‹ Au soleilChapitre 27 sur 44 · LA SECONDE AUX HOMMES SES · texte numérisé non relu

LA SECONDE AUX HOMMES SES

prendre aux nôtres comme il faut aimer et respecter son roi. »

Klles diront à la reine :

« H y a longtemps, madame, que nous vous aimons, sans avoir occasion de vous le dire. Nous avons aujourd'hui besoin de tout notre respect pour ne pas abuser de la permission de vous parler de notre attachement. »

Et à l'enfant :

« Vous ne pouvez encore entendre les vœux que nous faisons autour de votre berceau ; on vous les expliquera quelque jour. Ils se réduisent à voir en vous l'image de ceux de qui vous tenez la vie. »

La reine était aimée, adorée ; bien plus, elle était à la mode. C'était parmi les femmes à qui se parerait d'étoffes et de rubans « couleur des cheveux de la reine. »

Nous retrouvons quelques années plus tard ces mêmes « dames de la Halle»; je veux prendre mon récit non dans des historiens monarchiques, mais dans un journaliste républicain du temps, organe du parti de la Montagne ; je ne sais pas son nom, j'ai trouvé quelques volumes de son recueil les Veillées d'un Français-, c'est écrit au jour le jour, publié chaque semaine, et on ne peut accuser d'exagérer les horreurs qu'il raconte un « publiciste » qui s'est donné la mission de justifier les unes et d'expliquer et d'atténuer les autres, qui se vante d'avoir provoqué par ses « révélations » les faits qu'il raconte; je lui donne la parole :

« Un lundi matin (oct. 4789), des groupes de

femmes se formèrent à la Pointe Saint-Eustache. Les dames de la Halle, armées de bâtons et d'autres instruments qu'elles purent se procurer, arrêtèrent toutes les femmes qu'elles rencontraient, et les forcèrent de marcher avec elles, sans distinction d'état ni de rang ; plusieurs furent obligées de descendre de leurs voitures et de prendre place dans leurs rangs; elles attaquent l'Hôlel-de-Ville, les soldats veulent en vain résister, elles leur disent : Oserezvous tirer sur des femmes. Ils- mettent la crosse des fusils en Pair. Les femmes forcent les portes, délivrent des prisonniers, sonnent le tocsin, s'emparent des dépôts d'armes, et se les distribuent, ainsi qu'à la foule restée dehors. Les habitants du faubourg Saint-Antoine et les volontaires de la Bastille, et toute une armée, les femmes en tête, se mettent en route en criant : à Versailles ! Une baronne dont on avait dételé la voiture, prend rang dans l'escadron de son sexe. Des femmes se sont attelées à des pièces de canon, et malgré la pluie qui tombe très drue on arrive à Versailles à trois heures et demie. »

Les gardes du corps se retirent dans le château et ferment les portes.

Les dames allument des feux de joie et se mettent à danser en attendant le retour du jour. On fait rôtir et on mange un cheval tombé de fatigue et on boit « à la santé des bons patriotes. »

Puis, à six heures du matin, on s'occupe d'entrer dans le château, on pénètre dans la cour de marbre; les gardes du corps tirent quelques coups de fusil, un homme est tué et une femme blessée.

La fureur des femmes fut alors portée à son comble :

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