‹ Au soir de la vieChapitre 16 sur 58 · LAURIER · texte numérisé non relu

LAURIER

“Laurier, dit B. C. L-, ne paraissait jamais fatigué ni ennuyé; rien ne pouvait troubler sa sérénité ; toujours à son siège, il écoutait tout avec la plus grande attention, même les tirades les plus violentes contre sa politique, sans manifester la moindre émotion, avec l’air paisible d’un chrétien écoutant dévotement la lecture du Symbole des Apôtres. Il avait des habitudes très régulières, se levait le matin vers huit heures, déjeunait en peu de temps, dépouillait sa correspondance et dictait à son secrétaire les réponses aux nombreuses lettres qu’il recevait. Entre neuf et dix heures, il montait dans un char électrique, comme le commun des mortels, et se rendait à son

bureau où l'attendaient plusieurs visiteurs, des amis, des quémandeurs, des étrangers qu’il traitait et écoutait avec la plus parfaite courtoisie et la plus grande patience. Tous s’en retournaient contents, et ceux qui étaient venus lui demander quelque faveur partaient avec la certitude d’obtenir ce qu’ils désiraient, mais la façon dont ils avaient été reçus plus que les promesses leur donnait cette conviction.

"Dans les réunions du conseil il laissait ses ministres donner libre cours à leurs pensées, à leurs visées, et lorsque leur éloquence était épuisée, il résumait la discussion en peu de mots et ses conclusions étaient adoptées unanimement. Sa bienveillance et sa courtoisie ne l’empêchaient pas d’exercer l’autorité d’un tsar, sa volonté faisait loi. Lorsque surgissaient des divergences d’opinion sérieuses entre lui et quelqu’un de ses collègues, le ministre récalcitrant était doucement amené à offrir sa démission qui était promptement acceptée. Le fait est qu’il avait une main de fer dans un gant de velours. Le soir venu, il s’en allait chez lui sans rien apporter des ennuis de la journée et se reposait dans sa bibliothèque en lisant ses livres favoris”.

BOBDEN

De sir Robert, B. C. L. dit : “Sir Robert différait beaucoup de sir Wilfrid. Il était essen-

tiellement avocat, d’un esprit fort, lourd. Rendu à son bureau à neuf heures et même plus tôt, il faisait une grosse journée de travail, d’un travail ardent et continu. La façon dont il recevait les visiteurs dépendait des circonstances, de la qualité de ceux qui désiraient le voir et du but de leur visite. Il se conduisait, dans ces circonstances, d’après les renseignements que lui fournissait un secrétaire habile et dévoué qui savait éloigner les importuns et se chargeait lui-même d’une partie considérable de la correspondance. Très affable parfois, son humeur, dans les dernières années de son règne spécialement, devint moins agréable, son accueil fut plus froid, plus rude même. La guerre lui apporta un surcroît de travail et de responsabilité qui finit par ébranler sérieusement sa santé et le força à déposer le fardeau qui l’écrasait. Depuis sa sortie de la politique active, sa santé comme son humeur s’est sensiblement améliorée et dans des relations sociales il fait preuve de bienveillance, d’amabilité”.

MEIGHEN

Du Très Honorable Arthur, B. C. L. se contente de dire que jamais premier ministre ne prit plus à cœur les devoirs de sa charge et ne travailla avec plus d’ardeur et de constance, qu’il lui fallut déployer beaucoup d’énergie et d’habi-

leté pour diriger un parti composé d’éléments si divers et pour tâcher de remédier aux maux de la guerre, mais qu’il ne fut pas assez longtemps au pouvoir pour qu’on puisse porter un jugement définitif sur ses qualités d’homme d’Etat.

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