‹ Au service des idées et des lettresChapitre 30 sur 43 · INTRODUCTION XXXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXI

La sécheresse des sujets n'a pas plus rebuté l'orateur que l'écrivain, et il a su, par la vertu de l'esprit et du style, en atténuer la disgrâce. Son discours de 1871 sur la révision des services publics vaut qu'on le relise pour le seul plaisir de goûter une diction pure au service d'idées vraies, — plus vraies encore aujourd'hui qu'il y a quarante ans bientôt. Jamais on ne fit avec plus de force unie à plus d'atticisme le procès du fonctionnarisme, cette « paresse salariée par l'Etat », et celui de la routine, « passion d'immobilité », qui éternise les institutions mauvaises. M. Lamy a plaint Jules Ferry de ne pas « chercher dans la politique ces satisfactions d'art qui consolent les orateurs d'avoir dit en vain quand ils ont bien dit ». Maintes fois il lui est arrivé de dire en vain ; toujours la consolation put lui rester d'avoir bien dit. Il appelait, un jour, le duc d'Audiffret-Pasquier « le plus vibrant des hommes sages ». La définition s'appliquerait bien à luimême. Sa parole, sage, même alors qu'elle était toute jeune, vibrait, et, à l'occasion, le pathétique n'y manquait point. Jaillie des profondeurs d'une âme généreuse, elle avait émotion et chaleur. Mais un art attentif la gouvernait. Le lettré surveillait le tribun, réglait ses-

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