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L’IRLANDE

Je disais, voilà deux ans, que l’Irlande avait bien tort de rejeter le HOME RULE que le gouvernement anglais lui offrait et d’avoir recours à la force pour obtenir ce que l’Angleterre ne pourrait jamais consentir à lui accorder, que les résultats de la politique des partisans d’une république irlandaise seraient désastreux. J’ajoutais que les vrais amis de l’Irlande devaient s’abstenir d’encourager une révolution qui plongerait ce malheureux pays dans les horreurs de la guerre et le couvriraient de ruines et de sang. J’ai été vertement réprimandé pour avoir exprimé ce que je croyais juste et bon pour l’Irlande, mais je prétendais que les événements me donneraient raison. Eh bien! ce qui se passe en Irlande ne me donne-t-il pas en effet raison? Qui en la voyant devenue le théâtre de l’incendiât, du meurtre, de l’assassinat, des crimes les plus révoltants peut s’empêcher de regretter qu’elle ne se soit pas contentée de chercher à améliorer l’autonomie qu’on lui offrait et que tous les grands patriotes irlandais auraient été si heureux d’accepter ? Le spectacle désolant qu’elle offre justifie pleinement les

prévisions de ses véritables amis et démontre une fois de plus le danger de confier les destinées d’un pays aux démagogues, aux violents.

Cette pauvre Irlande! elle a pourtant assez souffert. Ceux qui sont responsables de ses malheurs sont bien coupables.

N. B. — Enfin après un orgie de crimes, après des années de souffrances, l’Irlande a compris qu’elle ne pourrait obtenir son indépendance complète et qu’elle devait se contenter de l’autonomie et des libertés politiques dont jouissent les autres contrées faisant partie de l’Empire britannique. Les modérés, les hommes bien pensants ont fini par l’emporter sur les violents.

LONGEVITE

La conservation et la prolongation de la vie humaine sont l’objet des recherches et des études des savants. Ils s’accordent à dire que l’homme ne vit pas aussi longtemps qu’il le devrait et pourrait, qu’il cesse de vivre, lorsque, en pleine possession de ses facultés intellectuelles, et riche d’expérience, il est le plus utile à sa famille, à la société. Ils disent que si l’homme a pu vivre autrefois jusqu’à mille ans, il n’y a pas de raison pour qu’il meure maintenant si jeune. Ils admettent que les conditions de la vie humaine sont bien changées et qu’il serait téméraire de vouloir revenir au temps bibliques, aux premiers âges de la terre, mais ils prétendent que la moyenne de la vie humaine devrait être élevée de quinze à vingt ans et qu’un homme à 80 ans devrait être encore jeune de corps et d’esprit. Quelques-uns disent que la durée de la vie de l’homme devrait être, comme celle de l’animal, cinq fois plus longue que le temps de sa croissance, que le temps de cette croissance étant de vingt ans, vivre cent ans, au lieu d’être l’exception, devrait être la règle générale.

Leurs théories sont peu d’accord avec les opinions de ceux qui prétendent qu’à 60 ou 65 ans,

l’homme a passé la période de son activité physique et intellectuelle, de son utilité sociale.

Le sujet est intéressant et donne lieu à toutes sortes de théories plus ou moins raisonnables, de suggestions, et de recommandations souvent extravagantes. Toute exagération écartée, il est certain que l’homme ne vit pas en général aussi longtemps qu’il le devrait, ou qu’il est vieux, usé, lorsqu’il devrait être encore vigoureux .de corps et d’esprit. Ah ! sans doute, il faut tenir compte des accidents que l’homme ne peut prévenir, ainsi que des germes de mort prématurée qu’il apporte souvent en venant au monde, et. encore, l’expérience démontre que même dans ces cas exceptionnels, la vie peut être prolongée par des exercices répétés de la volonté. Mais il s’agit spécialement de l’homme doué d’une constitution souvent faible, peut-être, mais n’ayant aucun vice ou élément de faiblesse radical. C’est l'homme tel qu’il naît généralement, l’homme qui trop souvent abrège sa vie de 15 à 25 ans, faute de sagesse, de prudence et de connaissance des lois hygiéniques les plus élémentaires, et aussi par les abus les plus déplorables du boire et du manger.

On assure que la moyenne de la vie humaine s’est élevée dans les pays où la connaissance de l’hygiène a fait disparaître les causes de la plupart des pestes, des épidémies qui ravageaient l’humanité. Et on a constaté ici comme ailleurs que, grâce à cette connaissance, la mortalité infantile a diminué considérablement.

Mais voulant spécialement considérer la question de la mortalité dans la jeunesse ou l’âge mûr, je n’hésite pas à dire que la plupart des hommes ici plus qu’ailleurs, peut-être, meurent ou sont vieux trop tôt, par leur faute, par l’abus des bonnes choses de la vie, par l’ignorance des lois de la nature et des moyens les plus propres à conserver la vie. Et malheureusement c’est dans les classes instruites ou riches que ce mal se manifeste spécialement.

De tous les hommes que j’ai connus dans ma jeunesse ce sont les plus faibles qui en général ont survécu le plus longtemps. Pourquoi ? Parce qu’ils savaient que pour vivre longtemps ils avaient besoin de vivre sagement et d’éviter les abus et les excès qui ont tué un si grand nombre de leurs contemporains. Que de pertes regrettables, funestes à la société, au pays! Que d’hommes disparus avant d’avoir produit ce que leur talent promettait ! Que d’étoiles éteintes au firmament de la patrie !

Notre gaîté naturelle, notre hospitalité généreuse, notre besoin de nous amuser et d’amuser nos amis, de leur être avréables, ont été souvent la cause de ces abus. Il est des qualités, des sentiments louald es, mais dangereux par l’exagération.

L’usage des boissons fortes fait heureusement moins de ravages qu’autrefois ; ils étaient nombreux, lorsque j’étais jeune, ceux qui ne se cou-

chaient jamais sans avoir pris, dans le cours de la journée, de dix à vingt-cinq verres de boissons fortes. Il y a progrès sous ce rapport, et il y a lieu d’espérer que cette heureuse réaction continuera. Qu’on soit pour ou contre la prohibition absolue, il faut bien admettre qu’un breuvage inoffensif et même utile, dans certains cas, comme tonique et stimulant, surtout dans la vieillesse, devient un poison, lorsqu’on en fait un usage quotidien et immodéré.

Ceux qui prétendent que l’homme devrait vivre plus de ioo ans semblent ignorer que tous les organes qui constituent le corps de l’homme étant matériels, ne peuvent fonctionner pendant longtemps sans s’user, comme tout ce qui est matière. Et c’est la raison pour laquelle les dents, les yeux, les oreilles, l’estomac et les intestins se détériorent en vieillissant. Le plus qu’on puisse espérer est de prolonger sa vie jusqu’à de 80 à 90 ans, en conservant sa vigueur physique et intellectuelle, en continuant d’être utile à sa famille et à la société.

Mais pour cela il faut savoir, dès sa jeunesse, adopter des habitudes et un système de vie conformes aux lois de la nature et de l’hygiène; il faut se faire une volonté assez forte pour éviter tous les abus, tous les excès aussi funestes au corps qu’à l’âme elle-même. Il faut s’habituer à manger avec discrétion et modération ; des milliers de personnes ruinent leur estomac, quand

ils sont jeunes, en le surchargeant, en le forçant de digérer plus qu’il ne peut le faire. On a dit que la table tuait plus de monde que l’épée; c’était peut-être exagéré, mais non pas absolument faux. Non seulement il ne faut pas trop manger, mais il faut le faire lentement, en prenant le temps nécessaire pour mastiquer les aliments et se garder d’en empêcher la digestion par l’usage des boissons fortes; il faut même éviter de les noyer dans le vin ou l’eau, oui, même l’eau en trop grande abondance. C’est l’opinion des médecins et l’expérience démontre qu’ils ont raison. Ajoutons à cela les bains fréquents, les exercices physiques, la promenade au grand air, le travail, un travail quotidien, une vie sage, vertueuse, la force de résister aux suggestions d’une ambition démesurée et de maîtriser ses passions, ses émotions, ses chagrins et ses douleurs, de supporter les déceptions, et l’on aura des garanties d’une vie longue et aussi heureuse qu’elle peut l’être dans un monde où le bonheur parfait n’existe pas.

Sans doute il existe d’autres soins que le corps exige; par exemple, les médecins de nos jours disent que la conservation des dents est une condition essentielle de .santé et de longévité. Mais je ne crois pas nécessaire d’entrer dans les détails, dans la considération des causes minimes ou secondaires de la mortalité humaine.

AU SOIR DIÎ RA VIIC

Aux pères et mères de famille, aux directeurs de nos collèges et de nos écoles il appartient d’enseigner à la jeunesse les moyens de vivre heureux et longtemps, de lui faire contracter des habitudes qui lui procureront les bienfaits d’une vie longue et utile. On sait combien la santé et la vigueur physique sont nécessaires à l’homme qui veut faire le plus de bien possible à sa famille, à la société, à son pays.

Vu l’influence du corps sur l’esprit, il faut connaître ce qu’il exige pour mettre l’homme en état de donner toute la mesure de son talent, de son génie, pour rendre sa vie aussi utile et longue que possible.

On dit. “Si jeunesse savait et si vieillesse pouvait”. C’est bien vrai ; ils ne sont pas rares les hommes, les vieillards même qui avouent qu’ils auraient pu vivre dix ou quinze ans de plus s’ils avaient su prendre certaines précautions et éviter certaines erreurs. Les vieillards ne regrettent jamais de s’être privés, de s’être imposé des sacrifices, non seulement afin de vivre longtemps, mais aussi afin d’échapper aux infirmités de la vieillesse.

Les hommes deviennent de moins en moins excusables d’ignorer les moyens de conserver leur santé et leur vie, et de commettre des abus et des excès que condamnent les lois de la nature et de l’hygiène. Lorsque par leur faute ils abrègent leur vie ou deviennent incapables de travailler.

ils sont coupables envers Dieu et la société, envers leur famille et leur pays.

Malheureusement ils sont rares ceux qui, dans la force de l’âge, prêtent l’oreille aux conseils de l’expérience et songent à se préparer une vieillesse longue et vigoureuse; ils réalisent la sagesse de ces conseils lorsqu’il est trop tard.

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