UN PROJET PATRIOTIQUE
Un journal publie une lettre dans laquelle M. Paul-Emile Piché demande au gouvernement de favoriser l’industrie rurale et lui souhaite de réussir à faire adopter ses idées comme j’avais réussi à faire triompher les miennes en faveur de t’aide au colons.
En effet, je suis heureux de voir le gouvernement Taschereau mettre à exécution ce que je demande depuis trente ans dans le but de favoriser d’une façon pratique le progrès de la colonisation, le retour à la terre, en défrichant dix ou quinze acres de terre sur des lots colonisâmes et en y construisant une maison, une grange, les bâtiments les plus nécessaires.
J’ai souvent, dit que si cette politique avait été adoptée plus tôt, des milliers de nos compatriotes qui ont quitté nos campagnes pour aller tenter fortune aux Etats-Unis ou dans nos villes, auraient fondé des paroisses où ils vivraient heureux et contribueraient au progrès et à la prospérité de notre province. Je prétendais qu’un grand nombre de fils de nos cultivateurs auraient été heuçeux cle rester au pays si on leur avait procuré les moyens de s’établir sur nos terres neuves et d’y faire les premiers défrichements.
Etant convaincu que rien ne peut, comme l’œuvre de la colonisation, assurer nos destinées politiques, nationales et morales, je voyais d’un œil jaloux les sacrifices que 'l’on faisait pour des œuvres moins importantes, moins nécessaires, et je n’ai pu m’empêcher de me réjouir lorsque j’ai vu que l’aide au colon pauvre était l’un des articles du programme adopté par la convention du parti conservateur.
J’espère que le gouvernement mettra ce projet à exécution dans des régions déclarées colonisables et de façon à ce que nos gens puissent s’y établir par colonies. Ce fut le système adopté dans les premiers temps de la domination française et on sait les heureux résultats qu’il a produits. Le Canadien-français éminemment sociable redoute l’isolement, la vie solitaire dans la forêt. Il aime à voir se grouper autour de lui sa famille, ses amis, ses compatriotes. Je suis convaincu que le gouvernement ne regrettera pas d’avoir adopté une politique si nationale et que notre population, les fils de nos cultivateurs et tous ceux qui aux Etats-Unis comme au Canada, regrettent d’avoir abandonné la culture, seront heureux de profiter des avantages qui leur sont offerts.
Quant aux idées émises par M. Piché en faveur de l’industrie rurale, elles ont été souvent
préconisées et j’en ai déjà démontré l’opportunité dans la Presse. Le gouverneur de notre province, M. Fitzpatrick, a plus d’une fois conseillé à nos cultivateurs d’établir ces industries qui accroîtraient leur bien-être, et occuperaient leurs fils et leurs filles dans la saison d’hiver spécialement, par un travail si utile à la famille, à la société. Il prenait plaisir à montrer les belles étoffes que les gens de la Malbaie fabriquent et que les étrangers achètent avec empressement. Il suggérait au gouvernement de faire enseigner à nos cultivateursi les diversesl et nombreuses industries qui pourraient être établies dans nos campagnes et y prospérer.
Il n’y a pas de doute que cette politique aurait pour effet non seulement d’enrichir nos campagnes, mais encore de garder au foyer de la famille et d’occuper utilement et moralement un grand nombre de jeunes gens et de jeunes filles qui ne savent que faire pendant les longues saisons de l’automne et de l’hiver.
Voilà encore une œuvre vraiment nationale, digne de la sympathie et de l’encouragement de tous ceux qui sont convaincus que plus on rendra la vie au champ utile, profitable et agréable, plus on assurera le bonheur et la prospérité de notre province, plus elle méritera les éloges qui lui arrivent de toutes parts, même des milieux qui lui étaient les moins sympathiques,
Lorsque partout, même au Canada, l’ordre social est menacé, bouleversé par les théories les plus pernicieuses, il est une province dont les principes religieux et sociaux sont des éléments de force, de progrès et de stabilité, à tel point qu’un membre distingué du Sénat disait, il y a quelques jours, que s’il avait des capitaux à placer, il les placerait dans la province de Québec, que nulle part ailleurs ils seront autant en sûreté. D’ailleurs le capital américain, qui depuis quelques années afflue dans notre province, est une preuve éclatante de la confiance qu’elle inspire comme des avantages qu’elle offre à l’industrie. On se demande même si l’accaparement de nos richesses naturelles ne devient pas un danger, si l’on ne doit pas regretter de les voir passer en mains étrangères. Ah ! sans doute, il est regrettable qu’elles ne soient pas exploitées davantage par nos concitoyens, mais ne vaut-il pas mieux qu’elles soient exploitées par des étrangers que laissées inertes et improductives?
En tout cas, il s’agit uniquement pour le moment de démontrer que notre province est l’objet de la confiance et de la sympathie générales, que nous devons en être heureux et fiers et savoir en profiter.