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SOUVENIR POLITIQUE

Lorsque le parti anglais du Bas-Canada constata que l’Acte de 1791 divisant le Canada en deux provinces et donnant à chacune d’elles une Chambre d’ Assemblée, ne produisait pas les résultats qu’il en espérait, ill crut que le seul moyen de se soustraire au gouvernement de la majorité de cette Chambre était de réunir les deux provinces avec une constitution qui mettrait le pouvoir entre les mains d’une majorité anglaise. Afin de donner suite à cette idée un projet de loi avait été soumis subrepticement au Parlement anglais. Lorsque la chose fut connue dans le Bas-Canada, des protestations éclatèrent partout, des assemblées publiques eurent lieu pour dénoncer ce qui était considéré un acte de trahison. Deux patriotes éprouvés, MM. Louis-Joseph Papineau et John Neiilson furent chargés d’aller à Londres combattre le projet néfaste qui abolissait l’usage officiel de la langue française et limitait les droits politiques et religieux dont jouissaient les Canadiens-français, ainsi que les pouvoirs des représentants du peuple. Les délégués du Bas-Canada trouvèrent chez les hommes d’Etat anglais des sympathies puissantes qui firent avorter le projet odieux. Us étaient porteurs de requêtes signées par la plupart des ci-

toyens les plus importants du Bas-Canada. Je dois à l’ obligeance de il’hon. juge Bruneau, un collectionneur émérite, l’avantage de pouvoir publier la lettre par laquelle un comité composé des citoyens les plus éminents de Montréal recommandait la signature de ces requêtes.

Montréal, 13 novembre 1822.

“Le Comité du District de Montréal ayant adopté un projet de requête en opposition à l’union projetée des Législatures des deux Canadas, il vous en adresse des copies pour vous et les membres du Comité dont vous êtes le Président, ainsi que pour les membres des comités de paroisses, qui tous sont priés de se porter avec zèle à faire signer sous le plus court délai possible, cette requête que vous voudrez bien annexer aux feuilles de parchemin sur lesquelles seront reçues les signatures.

“Comme il est important que le Parlement sache que c’est la très grande majorité des habitants du pays qui s’opposent à cette union, qui, si elle avait lieu, serait si fatale aux intérêts de la Province, le Comité du district se tient très assuré de la coopération active des autres comités dans la cause commune”.

Le Comité disait ensuite comment les requêtes devaient être signées. Elles furent couvertes de milliers de signatures.

En face de ces protestations le Gouvernement et le Parlement anglais n’osèrent pas imposer au Bas-Canada le projet d’union qui plus tard, après les troubles de 1837-38, devait devenir la constitution du Canada-uni, en dépit des protestations des Canadiens-français alors guidés par La Fontaine.

Cette fois encore, la constitution était changée dans le but de soumettre le Bas-Canada à une majorité anglaise. Le rapport de lord Durham établit ce fait de la façon la plus indéniable. Et vingt-sept ans plus tard, parce que le Haut- Canada ne pouvait obtenir la représentation basée sur le chiffre de la population qui aurait mis le Bas-Canada à sa merci, il réussissait à faire adopter la Confédération dans l’espoir de pouvoir enfin, grâce à l’appui des autres provinces anglaises, imposer ses volontés et sa politique.

Son espoir était justifié par le fait qu’il entrait dans la Confédération avec 82 députés, et la perspective d’augmenter leur nombre, pendant que le B as -Canada était condamné à n’avoir jamais plus de 65 députés dans le Parlement fédéral. Ses hommes publics ne paraissent pas avoir plus prévu que les nôtres les modifications que les développements des provinces du Nord-Ouest apporteraient à leurs calculs; ils n’avaient pas prévu que ces provinces auraient avant longtemps < une représentation supérieure à celle de Québec et même à celle d’Ontario. Mais ce qui s’est passé

dans la dernière guerre démontre que dans les occasions où le sentiment anglais et religieux sera surexcité, Ontario trouvera dans ces provinces des sympathies et un appui considérables.

Dans le cas où lia Confédération ne fonctionnerait pas selon ses désirs et ses espoirs, on se demande ce qu’il pourrait bien imaginer pour la modifier, la remplacer même. Reste l’union législative que Durham prévoyait être la dernière étape de son fameux projet d’anglicisation? Mais, cette fois, il trouverait en Angleterre comme au Canada, une hostilité invincible à cette politique. Non, il espère que les circonstances lui permettront avant longtemps de trouver dans les provinces anglaises une majorité qui assurera son influence et son autorité dans le gouvernement du pays. Mais la reconstitution des deux vieux partis qui pendant si longtemps ont dirigé la politique peut modifier considérablement les conjectures et les prévisions d'aujourd’hui.

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