‹ Au soleilChapitre 13 sur 44 · DELIRIUM LOQUENS · texte numérisé non relu

DELIRIUM LOQUENS

do Paris vont faire des discours à Marseille ; les députés vont faire des discours en Afrique, et la maladie est si forte que tel député qui n'a jamais dit un mot à la Chambre a lui-même parlé à Médéah. Ce n'est pas qu'on ait quelque chose à dire; ce ne sont pour la plupart ni des philosophes, ni des vrais hommes politiques, ce sont des virtuoses, des chanteurs d'opéra et d'opérette, qui utilisent leurs congés. Heureux encore si ça se passe en conversation.

Je n'ai jamais demandé que trois ou quatre petites choses, toujours les mêmes, aux gouvernements que j'ai vus se succéder, et cela sans les obtenir plus de l'un que des autres. En 1848, j'ai été sur le point cependant de voir réaliser un de mes rêves : j'avais obtenu en principe la destruction de la tribune, mais cette idée n'a duré que quinze jours. La tribune cependant donne trop d'avantage aux avocats. Tel représentant vieux soldat, qui a dix fois bravé la mitraille, hésite et se trouble s'il lui faut quitter sa place et monter dans cette boîte, tandis que le plus piètre avocat traverse la salle, s'installe, prend une attitude et parle sans s'arrêter sur un sujet dont les plus laborieux se sont un peu occupés le matin.

Si les choses continuent à suivre leur cours sur la pente où elles sont bien près de glisser, nous aurons quelque jour un tyran ; s'il est bon, intelligent, résolu, et désireux de laisser un beau nom en sauvant la France, la première chose qu'il fera sera d'édicter une loi qui prescrira à la France un silence absolu, un silence de trappiste pendant une année : c'est ce que fit Alexandre le Grand, et il s'en trouva bien. — « 11 ordonna, dit un ancien, à Sparte d'obéir, à

Athènes, de se taire. » — Spartam servire jussit, Athenas tacere. Ça pourrait commencer par une jolie petite fête pour brûler la tribune sur la place de la Concorde.

Que cet honnête et sage tyran ferait-il de Louis Blanc l'agitateur Poucet, l'O'Connel mouche ? Rétablirait-il en sa faveur l'office en usage dans les anciennes monarchies de nain et de fou ? Mais Louis Blanc a de la faconde, peu d'esprit et point du tout de gaieté, on aurait beau l'habiller mi-parti de deux couleurs, le coiffer d'un bonnet de la liberté avec des grelots, ça ne le changerait pas.

En attendant, c'est ce petit homme qui s'est fatigué le moins vite et s'est montré le plus robuste. M. Ferry, essoufflé ; Blanqui, remplacé par un comparse auquel les impresarii ont fait apprendre le rôle en double ; M. Naquet, exténué ; Louis Blanc continue à parcourir la France dans un landau attelé d'hommes libres, et les papiers rouges annoncent d'avance les représentations qu'il doit donner ; un d'eux disait, ces jours derniers : « Après le banquet, M. Louis Blanc fera un magnifique discours. » (Textuel.)

Ce magnifique discours a eu lieu à Cavaillon.

Cavaillon est une localité célèbre pour ses melons, comme Belleville l'avait été pour ses lilas, et Javel pour ses parties fines, avant que la politique vînt envahir, agiter et attrister, ces bonnes petites heureuses contrées. Il va en être de même pour Cavaillon. On parlera, on boira, et les melons mourront de soif.

Dans ce « magnifique discours », Louis Blanc a

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voulu prouver que le socialisme ne savait pas seulement détruire. II a enfin proclamé la solution de la question sociale, dont >1. Gambelta a nié l'existence et pour laquelle un autre homme d'État ne demandait qu'un quart d'heure. A vrai dire, il s'est depuis écoulé beaucoup de quarts d'heure et il ne paraît pas y avoir songé. Il n'y a pas de presse. Ça sera \ile fait ! Mais voilà que Louis Blanc l'a devancé.

Ce qu'il faut faire, annonce le disert petit homme, ce n'est plus comme je le croyais en 4848, le droit au travail et l'égalité des salaires. Tout est dans l'instruction et l'éducation des enfants ; et que faut-il faire pour l'instruction et l'éducation des enfants? il faut donner à chacun l'instruction et l'éducation les plus conformes à ses aptitudes, à ses dispositions, à ses goûts. Nous y voilà enfin après quatre-vingtonze ans de tâtonnements, de méditations, de révolutions, de guerre civile ; après des Ilots d'encre et des flots de sang répandu. C'est cher, mais ça valait ça.

Et Louis Blanc s'essuie le front, et remonte dans la voilure traînée par des hommes libres.

Eh bien î mon petit ami, ce n'est pas la première fois qu'on est amené à reconnaître que les grandes inventions sont simples.

M. Emile de (iirardin, du temps qu'il avait une idée par jour, se réveille un matin et dit à l'un de ses secrétaires :

— Aujourd'hui, j'en ai une bonne, et elle est appelée à un succès fou. Souvent on est embarrassé pour son premier déjeuner. Eh bien ! écrivez ce que j'ai trouvé cette nuit : Prenez du lait , que vous faites bouillir en ayant soin qu'il ne s'échappe pas

par-dessus la casserole. Pendant l'opération, vous versez de l'eau bouillante sur du café en poudre. Le lait suffisamment chaud, vous le versez dans une ou plusieurs tasses d'une capacité relative au nombre des convives et à l'intensité de leur appétit. Vous y mettez trois, quatre ou cinq morceaux de sucre, puis vous versez doucement dans le lait votre café ; ce mélange opéré, vous trempez des mouillettes de pain.

C'est une invention analogue à celle qui vient d'être promulguée par Louis Blanc. Lui aussi a imaginé, trouvé, inventé le café au lait.

Un roi de Sparte a dit, en neuf mots, tout ce qu'il y a à dire de raisonnable, d'utile, de sage, sur l'instruction :

« Enseigner à l'enfant ce qu'il doit faire étant homme. »

Le cardinal de Richelieu voulait qu'on commençât par enseigner aux enfants les connaissances sans lesquelles l'homme est infirme.

« Il faut, disait-il, tirer toute la jeunesse d'une ignorance grossière. »

« Puis, auparavant que des enfants soient déterminés à aucune condition, deux ou trois ans feront connaître la portée de leurs esprits, en suite de quoi les bons seront envoyés aux grandes villes où ils seront instruits de bonne main, » car il voulait que tous fussent instruits. Instruits , c'est-à-dire munis et armés. Mais le petit nombre, c'est-à-dire ceux qui avaient les dispositions et la vocation, devaient être savants, et il ajoutait :

« Ainsi qu'un corps qui aurait des yeux en toutes

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