‹ Au soir de la vieChapitre 8 sur 58 · PATRIOTISME PRATIQUE · texte numérisé non relu

PATRIOTISME PRATIQUE

On dit avec raison qu’un patriotisme éclairé devrait induire les Canadiens à acheter des marchandises fabriquées au Canada. Rien de plus vrai, de plus juste, de plus propre à rétablir la situation économique de notre pays, à favoriser son progrès industriel et commercial. J’ai souvent entendu quelques-uns de nos marchands se plaindre de ce que nos gens allaient à l’étranger acheter des marchandises qu’ils pourraient se procurer ici à d’aussi bonnes conditions. Us se demandaient avec raison pourquoi nous allions porter ailleurs un argent qui serait si utile ici. Et nos manufacturiers combien ils ont raison de demander pourquoi on n’achète pas leurs produits de préférence aux produits étrangers, non pas seulement dans leur intérêt, mais dans l’intérêt spécialement de nos ouvriers, de la population en général. Plus nos marchands et nos manufacturiers font des affaires, plus ils emploient des commis ou des ouvriers, plus il y a d’argent pour alimenter tous les genres de commerce et d’industrie. C’est une vérité si claire, si évidente, qu’il semble inutile d’en faire la preuve. Tout argent employé à acheter des marchandises à l’étranger ou à se procurer des pro-

duits fabriqués ailleurs qu’au pays, est de l’argent enlevé à notre population.

Les membres d’une association ou d’une nationalité se font souvent un devoir d’acheter de leurs confrères toutes les choses dont ils ont besoin; ils font œuvre de protection mutuelle. A plus forte raison les habitants d’un pays doivent se faire un devoir de favoriser les marchands et les manufacturiers de ce pays. C’est une œuvre de protection, de patriotisme pratiques. Mais par insouciance ou manque de réflexion, quelquefois pour ménager quelques sous, on viole ce devoir; on ne songe pas au mal que l’on fait.

Supposons que tous les habitants d’un village conviendraient de ne rien acheter chez le marchand de l’endroit, ce pauvre homme serait bien forcé de fermer les portes de son magasin. Cette supposition donne une idée de ce qui arrive ou peut arriver lorsque les habitants d’un pays en grand nombre achètent des produits étrangers ou vont ailleurs se procurer les marchandises dont ils ont besoin. Ils oublient qu’en agissant ainsi ils privent de travail, de pain, des centaines, des milliers de concitoyens qui souvent sont obligés d’aller ailleurs chercher les moyens de vivre. C’est ce qui a eu lieu lorsque, faute de protection agricole et industrielle, nos gens allaient chercher du travail dans les manufactures américaines.

Quel mal nous a fait le fléau de l’émigration ! Et c’est ce qui arriverait encore si la politique des gens de l’Ouest triomphait, et si, à leur exemple, les Canadiens en général achetaient des Américains ce qu’ils peuvent se procurer au Canada.

Donc le patriotisme, comme notre intérêt personnel, leur commande d’acheter ici dans ce pays tout ce qu’on peut s’y procurer. Hélas ! Combien agissent par patriotisme dans les choses ordinaires de la vie? Combien se demandent avant d’agir ce que l’intérêt ou l’honneur de leur pays ou de leur nationalité leur commande de faire? Combien qui chantent avec enthousiasme le patriotisme, le pratiquent sincèrement dans tous leurs actes?

Il est des associations, des communautés qui doivent leur succès, leur prospérité au fait que leurs membres sont constamment mus dans leur conduite par le souci de servir l’intérêt général de l’Association ou par la crainte de nuire à ses progrès. Si tous les habitants d’un pays ou les membres d’une nationalité en faisaient autant, quels résultats admirables on obtiendrait !

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