‹ Au soleilChapitre 28 sur 44 · LA SECONDE AUX HOMMESSE · texte numérisé non relu

LA SECONDE AUX HOMMESSE

elles se mont sur les gardes du corps. On en saisit un blessé, et on lui tranche la tête avec une hache ; un autre, désigné comme ayant blessé un citoyen, subit le mémo sort ; on traîne leurs corps dans les rues ; leurs têtes sont promenées au bout des piques; on se saisit de dix-sept : déjà la hache était levée sur leur tête, lorsque Lafayette arrive, promet le retour immédiat do la famille royale à Paris, et fait paraître le roi, la reine et l'enfant au balcon.

« Alors, dit l'hypocrite ou niais auteur du récit, le plus touchant spectacle succède aux horreurs du carnage. Les haines cessent, les dames embrassent les gardes du corps, ceux-ci les embrassent. Tout le monde est ami. Les femmes prennent les bandoulières des gardes du corps. Les gardes du corps prennent les bonnets des grenadiers. Le nom d'un roi adoré est dans toutes les bouches comme son image dans tous les cœurs. Le roi, la reine et l'enfant sont en voiture. On se met en route, ces dames n'oublient pas les têtes des deux gardes du corps, qu'elles portent triomphalement au bout des piques. Chemin faisant, elles chantent, elles dansent. Le cortège; parti à midi, arrive à huit heures du soir. Pendant la marche le roi témoignait par ses gestes la joie qu'il avait de se trouver au milieu de ses fidèles Parisiens. »

Pour donner une juste idée de la bonne foi de l'historien, je copie quelques lignes d'un autre passage ; « On parle de la générosité de la reine, qui, dit-on, rembourse, au Mont-de-Piété, toutes les reconnaissances au-dessous d'un louis, et les malheureux pourront retirer leurs effets engagés. Les princes n'exercent des actes de bienfaisance sur une partie

de leurs sujets que par des contributions sur l'autre» partie : la justice leur fait un devoir de l'économie même dans l'exécution des projets les plus généreux. » Suivent des critiques de détail sur la répartition.

Il n'est pas étonnant qu'il ait oublié certains détails de cette marche triomphale. Les têtes coupées des gardes du corps étaient soigneusement portées devant la voiture de la famille royale. La reine, qui s'était montrée intrépide et en apparence impassible devant des menaces de mort qui s'adressaient surtout à elle, tenait son enfant sur ses genoux. Il demanda à manger ; elle ne pouvait le satisfaire ; alors son cœur se brisa, et elle fondit en larmes, etc.

Ces mêmes femmes insultèrent par des clameurs sauvages la reine lorsqu'elle passait en charrette pour aller à l'échafaud.

Allons maintenant en J815. Le 21 mars, Louis XVIII est rentré. « Une foule immense envahit les Tuileries, dit un contemporain, le peuple était fou de joie. Le jardin devient le théâtre d'une scène d'ivresse inspirée par les sentiments royalistes. Sous les yeux du roi, de jeunes femmes, déjeunes vierges couronnées de lys, des personnes de tout âge et de tout état forment des rondes en chantant. Les parterres sont envahis par ces bandes joyeuses et dansantes qui présentent l'image de la famille la plus unie sous les yeux d'un bon père attendri, » etc.

Cette mobilité furieuse prouve plus qu'il n'est nécessaire ce que j'ai dit en commençant de la répugnance que j'éprouve de voir les femmes se mêler

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