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COLONISATION

Il y a en ce moment, dans la province de Québec, des centaines de colons qui privés de l’aide que la coupe et le flottage du bois leur procuraient, sont dans la misère et menacent d’aller gagner leur vie sous des cieux plus propices. Il y a aussi aux Etats-Unis, comme dans notre province, des centaines de Canadiens-français qui seraient heureux de retourner à la terre s’ils en avaient les moyens, si on les aidait à s’installer, à faire les premiers défrichements. A ceux qui après avoir éprouvé les misères des premiers défrichements se croient obligés de sacrifier le fruit de leurs travaux, de leurs sacrifices et de quitter notre province, il faut venir en aide: c’est un devoir national, une devoir que la charité et le patriotisme nous imposent. Les laisser dans la misère, les laisser partir, seraient une erreur, une faute regrettable. Que ce soit au moyen d’un prêt ou autrement, le gouvernement doit venir à leur secours. Certes, il faut lui savoir gré de ce qu’il a fait dans l’intérêt des lettres, des beauxarts, de l’éducation, de l’agriculture et de la voirie. Mais il ne fera jamais trop, jamais assez dans l’intérêt de la colonisation et de l’agriculture, car elles sont les deux facteurs les plus

puissants de notre avenir national, moral, religieux et politique. C’est par elle que nous aurons un peuple fort, sain de corps et d’esprit; c’est par elle que nous aurons le nombre requis pour conserver notre influence dans le monde politique. Ouvrons les yeux aux dangers dont nous menace l’augmentation de la population dans les provinces du Nord-Ouest, dangers, hélas ! que les auteurs de la Confédération n’avaient pas prévus et dont nous ne réalisons pas nousmêmes encore toute la gravité.

Aucune province n’a besoin autant que la nôtre d’augmenter le nombre de ses habitants, de sa population agricole Spécialement, et, pourtant, toutes ou presque toutes font plus que nous pour aider les colons pauvres au moyen de prêts ou d’octrois. Dans la province d’Ontario, le Crédit Agricole secourt des centaines de colons; dans le Nouveau-Brunswick et l’île du Prince-Edouard on a adopté une législation aussi généreuse.

Quant aux colons pauvres, incapables de faire les premiers défrichements, les moyens de leur venir en aide sont nombreux, et ils ont souvent été indiqués depuis trente ou quarante ans dans la presse. Pourquoi le gouvernement ne convoquerait-il pas tous les inspecteurs, agents de colonisation, tous ceux, prêtres et laïques, qui s’occupent activement de cette œuvre nationale, afin de les consulter sur les moyens les plus pratiques à adopter pour venir en aide aux colons pauvres.

IOQ

Certes aucun gouvernement, je le répète, n’a fait autant que le gouvernement actuel pour la colonisation et l’agriculture, mais les circonstances et l’avenir de la province demandent davantage. S’il faut que certains octrois pour d’autres fins soient diminués afin de pouvoir consacrer des sommes plus considérables à l’œuvre nationale par excellence, qu’il n’hésite pas à les diminuer, en faveur de celle qui plus que toute autre intéresse nos destinées.

Lorsque sir Lomer entreprit avec tant de courage d’obtenir du gouvernement fédéral une augmentation du subside fédéral, je secondai autant que je pus ses efforts et ses démarches auprès de sir Wilfrid Laurier, et j’allai jusqu’à dire — ce qui était exagéré — qu’il devrait être stipulé que le surplus de ce subside serait consacré à la colonisation.

Une partie de l’argent avancé ou prêté serait perdue, dit-on. Est-ce qu’il n’y a pas d’argent perdu dans des entreprises beaucoup moins utiles, pour des fins moins importantes et qui offrent moins de garantie? Lorsque le colon aura obtenu une avance d’argent basée sur le nombre d’acres de terre qu’il aura défrichés, peut-on dire que le gouvernement sera exposé à perdre les sommes qu’il aura ainsi avancées? Ces arpents défrichés n’offriront-ils pas une valeur et une garantie incontestables? Et puis en supposant qu’il y ait perte, dans certains cas, en supposant que dix,

AU SOIR DE ua vie;

quinze, vingt colons même manquent à leurs obligations, le mal qui en résultera sera insignifiant comparé au bien que feront à notre province les 80 ou 90 autres.

Je regrette de continuer à ennuyer les gouvernements à ce sujet, mais assistant avec bonheur depuis quelques années à la réalisation de presque toutes les réformes nationales que les hommes de mon temps désiraient, je voudrais bien ne pas disparaître avant d’avoir vu réaliser celle de ces réformes que j’ai tant à cœur et que je crois la plus propre à assurer l’avenir de notre province.

La loi adoptée à la dernière session, afin de permettre au gouvernement de fournir des grains de semence aux colons pauvres démontre qu'on peut compter sur MM. Caron et Perreault pour faire ce que les intérêts de l’agriculture et de la colonisation réclament.

Je sais que l’aide aux colons offre des difficultés et des dangers, mais pourquoi ne trouveraiton pas le moyen de faire ici ce qui se fait ailleurs? En tout cas, le gouvernement viendra, j’en suis sûr, au secours de ceux qui, dans le moment, sont dans la détresse et menacent de partir pour les Etats-Unis. S’il doit s’efforcer de faire revenir à la terre ceux qui l’ont abandonnée, à plus forte raison il doit tâcher de garder ceux qui y sont .

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