MERITES DE LA PROVINCE DE QUEBEC
J’ai souvent dit, ce que la province de Québec avait fait pour le progrès et la prospérité du Haut-Canada sous l’Union et de toutes les provinces anglaises depuis la Confédération. Quelques chiffres démontreront le bien-fondé de cette assertion. En 1840, à l’époque de l’Union, la dette du Haut-Canada était de près de six millions, ses dépenses excédaient de beaucoup son revenu, il était incapable d’exécuter les travaux les plus 'nécessaires à sa prospérité. Bien différente était la situation financière du Bas-Canada : au lieu d’être endetté, il avait un actif net de près de quatre millions et l’excédent de son revenu sur ses dépenses lui donnait tous les ans un surplus assez considérable. Aussi ce ne fut pas l’amour qui incita le Haut-Canada à contracter ce mariage, ce fut l’intérêt, le désir d’échapper à la banqueroute ; ce fut l’appât de la dot que le Bas-Canada mettait dans la corbeille de noces.
Le Haut-Canada ne fut pas déçu dans ses espérances. Le rapport général du ministre des Travaux Publics de 1867 établissait que pendant les vingt-sept années de l’Union, le gouvernement avait dépensé une dizaine de millions de plus dans le Haut-Canada que dans le Bas- Canada. Aussi, en 1867, la province d’Ontario
possédait 1,393 niilles de chemins de fer pendant que nous n’en avions que 575 milles. Et pourtant la plus grande partie du revenu qui provenait des droits de douane, avait été perçue dans les ports du Bas-Canada. Des statistiques officielles ont établi que sous la Confédération comme sous l’Union, la province de Québec est loin d’avoir eu dans la dépense pour travaux publics une part proportionnelle au chiffre de sa population et de sa contribution au trésor fédéral. Maintenant comme autrefois elle est pour les autres provinces, pour celle de l’Ouest spécialement, une bonne petite vache à lait. Et, pourtant elle n’en continue pas moins à prospérer. Mais il n’en est pas moins vrai non plus que si une bonne partie de l’argent que nous avons fourni pour enrichir les autres provinces avait été employé à développer nos ressources agricoles et industrielles, l’émigration ne nous aurait pas enlevé près de deux millions de nos gens; nous aurions pu en garder au moins une bonne partie, un tiers sinon la moitié. On peut se faire une idée du changement que cela aurait fait dans notre situation économique, nationale et poli' tique.
Tl est bon que les autres provinces sachent ce qu’elles doivent à la province de Québec, afin qu’elles soient plus justes, plus respectueuses à son égard, plus reconnaissantes. Ceux que leur patriotisme pousse à vouloir faire de notre pro-
vince un état français, indépendant, ne doivent pas oublier que les autres provinces sont trop intéressées à nous garder pour nous lâcher. La Confédération nous a emprisonnés dans un cercle de fer difficile à briser. Mais des événements possibles sinon probables peuvent modifier considérablement notre situation politique et nationale. En attendant, nos hommes publics doivent forcer le gouvernement fédéral à nous traiter avec justice, à nous accorder une juste part des deniers publics, à réaliser que nous n’existons pas seulement pour enrichir les autres provinces. Ils doivent former les alliances les plus propres à assurer la prospérité du Canada en général et de la province de Québec en particulier.