exercer librement notre religion, c'est grâce à la patrie; c'est aussi sous la protection de la patrie que l'éducation se répand, que l'agriculture se perfectionne, que l'industrie se développe, que le commerce prospère et que les sciences et les arts fleurissent.

"Figurez-vous, mes jeunes amis, vos droits et vos devoirs, votre bonheur et votre Hberté, vos affections et vos espérances vos souvenirs et votre reconnaissance; réunissez tout cela sous un seul nom, et ce nom-là sera la patrie.

"Si la patrie tient une si large place dans notre existence, si nous lui devons, après Dieu et la religion, tout ce que nous pondons, tout ce que nous sommes, nous devons donc^^ l connaître sa Constitution et ses Inst^tut^ons afin d pouvoir la servir avec amour et fidélité. Et, ---« .^^^^ ;:* ^^f J servir, la patrie canadienne, comme elle exige peu de ses

enfants:

"Obéir à ses lois.

"Contribuer à la richesse nationale.

"Voter librement et consciencieusement au jour du scrutm. |

"Vousdevez vous estimer heureux, bien aimés jeunes gens, !

de vivre dans un pays où le service militaire est hbre, où e el mat est des plus salubres et le sol fertile; dans un pays où le . territoire est parsemé d'une quantité innombrable de lacs, ToTl nombreuses rivières et couvert de riches forets d toutes sortes; dans un pays enfin où la soumission aux lois est adSe la liberté individuelle parfaitement assurée, la relX profondément respectée et le droit de propriété smirnt'reconnu. La Consi^on politique du Cana a n^^^^^^^ nPrmet de jouir en paix de ces immenses bienfaits, et ses 1ns Si favorisent le développement de nos forces nationales.

"Jeunes Canadiens! n'oubliez pasquele droit P^bbc dont nous iouissons a été inscrit article par article dans la Constitu- Z cardTenne, après des efforts héroïques et des luttes parler^rZs gigantesques; que cette Constitution elle-même a Sfarachée lambeau par lambeau à l'oligarchie grâce aux effortrdes générations qui nous ont précédés n'oubliez pas aus^que les deux nobles races qui habitent le Canada ont des Z s égaux et que jamais une de ces deux races ne doit chéchia doX Ltre: du maintien de cette égalité nationale dépend le salut de notre patrie. ' ' ■

Il est facile de comprendre, mesdames et messieurs, que la culture du sentiment national à l'école ne saurait se faire par intermittence. Non, cette éducation, comme toute autre éducation d'ailleurs, doit se donner à petite dose, un peu chaque jour, et cet enseignement, plutôt occasionnel que direct, se greffe tout naturellement, en grande partie du moins, sur celui de l'histoire.

Quel caractère doit revêtir l'enseignement de l'histoire nationale dans nos écoles canadiennes? Voilà ce que nous allons traiter brièvement dans la dernière partie de notre travail.

L'Histoire nationale au Canada

Si nous admettons que le sentiment national peut et doit être cultivé à l'école, il faut donc nous hâter de conclure : qu'à l'histoire incombe le glorieux devoir de faire aimer et de faire comprendre la patrie. Mais le patriotisme qu'il est nécessaire d'éveiller et de former chez l'enfant, doit être un patriotisme vrai; c'est-à-dire un patriotisme qui est à la fois un sentiment et la notion du devoir,

"Or, suivant l'heureuse expression d'Ernest Lavisse, tous les sentiments sont susceptibles d'une culture et toute notion d' un enseignement. ' '

^histoire doit donc cultiver le sentiment et préciser la notion. C'est pourquoi il faut rejeter les conseils de ceux qui, au Canada, prétendent que le maître ne doit enseigner que très sommairement les trois premiers siècles de notre histoire nationale. Dans certains milieux, on est prêt à réduire l'enseignement de l'histoire du Canada au siècle dernier: de 1759 à nos jours.

Non, messieurs, cette méthode historique est fausse et injuste: elle cherche ni plus ni moins à rejeter dans Tombre les grands noms des premiers pionniers français qui ont exploré si courageusement l'Amérique du Nord.

Il y a dans le glorieux passé qui s'étend de 1534 à 1759 une poésie qu'il faut verser dans l'âme des jeunes Canadiens, quelle que soit leur origine, pour y fortifier le sentiment patriotique.

Faisons- leur aimer nos vaillants ancêtres : Jacques Cartier à Gaspé, à Stadacona et au Mont-Royal ; Champlain à Québec et sur les rives des Grands Lacs; La violette aux Trois-Rivières; de Maisonneuve à Montréal; Marquette, LaSalle, de La Vérendrye dans leurs courses étonnantes; DoUard au Long Sault; Brebeuf et Lalemant versant leur sang par amour pour l'Évangile; Montcalm et Wolfe, mourant tous deux sur les hauteurs de Québec au service de leur patrie respective; Lévis et Murray luttant désespérément sous les murs de la vieille capitale, le premier pour sauver l'honneur des armes françaises et le second pour assurer un nouveau royaume à son roi. Et dans la suite, mettons toujours en parallèle les représentants attitré des deux races qui ont compris que la grandeur et la prospérité du Canada reposent entièrement sur l'esprit de justice qui doit animer les Canadiens, qu'ils soient d'origine anglaise ou française.

D'un côté, nous mentionnerons avec bonheur les noms de Murray, Dorchester, Elgin, Dufïerin, Baldwin, etc.; de l'autre, nous rappelerons avec orgueil les évêques Briand, Plessis, Lartigue, et les patriotes Bédard, Papineau, Parent, Lafontaine, Morin, Garneau, etc.

Enfin, en enseignant l'histoire, apprenons aux enfants à respecter les croyances et les droits de tous les sujets britanniques, sans exception, à respecter les croyances, les affections.

les droits et jusqu'aux rêves légitimes de tous les sujets du roi, même de ceux qui parlent le doux parler de France sur les bords du'Saint- Laurent.

Ainsi compris, l'enseignement de l'histoire anime l'âme des enfants de nobles et généreux sentiments, et prépare l'élève d'aujourd'hui à accomplir dans la suite les grands devoirs de citoyen.

Enseignement moral et patriotique, voilà donc l'aboutissant de l'enseignement de l'histoire à l'école primaire. Pour atteindre un but aussi utile, cet enseignement ne doit pas consister uniquement en des exercices purement mémoniques.

Écoutons, à ce sujet, un écrivain autorisé dont nous avons mentionné le nom il y a un instant :

Si l'enseignement de l'histoire ne doit laisser dans la mémoire que des noms, c'est-à-dire des chiffres, autant vaut donner plus de temps à la grammaire et à l'arithmétique, et ne pas dire un mot d'histoire. Rompons avec les habitudes acquises et transmises; n'enseignons pas l'histoire avec le calme qui sied à l'enseignement de la règle des participes. Il s'agit ici de la chair de notre chair et du sang de notre sang. Pour tout dire, si l'écolier n'emporte pas avec lui le vivant souvenir de nos gloires nationales; s'il ne sait pas que ses ancêtres ont combattu sur mille champs de bataille pour de nobles causes; s'il ne devient pas un citoyea pénétré de ses devoirs, l'instituteur aura perdu son temps.

Le vrai patriotisme

Nous admettons donc qu'il incombe à l'instituteur d'inotplanter l'amour de la patrie dans le cœur de l'enfant; nous admeiions aussi qu'il appartient surtout à l'histoire de faire connaître et aimer le pays natal. Voilà pourquoi les éducateurs chrétiens doivent se pénétrer profondément de la grandeur et de l'importance de leur rôje. Que tout esprit sec-

taire ou fanatique soit donc banni de l'école primaire; que l'enseignement quotidien du professeur tende à détruire chez ses élèves les sots préjugés que certains journaux se plaisent à répandre parmi le peuple. Que Ton me permette ici de citer à l'appui de mon assertion, le Daily Gleaner, de Fredericton, et le World, de Toronto. Le 17 avril dernier, le Daily Glanear parlait de V Expulsion des Acadiens en termes peu conformes à la vérité historique. Au cours de son article, l'écrivain du Gleaner laisse voir l'esprit fanatique qui l'anime et qui, à un moment donné, éclate. Voici l'explosion dans la langue même du journaliste qui en est l'auteur:

"There is another important feature in the matter not to be overlooked.

"Had the Acadians remained in full force, they might hâve outnumbered the

'Enghsh and made Nova Scotia a French province Uke Québec. This wouldhave

''been injurions to the welfare of a British colony and would hâve added to the

"inconveniences felt by the existence of the soHd French of Québec."

Ce qui veut dire en français :

li y a un autre aspect de cette question qu'il ne faut pas perdre de vue. Si les Acadiens étaient restés en grand nombre, ils auraient pu l'emporter sur les Anglais et faire de la nouvelle-Ecosse une province française comme Québec. Ceci aurait été nuisible à la prospérité d'une colonie britannique et aurait augmenté les inconvénients qu'on éprouve par suite de l'existence de l'élément français compact de la province de Québec.

Passons au World de Toronto, qui, au mois de mai dernier, sous le prétexte de signaler la constitution naissante de l'Australie, déclare que la nouvelle confédération vaut mieux que celle du Canada, parce qu'elle est libre de cette nuisance : l'usage des deux langues, (l)

D'ailleurs, pour être juste, je m'empresse de déclarer que tous les journaux de langue anglaise ne sont pas animés de cet esprit étroit qui caractérise parfois les journaux cités il y

(1) Voir le Temps, d'Ottawa, du 15 mai 1901.

a un instant. Non, quelques publications anglaises se font un devoir de prêcher les principes que j'ai Thonneur de préconiser devant vous aujourd'hui, mesdames et messieurs. Ce que je viens de dire de quelques gazettes soucieuses de leur dignité et de l'immense responsabilité qui leur incombe, je puis aussi le proclamer avec bonheur de plusieurs politiciens d'Ontario. C'est ainsi que tout récemment, M. Robinson, député de West-Elgin aux Communes, prêchait l'union nationale, à la fête des orangistes, à St-Thomas, le 12 de juillet dernier. Ce courageux député a défendu bravement les Canadiens français et il s'est écrié à la fin de son discours :

Nous savons que ce sont les Français du Bas-Canada qui ont conservé à l'emi pire britannique tout ce vaste Dominion, car si ces Français n'avaient pas été fidèles à ce pays, vous autres, orangistes qui m'écoutez, vous n'auriez pas ici assez de place pour vous tenir debout. (1)

Voilà de nobles paroles que je signale à tous ceux qui ne peuvent pardonner aux premiers pionniers du Canada d'avoir su conserver leur religion, leur langue et leurs lois.

Je pourrais citer encore bien d'autres extravagances de langage qui ont cours presque quotidiennement dans quelques journaux de langue anglaise. Mais inutile d'accumuler ici des citations qui n'ont rien d'agréable pour des personnes réfléchies.

En mentionnant le Daily Gleaner et le World, j'ai voulu tout simplement dénoncer le fanatisme dangereux qui détruit avec une persistance effrayante l'œuvre patriotique que poursuit l'instituteur canadien. Je sais que ce fanatisme n'a pas cours dans les écoles canadiennes anglaises. Non! non! A l'école, il ne doit pas y avoir de place pour le fanatisme. Notre

(1) Pour les détails de cet incident, voir la Patrie, de Montréal, du 19 juillet

rôle à nous, éducateurs, c'est d'apprendre à la jeunesse confiée à nos soins que la justice et la charité chrétienne constituent seules le fonds d'un patriotisme solide et durable.

Formés de la sorte, les petits Canadiens, qu'ils se réclament de la belle France ou de la puissante Angleterre, sauront toujours respecter les droits de leurs concitoyens, surtout lorsqu'il s'agit d'une minorité. Que nos efforts tendent vers ce but, chers confrères, et dans vingt-cinq ans d'ici, le peuple canadien sera le peuple le plus heureux de la terre. Chaque province tiendra à honneur de traiter la minorité, en matières scolaires surtout, avec justice et générosité; c'est ce qui a lieu dans la province de Québec et tout le monde s'en trouve bien.(l) Lorsque la justice et le droit régneront dans chacune des provinces de la Confédération, le drapeau canadien saura rallier sous ses plis glorieux tous les fils du Canada, sans distinction d'origine, qui chanteront avec enthousiasme aux grandes fêtes de la patrie:

"O Canada! mon pays, mes amours!"

Ce jour-là, mais pas avant, un sentiment national réellement canadien existera dans toutes les provinces de notre cher et beau Canada. (2)

(1) Voir à l'Appendice, le Status scolaire des catholiques de langue anglaise dans la province de Québec.

(2) Cette conférence a été donnée dans une des salles de l'École normale d'Ottawa. Bien que l'auditoire fût presqu'exclusivement composé de Canadiens anglais, nous adressâmes la parole en français. Nos confrères d'Ontario, des Provinces Maritimes et du Manitoba nous écoutèrent néanmoins, avec une sympathie marquée. Avant la clôture de la séance, M. Miller, le distingué sousministre de l'Instruction publique d'Ontario, déclara que si le représentant des instituteurs de Québec n'avait pas donné sa conférence dans la langue de ses compatriotes, c'aurait été une déception pour les membres de la convention. Nous conclûmes de ces remarques que les Canadiens français ont tout à gagner à ne pas avoir honte de leur langue maternelle.

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