ENCORE LA COLONISATION-SOUVENIRS
En 1849 avait lieu une assemblée organisée dans le but de favoriser l’établissement des Canadiens-français dans les Cantons de l’Est. Une association portant le nom de Y Association des établissements français avait été formée par les membres de l’Institut Canadien afin de promouvoir cette cause patriotique et un comité avait été chargé de rédiger les règlements qui furent soumis à cette assemblée et adoptés.
Ea grande salle du marché Bonsecours ne fut pas assez vaste pour contenir la foule avide d’entendre les hommes distingués qui devaient prendre la parole. Le spectacle ne fut pas banal. Mgr Bourget était entouré de la plupart des hommes éminents de l’époque: les Papineau, les Dorion, les Doutre, les Laflamme, les Papin, les Gérin- Lajoie, les Labrèche-Viger, les Cherrier, etc.
Mgr Bourget fut nommé président de l’Association; Joseph Roy, Ier vice-président; Louis- Joseph Papineau, 2ème vice-président ; Jean Bruneau, 3ème vice-président; C.-S. Cherrier, qème vice-président: Pierre Blanchet, secrétaire; Joseph Papin, secrétaire correspondant; Raymond Fabre, trésorier.
Des résolutions nombreuses furent proposées par les citoyens les plus éminents de la ville et des discours éloquents furent prononcés par Mgr Bourget, Louis-Joseph Papineau, C.-S. Cherrier, A. -N. Morin, et l’abbé O’Reilly, l’apôtre de la colonisation dans les Cantons de l’Est, le vénérable fondateur de l’Association.
Les orateurs s’appliquèrent à démontrer la nécessité d’enrayer l’émigration de nos compatriotes aux Etats-Unis, en les encourageant à s’établir sur les terres nouvelles et spécialement dans les riches Cantons de l’Est dont de puissantes compagnies anglaises avaient en grande partie le monopole.
J’ai cru qu’on ne lirait pas sans intérêt l'extrait qui suit du discours de M. Papineau :
“Messieurs de l’Institut Canadien et de l’Association canadienne des Townships, j’applaudis de grand cœur à votre proposition, au patriotisme éclairé qui vous l’a inspirée, à l’habile organisation que vous allez nous proposer d’adopter ; aux persévérants et généreux efforts par lesquels vous accomnlirez votre sainte mission. Comme les mots Dieu et charité contiennent le symbole le plus concis de nos devoirs religieux, de même les mots honneur, patrie et nationalité contiennent le principe des plus hautes vertus civiles, le symbole le plus concis de nos premiers devoirs de citoyens. Je souhaite, de toute l’ardeur des
vœux les plus passionnés de mon âme, la perpétuité de cette précieuse nationalité.
“Notre patriotique clergé, dont je vois les premiers dignitaires ici présents, vous prête à l’unanimité son influence et son appui; c’est un gage infaillible de succès. J’y vois son chef, notre digne évêque, si justement aimé et vénéré par tout son peuple et par tous les vertueux pasteurs, qui, à son exemple, et sous sa direction, instruisent et édifient le peuple. J’y vois le supérieur de cette maison de Saint-Sulpice, sous les auspices de laquelle cette ville a été fondée et cette île défrichée au prix du sang de ses prêtres, coulant à flots, mêlé à celui des premiers colons, nos vénérables ancêtres.
“Nos pères furent les martyrs volontaires de leur piété et de leur patriotisme. Ils ont fondé ici une société régénérée, qui, pendant une longue suite d’années, a présenté un spectacle d’innocence, de vertu, de fraternité, de périlleuse et infatigable industrie tel que les annales ecclésiastiques n’offrent rien de plus édifiant; tel que les annales civiles et militaires n’offrent rien de plus chevaleresque dans la guerre, rien de plus audacieux et entreprenant dans les voyages de découvertes, rien de plus persévérant dans les travaux de colonisation. Ils furent les martyrs volontaires de leur patriotisme”.
L/ Avenir rendant compte de l’assemblée faisait l’éloge de Mgr Bourget et disait, à l’exemple de M. Papineau, que la coopération du clergé à l’œuvre nationale entreprise par l’Association, était un gage de succès. Comme on le voit, cette coopération était en 1849 hautement appréciée. 11 faut reconnaître que depuis cette époque le clergé n'a cessé de s’intéresser à la colonisation et des prêtres dévoués en ont été et en sont encore les apôtres les plus zélés.
Mais je persiste à croire qu’une croisade de colonisation prêchée dans toutes les églises de notre province par des prêtres de talent, aurait un grand effet, pourvu, bien entendu, que le gouvernement seconde leurs efforts par des mesures pratiques.