‹ Au soir de la vieChapitre 11 sur 58 · LA GREVE · texte numérisé non relu

LA GREVE

La grève, la hideuse grève, menace encore d’exercer ses ravages aux Etats-Unis comme au Canada, d’ajouter ses horreurs à celles de la guerre. La guerre a pourtant fait assez de mal et les gouvernements ont assez à faire pour en réparer les ruines. Il faut que la sagesse humaine soit bien courte, bien impuissante pour qu’elle ne puisse rétablir la paix entre le capital et le travail. Où est l’homme, le bienfaiteur de l’humanité qui résoudra ce problème si inquiétant, si angoissant?

En tout cas, il est des services publics qui ne devraient pas être exposés à subir les conséquences de la grève. La santé, le bien-être, la vie même de la population l’exigent, et font un devoir aux gouvernements de les protéger, d’en assurer à tout prix le fonctionnement.

Si on pouvait au moins préserver la province de Québec de ces troubles funestes, afin qu’elle continue de mériter les éloges qui lui sont adressés de toute part. Si déjà les hommes les plus éminents des provinces anglaises peuvent déclarer que nulle part ailleurs le capital ne trouve autant de garantie, de stabilité que dans la province de Québec, que serait-ce le jour où il serait

connu que la législation y a rendu la grève impossible? Il doit y avoir assez de sagesse et de patriotisme chez nos hommes publics, chez nos capitalistes et nos ouvriers pour doter notre province d’une telle législation, pour instituer un tribunal qui rendrait justice aux uns et aux autres et dont les décisions seraient obligatoires. Rien ne serait plus propre à assurer l’avenir économique de notre province, à lui gagner le respect et l’admiration non seulement du Canada, mais du monde en général, à la faire donner en exemple aux autres pays. Notre gouvernement est assez fort pour opérer cette réforme patriotique qui lui ferait tant d’honneur et rendrait à notre province un si grand service. Qui oserait s’opposer à cette politique bienfaisante destinée à assurer l’harmonie entre le capital et le travail, à éviter des conflits désastreux? M. Taschereau a le talent et le courage qu’il faut pour faire ce que l’honneur, la prospérité, le bonheur et les intérêts les plus chers de la province exigent.

Ce serait le plus beau plumet à son chapeau.

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