POST -SCOLAIRES
Discours prononcé devant un Congrès de l'Association
catholi45ue de la jeunesse canadienne-française
TENU À Québec, le 24 juin 1908 (1)
Monseigneur, (2)
Mes chers amis, (3)
La tâche de l'éducateur chrétien doit-elle se prolonger au-delà de l'école, ou cesse-t-elle le jour ou le maître dit adieu à ses élèves ?
En d'autres termes, est-il du devoir de l'instituteur catholique de suivre ses élèves après leur entrée dans le monde ?
(1) M. C.-J. Magnan, directeur de V Enseignement Primaire, lit ensuite un intéressant travail sur ï Instituteur catholique et les œuvres post-scolaires. M. Magnan déplore la rareté des œuvres post-scolaires et propose les moyens pratiques de remédier à ce fâcheux état de choses. Il regrette de voir l'Association ne recruter ses membres que dans les maisons d'éducation secondaire ou supérieure. "Nous voudrions que le vaste champ de l'enseignement primaire lui fût désormais ouvert". Et bientôt, emporté par l'enthousiasme du sujet qu'il traite, M. Magnan abandonne son manuscrit, et dans une chaleureuse improvisation qui fait frissonner l'assistance, il fait un appel à toutes les bonnes volontés et montre les jeunes bataillons de catholiques se réunissant à Québec comme une nombreuse et invincible armée. "Cette fois, dit-il, aux acclamations de ses jeunes auditeurs, nous irons en corps au manège militaire et la vaste salle sera peut-être trop petite."
Invité à joindre ce mouvement oratoire à son discours écrit, M. Magnan nous a répondu: "Il m'est impossible de reconstituer mon improvisation du 24 juin dernier. Je ne sais plus ce que j'ai dit: il me reste bien l'agréable souvenir d'avoir senti vibrer la salle, d'avoir senti mon cœur battre plus vite et plus fort au contact d'un auditoire sympathique et c'est tout." (Extrait du compterendu : le Congrès de Québec, 1908, p. 155.)
(2) S. G. Mgr L.-N. Bégin, archevêque de Québec.
(3) Ce discours est reproduit du compte-rendu du Congrès de Québec, 1908.
La réponse à cette question est évidemment affirmative. En effet, il ne suffit pas de développer l'esprit de l'enfant, de cultiver son cœur et de former sa volonté pendant son séjour à l'école, il faut aussi le guider sur la route de la vie, au moins au départ, afin de préserver et d'affermir les principes chrétiens qu'il a puisés en classe.
Sa journée terminée, le véritable éducateur chrétien ne saurait se croiser les bras et se désintéresser du sort de ceux qu'il a aimés tel que le divin Maître le commande. L'instituteur catholique n'a pas charge d'âmes seulement pendant les heures de classe; son apostolat doit franchir les murs de l'école et s'étendre à tous ceux qui furent un jour ses élèves. (applaudissements) .
Le gardien de musée vit sans souci après ses heures de garde. La porte étant bien close, il est sûr que ses antiquailles sont à l'abri des injures du temps et des voleurs.
Il n'est pas de même de l'instituteur catholique. Il continue à veiller sur le dépôt sacré dont il fut un jour le gardien vigilant. Il redoute pour ces jeunes âmes qu'il a façonnées avec tant de soin, le souffle empoisonné de l'erreur. Il est inquiet à la façon de la bonne mère de famille, qui ne s'endort jamais, le soir, sans savoir où est son fils.
Le lendemain de V école offre donc à l'instituteur catholique et patriote un sujet sérieux de réflexion, et les œuvres postscolaires qu'appelle ce lendemain, ouvrent au maître chrétien des horizons assez vastes pour satisfaire son zèle d'apôtre.
Mais, tout d'abord, dans notre catholique province, est-il bien vrai qu'il soit nécessaire, même utile, de se préoccuper de 'lendemain de l'école" ?
Il y a des optimistes, gens heureux à la vérité, qui vous
diront que notre milieu social n'offre pas à la jeunesse les dangers des vieilles sociétés européennes ou du matérialiste milieu américain.
De prime abord, cette assertion semble juste.
Mais la réalité lui donne le démenti. En effet, nous n'avons qu'à regarder autour de nous, soit dans les villes, soit dans les villages, pour constater que, chez nous, les jeunes gens sont abandonnés trop tôt à eux-mêmes. Après leur sortie de l'école, à part de rares exceptions — le Patronage des Frères de Saint- Vincent de Paul de Québec, par exemple — personne ne s'est occupé d'eux d'une façon méthodique. Ces jeunes enfants sont abandonnés à eux-mêmes, juste au moment où les dangers du monde, de nouvelles difficultés et des écueils de toutes sortes peuvent troubler leur cœur, fausser leur esprit chrétien et peut-être finalement les conduire au désastre.
Dans les villes, à peine dix pour cent des jeunes gens sont enrôlés dans des associations de persévérance. La masse est livrée au hasard des rues, à l'influence délétère du théâtre interlope ou du cabaret.
Certes, je rends hommage ici aux congrégations de la sainte Vierge, aux conférences de Saint- Vincent de Paul, aux ligues du Sacré-Cœur et aux rares Patronages vraiment catholiques établis dans notre province. Le bien opéré par ces différentes associations est considérable. Mais il n'en est pas moins vrai que ces divers groupements ne comptent dans leurs rangs que l'infime minorité des jeunes gens de 15 à 25 ans.
A part les catéchismes du dimanche, les œuvres post-scolaires sont inconnues dans nos campagnes. Les petits garçons quittent l'école peu de temps après leur première communion; désormais, en dehors du travail manuel que les parents imposeront, aucun but sérieux ne leur est proposé; une seule
chose les préoccupe; s'amuser sans frein, très souvent grossièrement, courir les chemins, en dehors de toute surveillance.
Qu 'arrive- t-il, dans les villages surtout ? Presque tous les garçons de treize à vingt ans emploient leurs loisirs à des riens ; la flânerie règne en maîtresse chez nous. On perd son temps, on croupit dans l'ignorance, et très souvent le cœur se corrompt, l'âme se déflore, le jugement se fausse et la droite raison sombre au sein des réunions où la liberté du langage ne connaît pas de limite.
Il est une habitude qui existe dans nos villages, que nous croyons devoir signaler à ceux qui ne veulei^i pas fermer absolument les yeux sur les dangers qui menacent présentement la jeunesse catholique dans notre pays.
Il s'agit, ici, des villages principalement.
Tous les soirs, après le souper, le jeune gars, la pipe au bec (rires) quitte la famille et se dirige crânement vers la station du chemin de fer, le magasin de son choix ou tout autre lieu de réunion nocturne. L'auditoire qui compose ces clubs d'un nouveau genre, comprend des personnes de tout âge et de toute condition. Les éclats de voix, les grosses farces, les histoires immorales, les dissertations politiques dangereuses, etc., voilà ce qui constitue d'habitude une séance de bavards. Les jeunes gens encore bons à l'époque de leur première communion, ne tardent pas à se gâter en fréquentant de semblables milieux.
Devenu homme fait, après avoir reçu une telle éducation de flâneur, ignorant ses vrais devoirs de catholique, le jeune Canadien s'établit, et le voilà citoyen. Dorénavant, c'est à ce juge si mal éclairé que les questions politiques et sociales les plus délicates, les plus importantes et les plus difficiles seront
soumises! Rien de surprenant si, parfois, nombre des nôtre» sacrifient à l'intérêt ou aux passions les plus sacrés de nos droits religieux ou nationaux.
Mais que faire, me dira-t-on, pour enrayer un pareil mal ? Que faire? Mais se remuer, s'occuper de la jeunesse, ne pas l'abandonner à l'époque où elle a le plus besoin de protection. (A pplaudissements.)
Les jeunes gens aiment à se réunir; c'est naturel, c'est légitime. Eh bien! réunissons-les de temps en temps, dans un bon but, procurons-leur des amusements honnêtes, des distractions intellectuelles, en un mot, dirigeons l'activité du jeune homme vers le bien, au lieu de le laisser se dépenser inutilement, ce qui est toujours funeste.
C'est ici que l'œuvre des Patronages: Unions, Cercles d'études s'offre à nous comme le grand remède aux maux qui affligent actuellement notre chère patrie canadienne-française.
Que dans chacun des mille villages de notre province se forme un cercle catholique : voilà autant de foyers d'où rayonnerait la chaleur nécessaire aux œuvres de la paroisse, telles que la visite des pauvres par les conférences de charité, les conférences populaires, l'œuvre des bonnes lectures et de la bonne presse, etc. Que chacun de ces cercles compte seulement une dizaine de membres; voilà déjà un bataillon de 10,000 catholiques militants pour qui la foi ne saurait exister, sans les œuvres. Que de merveilles une telle armée ne pourraitelle pas accomplir sous le souffle puissant du catholicisme! (applaudissements)
Gédéon sauva son peuple grâce à trois cents braves. Que ne ferions-nous pas avec dix mille ? (longs applaudissements).
Déjà l'Association de la jeunesse catholique a accompli de grandes choses, chez nous: son influence s'est fait sentir dans plus d'une occasion.
Mais cette belle association, jusqu'à ce jour, jie recrute ses membres que dans les maisons d'éducation secondaire ou supérieure.
Nous voudrions que le vaste champ de l'enseignement primaire lui ft^t désormais ouvert (vifs applaudissements). Nous sommes convaincus que les instituteurs primaires, religieux et laïques, se feraient un devoir, sous la direction des autorités paroissiales, de grouper leurs anciens élèves en cercles d'études. Patronages ou Unions affiliées à l'A. C. J. C, qui de ce chef multiplierait prodigieusement ses moyens d'action et son influence (applaudissements).
Dans ces cercles, qui auraient leurs réunions fréquentes et régulières, on parlerait sérieusement à la jeunesse de la nécessité de se dévouer à tout âge pour conjurer les dangers qui menacent le peuple canadien-français, au double point de vue religieux et national. On les convaincrait que, si chaque Canadien français, chaque catholique remplissait bien ses devoirs de chrétien et de citoyen, et travaillait avec zèle, sur le terrain qu'il habite, nous aurions "bientôt fait d'assurer le triomphe des idées catholiques et canadiennes françaises dans la province de Québec (applaudissements).
Hâtons-nous de grouper la jeunesse dans un but religieux et patriotique. C'est au moyen de l'association seulement, du groupement — Patronages, Unions, Cercles, peu importe — que nous réussirons à faire de nos jeunes gens de solides chrétiens qui résisteront à toutes les mauvaises influences, qui deviendront des apôtres et, plus tard, inoculeront à notre société canadienne le levain sans lequel elle périra infailliblement (applaudissements) .
Ici, permettez-moi d'ouvrir une parenthèse, afin de rappeler aux éducateurs ^^qu'ils ne peuvent espérer faire du bien
aux élèves après leur sortie, qu'autant qu'on leur a fait aimer l'école, qu'on a conquis leur estime, leur cœur et leur confiance."
Comment peut-on espérer que nos élèves nous reviennent avec joie si leur séjour à l'école a été plutôt désagréable, s'ils ne se sont pas sentis véritablement aimés de leurs maîtres ?
Non seulement l'instituteur rendra le séjour de l'école agréable à ses élèves, mais donnera un enseignement tel que chaque leçon soit une préparation à la vie. Et pour ne parler que de l'histoire du Canada, chacune de ses pages doit laisser dans l'âme de l'enfant, en plus du vivant souvenir de nos gloires nationales, la forte trace de leurs vertus religieuses et civiques (applaudissements) .
Et quels modèles plus dignes d'imitation que Cartier, Champlain, Maisonneuve, DoUard, Brtbœuf, Laval, Lévis et dans un temps plus rapproché, Briand et Plessis, Laf ont aine et Morin (applaudissements prolongés) .
Dans l'accomplissement de ses devoirs quotidiens, l'instituteur catholique doit préparer l'avenir. Pour lui la jeunesse étudiante, c'est le blé qui lève, c'est l'espoir de l'Église et de la Patrie. Un tel instituteur prépare l'élève au ''lendemain de l'école", de telle sorte, que grâce à lui, les œuvres postscolaires naissent naturellement dans le milieu où il vit comme la fleur sort de son bouton.
Et lorsque dans tous les centres de notre province, il y aura un groupe de jeunes gens intégralement catholiques, pratiquant leur religion avec zèle et intelligence, le problème de notre avenir national sera en grande partie résolu (applaudissements répétés).
(1) Chanoine Barès.
Les œuvres de jeunesse sont réclamées par les personnes les plus autorisées en la matière. Sans sortir de notre province, permettez-moi de citer l'opinion du R. P. Nunesvais, supérieur des Frères de Saint- Vincent de Paul de Québec:
"Au souci de Tenfance joignons la préoccupation de la jeunesse. Elle aussi est l'enjeu de la lutte. Cette jeunesse a besoin, aujourd'hui, d'une formation spéciale, proportionnée aux luttes que lui réserve l'avenir. Cette formation spéciale nous la donnerons dans ces œuvres de persévérance. Cercles, Unions, etc., qui dans d'autres pays sont devenues les seuls moyens de défense contre l'envahissement du mal. Ne nous laissons pas porter à embrasser par simple engouement ce qui se fait ailleurs, mais quand nous voyons que des hommes clairvoyants et vraiment chrétiens, répondant en cela aux recommandations de l'Église, mettent tout leur espoir dans ce nouveau mode d'apostolat, nous serions coupables de ne pas opposer l'unité de résistance à l'unité diabolique de Tattaque."(l)
Parlant du même sujet, le Messager Canadien du Sacré- Cœur de Jésus, livraison d'octobre 1903, disait:
"Il en est aussi qui se demandent si le temps n'est pas arrivé de créer, à l'exemple de ce qui se fait ailleurs, des patronages et des cercles d'études où les jeunes gens travaillent sous la direction de guides sûrs dans un but commun d'apostolat ou de préparation à la vie professionnelle".
C'est donc avec raison que l'A. C. J. C, a inscrit au programme de ce congrès: les Œuvres Post-Scolaires, Ce sujet s'impose à l'attention sérieuse de ceux qui se préoccupent de l'avenir du Canada français.
(1) Les Fleurs de la Charité, 1905.
Les jeunes gens ont besoin d'amusements: et si les jeux ne sont pas organisés et surveillés par des personnes d'expérience, ils deviendront pour ces enfants des occasions de corruption. Comme à un certain âge la famille ne suffit pas à l'activité et à la curiosité du jeune homme, c'est donc un devoir pour ceux qui s'intéressent au bien des âmes de créer des patronages et des cercles pour instruire, amuser, fortifier et préserver la jeunesse (applaudissements).
N'attendons pas qu'il soit trop tard. Les conditions sociales de notre pays ne sont plus les mêmes qu'il y a 20 ou 30 ans. Le développement extraordinaire des moyens de communication a fait naître avec lui celui de l'imprimerie et du théâtre ; les milliers d'étrangers qui sont jetés chaque année sur nos rives traînent à leur suite un bagage d'idées subversives; la franc-maçonnerie française a désormais ses quartiers en plein cœur du Canada français. *
C'est donc dire que notre nationalité est entourée de mille dangers, et que si nous n'y prenons garde, notre jeunesse sera bientôt passée à l'ennemi.
Que dans chaque paroisse donc, les instituteurs, avec la permission et l'aide du curé, organisent sans plus tarder des œuvres post-scolaires où les anciens élèves, de 15 à 25 ans, seront groupés pour jouer, s'amuser, étudier et surtout prier {applaudissements) ,
Je voudrais avoir le temps de vous décrire dans tous ses détails une journée du dimanche au Patronage de Québec. Permettez-moi de vous en donner au moins le sommaire: Il est 7 hrs du matin. Dans la grande salle de l'Union Notre- Dame, le Directeur attend déjà les jeunes gens. Dès 7}4 lirs, quelques-uns arrivent frais et joyeux. Vers 73^ hrs, la salle est déjà animée. A ce moment, les Congréganistes vont se réunir aux pieds de la Sainte- Vierge. A 8 hrs, messe des
jeunes gens et des enfants à l'école du Patronage: en tout 500. Aux jours de fête il y a grand'messe, et tous les dimanches instruction spéciale, chant de pieux cantiques d^autrefois, communions nombreuses.
On a bien prié, c'est maintenant le temps de s'amuser. Aussi de 10 hrs à midi, les jeux les plus variés se succèdent avec entrain. Une heure de calme et de repos pour refaire les forces, puis notre brave jeunesse de revenir en toute hâte au Patronage. De 1 heure à 3, les confrères des pieuses conférences de Saint- Vincent de Paul, deux à deux, vont visiter les pauvres; les autres camarades sont à la salle de lecture, à la bibliothèque, à la répétition d'un drame ou d'une comédie qui sera bientôt joué au Patronage au profit d'une bonne œuvre, ou aux billards.
A 3 hrs 1-2 tout le monde est réuni à la chapelle pour l'instruction et le salut. Immédiatement après le salut, les jeux et les amusements du matin reprennent avec une nouvelle ardeur. Et cela dure jusqu'à 6 heures. Nouvelle trêve d'une heure pour le souper, puis jusqu'à la prière. On retourne le soir à la maison un peu fatigué, mais l'âme satisfaite. Tous les soirs de la semaine, les salles redeviennent bruyantes, (l)
C'est dans ce milieu que les membres de l'Union trouvent le délassement après la journée de travail, les conseils paternels du chapelain et du directeur, l'amitié de camarades franchement pieux.
Eh bien ! ce que les Frères de Saint- Vincent de Paul réali- Sv.^nt en faveur de la jeunesse ouvrière sortie de leurs écoles, pourquoi les instituteurs catholiques de toutes les paroisses des villes et des campagnes, ne le tenteraient-ils pas au profit de la jeunesse en général? (applaudissements). Avec le concours
(1) Lire à ce sujet un très intéressant article du R. P. Nunesvais, dans Les Fleurs df la Charité, mars 1904.
des autorités paroissiales et le bon vouloir du personnel enseignant, religieux et laïque, dans cinq ans d'ici, la province de Québec serait couverte de Cercles d'études, de Patronages ou d'Unions, tous affiliés à l'A. C. J. C. (vifs applaudissements).
Qu'il serait consolant de voir dans chaque paroisse de la province un groupe de jeunes gens intelligents, actifs, disciplinés, préparant leur avenir, sous des guides éclairés, dans l'étude, la prière^^et des exercices physiques modérés et réconfortants!
Avec quel bonheur les directeurs de ces œuvres de jeunesse verseraient dans l'âme de ces vaillants soldats de la Patrie, cet enseignement du poète:
Aimez, ô jeunes gens, et respectez la vie: Elle est bonne à celui qui va droit son chemin, Et qui ne garde au fond de son âme ravie Que le rêve d'hier et l'espoir de demain;
Elle est bonne à tous ceux qui courent a leur tâche, Comme le laboureur qui se lève au matin. Et retourne son bien sans plainte et sans relâche, Malgré la terre dure et le ciel incertain.
Votre aube vient de naître à l'orient tranquille, Vos bœufs frais attelés se passent d'aiguillon, Votre charrue est neuve et votre champ fertile; Déjà l'épi futur germe dans le sillon.
Au travail, au travail! Faites votre journée; Vous êtes au matin, laissez venir le soir; Vous êtes en avril, laissez finir l'année; L'herbe d'ennui se fane où fleurit le devoir. (1)
Avec quel soin jaloux, ces mêmes directeurs feraient passer dans le cœur et dans l'esprit de leurs jeunes disciples leur ardent amour pour la patrie canadienne! Penchés sur les pages incomparables de notre histoire nationale, cette ardente jeu- Ci) H. Chantavoine, Travail et Devoir.
nesse frémirait d'orgueil au souvenir des hauts faits du passé et jurerait fidélité à la cause canadienne-française et catholique (applaudissements).
Cette année 1908 nous semble propice à la réalisation des rêves féconds: Laval et Champlain nous invitent à l'action énergique et réfléchie:
Laval, ce missionnaire intrépide, cet évêque doux et ferme, ce semeur de clochers qui nous a laissé cette incomparable organisation paroissiale à qui nous sommes redevables d'avoir survécu à toutes les défaites et à toutes les attaques (applaudissements) ;
Champlain, '^ce chrétien comme Charlemagne et saint Louis qui voulut que la religion occupât dans sa nouvelle patrie la première place, parce que seule, par son influence salutaire, elle peut donner à un peuple naissant des assises durables ;"(1) Champlain, ce patriote éclairé qui veilla sur notre nationalité avec une vigilance incomparable et sut l'arracher des griffes des Kertk, de peur que son œuvre ne s'anglifiât.
Ces deux héros nous supplient en ces fêtes commémoratives de ne pas forfaire au devoir. Par leur bouche, c'est la grande voix de l'histoire qui parle (applaudissements). Que nous dit-elle cette voix?
'Tréparez l'avenir en formant la jeunesse; c'est par elle que vous assurerez le triomphe définitif de votre nationalité" (applaudissements) .
Et cette jeunesse, nous la formerons en l'organisant, en la groupant méthodiquement, en la ralliant autour d'un drapeau commun sur lequel s'unissent harmonieusement les emblèmes de la Religion et de la Patrie, en l'instruisant de ses devoirs, et en
(1) D'après Mgr Racine, ancien évêque de Sherbrooke.
lui proposant un idéal digne de son ardeur et de sa générosité {Salves répétées d^ applaudissements. L'auditoire fait une ovation à r orateur).